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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 13:59

Barry Sonnenfeld n'est pas Billy Wilder. C'est une évidence, mais il ne faudrait pas non plus passer à coté de lui: le metteur en scène, qui était au départ un talentueux directeur de la photographie, a un style, une obsession même, celle de réaliser des scènes qui renvoient à la comédie pure, celle de la juxtaposition burlesque. Il a non seulement expérimenté à peu près tous les styles actuels de comédie en y injectant son grain de sel personnel, mais il a aussi su créer une franchise qui allie grosse artillerie et humour visuel loufoque, en obtenant le succès par dessus le marché, et créé (entre autres) une série fabuleuse qui est hélas passée à la trappe des télévisions pour cause d'originalité, Pushing daisies. Autant de raisons pour aller fouiller parmi les recoins d'une filmographies en grand danger de devenir une simple TVgraphie...

For love or money est un film qui renvoie partiellement à The apartment, sans qu'on sache vraiment si c'est volontaire: Doug (Michael J. Fox) est le concierge du Bradbury, un hôtel de luxe, et il est très populaire auprès des clients: et pour cause! Il leur fournit ce dont ils ont besoin, en permanence, et il n'oublie jamais rien ni personne... Mais en dépit de son succès professionnel, Doug a des rêves: d'une part,il désire se lancer dans un projet de rénovation d'un bâtiment pour en faire un hôtel de rêve, à Manhattan; d'autre part, il souhaite séduire une employée de l'hôtel, Andy (Gabrielle Anwar)... Ce qu'il ne sait pas, c'est que les deux rêves vont se mélanger l'un et l'autre, de façon inattendue: il trouve un partenaire idéal pour son projet, en la personne d'un milliardaire britannique et pompeux, mais apprend très vite que cet homme, richissime, marié et père de famille, est l'amant d'Andy... Pire: il doit souvent subir l'humiliation d'occuper la maîtresse de son futur associé, et lui mentir pour excuser l'absence de son amant; comme il souhaite que son plan aboutisse, Doug va donc s'exécuter, mais pour combien de temps?

Ceci est le troisième film, et l'un des plus obscurs, de Sonnenfeld. Coincé entre les deux cartons successifs de Addams Family et Addams Family values d'une part, et les succès confirmés de ses deux films suivants, Get Shorty et Meninblack d'autre part, il est tout bonnement oublié. C'est dommage, même si on comprend un peu le désamour du public, devant un film qui tient beaucoup de la comédie romantique traditionnelle, sans la touche particulière, mélange de burlesque visuel et de comédie froide, qu'on associe le plus souvent au réalisateur. Non qu'il n'y ait de gags visuels, loin de là, mais c'est toujours relégué à l'arrière-plan. Et si le film reste difficilement plus qu'un agréable divertissement, le metteur en scène s'est ingénié à placer des petites idées saugrenues à l'arrière du champ.

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Published by François Massarelli - dans Barry Sonnenfeld
23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 14:26

Quand Harry (Billy Crystal) a rencontré Sally (Meg Ryan)... il ne s'est pourtant pas passé grand chose. Trop d'agressivité chez des ados à peine sortis de l'université, et qui campaient fermement sur des positions tranchées vis-à-vis des rapports hommes-femmes. Ce n'est qu'au bout de quelques années, de quelques rencontres l'un avec l'autre, qu'ils ont dévelopé une vraie amitié, qui débouche irrémédiablement sur un grand nombre d'interrogations: se sont-ils rendus compte qu'ils étaint faits l'un pour l'autre? Quand succomberont-ils? Pourquoi s'acharnent-ils à tenter de se placer avec d'autres? Et que se passera-t-il quand... ?

Le classiscisme assumé de cette comédie maline est sans doute du à son parfait équilibre entre la comédie à point de vue, typique de Woody Allen (Annie Hall, Manhattan) et la comédie romantique classique. Rob Reiner oblige, réalisateur au non-style revendiqué, le film penche plutôt vers cette sage mais efficace caractéristique, et fait désormais office de grand ancêtre pour un grand nombre de comédies romantiques, dont peu lui arrivent en plus à la cheville! Un jeu s'effectue avec le public, qui suit les pérégrinations romantiques de deux personnages en sachant bien qu'à un moment ou à une autre, ils iront dans les bras l'un de l'autre... le sel du film provient donc de l'habile dosage, de l'abattage des comédies, du savant suspense qui consiste à ne pas lâcher du lest trop vite, des clins d'oeil aux changements d'époques qui passent, bien sur, par les coupes de cheveux et la mode. Et puis il y a LA scène mythique, plus un clin d'oeil bien assumé à un film mythique, dans lequel, comme au début de When Harry met sally, on assiste à la naissance d'a beautiful friendship....

Il y a finalement pas mal d'éléùments qui relient ce film avec une autre comédie romantique de Reiner, The American president. Celle-ci reste malgré tout supérieure en tous points, de par sa légèreté, sa liberté de ton, par les personnages aussi. Je référais à Woody Allen tout à l'heure: ses films me laissent pourtant froid (Pour parler avec tact), en raison de la trop grande liberté laissée aux comédiens. Ici, le juste milieu a été atteint, les dialogues sont vifs, percutants, drôles, les personnages touchants, et le film accomplit une sorte de miracle, en manipulant toutefois un brin son spectateur, par le biais de tous ces couples qui apparaissent pour ponctuer l'évolution de l'intrigue: des couples agés, qui nous racontent quelques détails sur leur histoire commune. Des vrais, des faux peu importe: ils sont adorables.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Rob Reiner
22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:08

On va essayer de faire abstraction du fait que désormais l'expression du titre désigne forcément beaucoup plus une vermine fasciste irresponsable qu'un type foncièrement sympathique, et rappeler ceci: comme beaucoup de films, finalement, The American president n'a rien de politique mais utilise le pouvoir magique de la fiction pour créer un président Américain imaginaire, sans aucun message autre qu'une jolie histoire... Ce n'est pas la première fois qu'on imagine un président, rappelez-vous la fable Gabriel over de White House de La Cava, sorti en 1932... Suivi par des dizaines d'autres. 

Andrew Shepherd (Michael Douglas) est un président Démocrate élu par malheur, sur la sympathie qu'avait engendré dans l'opinion le décès inopiné de son épouse peu de temps avant l'échéance. Le maintien de sa popularité tient largement à la continuation de ce capital sympathie engendré dans la pitié. Et il sait que c'est bien fragile donc il hésite à se lancer dans des réformes qui pourraient faire trop de vagues. Symboliquement, il a renoncé depuis belle lurette à la plus controversée de ses promesses de campagnes: une législation sur les armes qui viendrait contrer les effets dévastateurs du deuxième amendement à la constitution. En lieu et place, il s'apprête à mettre la dernière main à une réforme anti-criminalité tiède, mais consensuelle et sans risque. C'est à ce stade qu'une association de militants de l'environnement lui envoie dans les pattes une lobbyiste hors pair, qui a pour mission de lui faire accepter une réforme écologique difficile...Sydney Elle Wade (Annette Bening) ne sait pas qu'une fois qu'elle aura mis les pieds à la Maison Blanche, l'histoire d'amour qui va les unir ne les lâchera plus.

Qu'importe la politique, après tout: Michael Douglas joue à la fois de son charme naturel (et d'âge moyen) et d'une certaine dose de mystère bienvenue pour interpréter son président qui sait qu'il est en sursis: tant qu'il sera "le pauvre veuf", il restera président. Après... ce sera une autre paire de manches. Il sait que l'un de ses opposants, le sénateur Républicain Bob Rumson (Richard Dreyfuss) se tient prêt à se lancer dans une campagne électorale qui ne fera pas de quartier. En même temps, l'histoire d'amour entre deux personnages plus si jeunes, joue à fond la carte du romantisme échevelé, et Annette Bening est fantastique en scoute du lobbying qui se fait surprendre par l'irrésistible attrait des sentiments. On évoque Capra, bien sur, dans une scène en forme de clin d'oeil. C'est tout sauf un hasard, même si Rob Reiner, comme il l'a toujours revendiqué, fait "juste son travail"... Mais le fait décidément (Stand by me, When Harry met Sally, The princess bride, Misery) très bien... On admettra que si la situation de base du film est inhabituelle, la construction de ce film qui se résoudra dans une prise de position digne assortie d'un discours bien senti, débouche sur une batterie d'émotions conventionnelles. Oui, mais bon: Annette Bening et Michael Douglas, quand même.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Rob Reiner
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:22

Ce long métrage est entièrement taillé sur mesure pour l'énormité de John Barrymore, qui ne s'en est jamais vraiment remis, et c'est le premier Jekyll important. Il ressemble à une démonstration du savoir-faire de la Paramount en matière d'ambiances et de mise en valeur des images. L'histoire est aussi un prétexte intéressant pour une descente aux enfers de l'humanité, ce dont Robertson ne se prive absolument pas... Le film aurait pu être bien anodin, s'il n'y avait eu la volonté affichée de traiter le sujet de manière appropriée: en rendant une vision aussi valide que possible de l'Angleterre Victorienne dont cette intrigue est imprégnée de façon inextricable, en tournant l'essentiel du film en scènes nocturnes, en prenant son temps, et en laissant le grand acteur faire le boulot comme il l'entendait...

Donc Barrymore est bien le Docteur Jekyll qui poussé par son entourage et sa vanité, a voulu isoler le bien du mal et a tenté de faire des allers retours entre les deux. Il me semble que le personnage de Lord Carew, le père de la fiancée du Docteur, doit beaucoup à Oscar Wilde, plus qu'à Stevenson, et en faisant le tentateur qui ne se mouille pas, il a le même rôle dans le film qu'avait Lord Henry Wotton dans The picture of Dorian Gray. Mais le mal et la descente aux enfers, si palpables et si réels, sont filmés avec un naturalisme qui est finalement bien rare dans le cinéma fantastique Américain. Même les adaptations futures en seront bien dépourvues... Et il y a Nita Naldi, la vamp qui incarne la séduction du mal. elle est grandiloquente, mais elle sied si bien à l'intrigue, tranchant avec l'hypocrisie ambiante par son allure de femme fatale...

N'empêche, elle finit bien tristement, l'histoire du gars qui avait voulu se transformer en un autre pour évaluer la part de mal qui est en chacun de nous. Un jour, j'aimerais, rien qu'une fois, voir un Jekyll qui se termine par le triomphe du mal. Rien que pour rigoler... Quant à Barrymore, il a tellement aimé se déguiser (Et incarner un Hyde sautillant qui a beaucoup fait rire Laurel, tant et si bien qu'il l'a parodié en 1925 dans le film idiot mais superbe Dr Pyckle and Mr Pryde) en monstre, qu'il s'est souvent ménagé dans ses futurs films des apparitions horrifiques pour y retourner.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 09:14

Le très célèbre livre qui résume à lui tout seul ce qu'était l'homo Victorianus, The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde, de Robert Louis Stevenson, a bien sûr fait l'objet de nombreuses adaptations, au cinéma Américain notamment, et paradoxalement pour une cinématographie qui se méfiait au début du fantastique, les studios d'outre-atlantique en ont produit au moins quatre, voire cinq si on ajoute la parodie menée par Stan Laurel! Ce film est donc le premier... produit par la compagnie Thanhouser, il était destiné au circuit de Nickelodeons, et on ne sera pas forcément surpris de constater qu'il n'est pas terrible...

D'une part, on a pris l'habitude bien sur d'une durée confortable, les nombreux films qui ont été consacrés à cette histoire ont tous pris leur temps et ont développé les passages obligés et les apports artistiques dans une intrigue raisonnablement étendue. Mais l'équipe de ce film travaillant sur un court métrage d'une bobine, a du concentrer un maximum en une dizaine de minutes... Et le docteur (James Cruze) ne perd donc pas de temps à faire sa découverte, dont le sel et le suspense nous sont enlevés par le fait que le premier plan (De cette version qui n'a survécu que dans une seule copie, soyons donc prudent) est un passage d'un livre qui expose vite fait la théorie de la séparation du bien et du mal inhérents à tout être humain, au moyen d'une drogue... La scène suivante nous montre donc illico presto Jekyll et sa première transformation.

D'autre part, la "scène à faire", soit la première transformation, est traitée au moyen d'un fondu enchaîné, qui est gâché par un faux raccord, et on sait que cette scène sera toujours l'un des enjeux de chaque adaptation qui suivra. De même, l'exploration du mal que peut faire Hyde n'est pas exploitée: a en croire le film, c'est essentiellement un mauvais garçon qui fait peur à UNE petite fille... avant de s'en prendre à la fiancée de Jekyll (Florence La Badie) pour aller un peu plus loin. Ensuite, le jeu est assez fruste, même s'il est plus léger que chez Griffith par exemple. Mais les extérieurs font très Américains, on n'y reconnait pas Londres... Et aucun effort n'est fait pour figurer la nuit, ces exactions esquissées au grand jour peinent à conserver la valeur choquante des intentions initiales. Bref, ce court métrage antédiluvien a une valeur illustrative qui le situe finalement en dessous des recherches de Méliès, des films à trucs de Porter.

Peut-être la caution "sérieuse" du film de Stevenson a-t-elle empêché les responsables du film de se livrer à des audaces... ou plus sûrement, la mission était-elle, Nickelodeon oblige, de réaliser une plate illustration qui ne ferait qu'un temps. 

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Published by François Massarelli - dans Muet
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 15:24

Faisant partie de la quinzaine de films signés par Curtiz en cette faste période de 1931 à 1933 (15 pour lesquels il est crédité, plus deux pour lesquels il est intervenu en remplacement sans être mentionné), Female est un bien curieux objet.

Tout d’abord, si Curtiz signe le film, il a bien été entamé par William Dieterle, puis assigné à William Wellman (Dont on reconnaît le style « poing dans la figure » dans le personnage de Ruth Chatterton, qui parle aussi vite que James Cagney) avant d’atterrir sur les genoux de Curtiz. Il serait bien sur difficile de tout attribuer au metteur en scène de Doctor X, mais de nombreuses scènes portent sa marque. L’histoire est un véhicule pour le couple Ruth Chatterton/George Brent, la première interprétant le rôle de Miss Allison Drake, capitaine d’industrie, et prédatrice d’hommes, qui mène sa vie comme elle l’entend, fuyant les attaches romantiques et assumant pleinement sa puissance en l’affirmant comme un facteur d’égalité avec les hommes. C’est ce dernier point qui est mis en avant dans la majorité du film. 
Female est osé, et typiquement "pré-code" dans son traitement franc et impudique du sexe, mais il est aussi original par son message : après avoir trouvé l’âme sœur (le seul qui ne lui mange pas dans la main, le seul qui s'approche d'elle en égal, voire la prend de haut), Miss Drake décide d’accepter le mariage qui lui est proposé, et prend sa décision seule. Le final en forme de renoncement parait plaqué: un plan, un seul dans lequel la jeune femme affirme ne jamais vouloir revoir son usine, qu’elle transmet à son futur mari. On n’y croit pas vraiment ... D'autant que dans la voiture qui ramène les deux protagonistes dans le droit chemin, le chauffeur, relégué à l'arrière, porte un cochon qu'on vient de gagner dans une foire, et qui couine allègrement... Là encore, un message subliminal de Wellman?

Au-delà des provocations piquantes, la mise en scène s’articule autour de la supériorité de PDG de Miss Drake d’une part, filmée en "magnate" de l’industrie en permanence: Curtiz (ou l’un des deux autres, en fait) ressort le vieux truc de l’usine-décor, vue en permanence à travers les fenêtres de son bureau, mais utilise ici plutôt les transparences que les silhouettes en carton-pâte, comme dans les Chemins de la terreur; d’autre part, il est systématiquement fait référence à l’esprit d’affirmation de son égalité: elle rencontre l’ingénieur dont elle sera amoureuse à la foire, ou elle entre en compétition avec lui au stand de tir. Lors des scènes qui suivent, elle mène la danse. Si il est probablement excessif de considérer ce film comme du pur Curtiz, il est tout aussi impossible de l’attribuer, comme Olivier-René Veillon le fait dans son anthologie « Le cinéma Américain, les années 30 » (Editions du Seuil) au seul Dieterle; la mise en scène de Curtiz s’affirme discrètement mais luxueusement (On connaît ses habitudes dispendieuses...) à travers les séquences de l'usine et de la villa à la piscine gigantesque, dans ce film forcément impersonnel, mais il a aussi su donner des signes quasi féministes: un très beau plan au début du film dans lequel il utilise un miroir dans le champ pour éviter le montage et nous montrer deux protagonistes de façon artificielle dans le même espace, nous montre deux visages radieux de la féminité: a gauche, Allison, en plein exercice matinal, à droite, dans le miroir, une femme mariée et souriante qui la félicite pour sa vitalité. Beaucoup de scènes entre les deux femmes portent ainsi la marque de fabrique de Curtiz, qui s’il n’a pas toujours traité les femmes de façon aussi élégante dans ses films, a souvent signé des œuvres qui offrent d’attachants portraits de femmes: c’était vrai de beaucoup de ses œuvres Autrichiennes, de beaucoup de ses films muets Warner (Avec Dolores Costello, dont il était quasiment le réalisateur officiel), ce sera vrai également avec Mildred Pierce, bien entendu ou le poignant Strange love of Molly Louvain. En attendant, voilà un petit film rafraîchissant qui ne fait pas trop mentir son titre...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Michael Curtiz William Wellman William Dieterle
17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 18:47

La rom-com, comme on dit, ça vient en droite ligne de la screwball comedy, mais le plus souvent la comparaison est mortelle: imagine-t-on de comparer, disons, Notting Hill avec Bringing up baby? Alors lorsqu'un film du genre est réussi, on peut se réjouir, ça veut dire qu'il y a encore des artistes qui croient à l'alchimie plus qu'au dosage, à l'implication plus qu'à la programmation. Il fait aussi dire que ce film est Canadien, réalisé par un Britannique habitué des coups filmiques inattendus, et mené par des acteurs qui n'ont pas un plan de carrière totalement écrit d'avance et aiment prendre des risques...

Donc, le mot en F dont il est question dans le titre, c'est bien sur... Friend. A Toronto, Wallace (Daniel Radcliffe), un ancien étudiant en médecine à l'histoire amoureuse compliquée, rencontre lors d'une soirée Chandry (Zoe Kazan), une jeune artiste travaillant dans l'animation publicitaire. Elle est charmante, il est charmant, ils s'entendent à 100%, il est libre... mais elle ne l'est pas, ils se jurent donc amitié.

Tu parles... Ca va tenir, mais l'environnement (Les amis, la famille, les observateurs les plus anodins, le cosmos, l'univers) va les pousser l'un contre l'autre, là, tout prêt... 

Je ne vous raconte pas la suite qui évite soigneusement de devenir mécanique et est entièrement soumis à des personnages totalement attachants, à un dialogue hilarant et souvent improvisé. Bref, si c'est un bonbon, donc bien sucré, le goût en est novateur et donc inattendu, et on passe du bon temps. Et Daniel Radcliffe prouve qu'il y a bien une vie après HP. Quant à Zoe Kazan, elle n'a rien, absolument rien à prouver. Elle est radieuse, et puis c'est tout. Notons également le naturel toujours impressionnant de Adam Driver qui joue le meilleur ami de Wallace, et son principal partenaire lors de joutes verbales rès drôes, et qui évitent de trop dévier vers l'égout pour devenir largement surréalistes. Ce gars ira loin...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 10:40

Bon, Michael Curtiz a vraiment tout fait... Et même si décidément ça ne lui réussit pas vraiment, il a aussi tâté de la comédie. Avec toujours ce sentiment que ce genre de films était surtout pour lui une mission imposée, à laquelle il ne comprenait pas grand chose. Ce genre, pour lui, est toujours l'occasion de développer un sens mécanique de la mise en scène, qui tranche sur la complexité de ses drames, et le panache de ses films d'aventures...

Cette petite rareté avec James Cagney et Bette Davis tourne autour de deux initiatives de Cagney et d'un concurrent de créer une entreprise qui, moyennement une commission, permet aux légataires ignorant leur bonheur de toucher leur héritage; c'est plus ou moins légal, fait avec malhonnêteté, et puisque c'est du Curtiz et que ce dernier n'a aucun scrupule en matière de comédie, le tout permet des gags douteux sur le mariage, la bigamie, ainsi que d'innombrables tricheries. C'est sans prétention, et Cagney, Bette Davis et les autres font très bien ce qu'on attend d'eux. L'utilisation des accents New-Yokais et Irlandais-Américain (Concernant Cagney, un mélange des deux) rend le tout un peu savoureux quand même.

Quant à Curtiz, il fait, discrètement, son travail, c'est à dire qu'il laisse sa mise en scène se faire dicter par Cagney et Davis. Une scène de quasi-suspense, dans laquelle Cagney et ses sbires essaient de faire sortir un truand en cachette (Sur le point d'hériter) de son appartement nous rappelle la versatilité de Curtiz, mais ce qui frappe, c'est la tendresse évidente pour ces escrocs, tous poursuivant à leur façon leur rêve Américain... Mais vite!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code Michael Curtiz
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 14:27

Alfred E. Green est l'homme de deux films, ce qui ne l'a pas empêché de réaliser un grand nombre d'oeuvres, mais si on excepte Ella Cinders (1926) avec Colleen Moore, et ce petit brûlot justement célèbre pour de mauvaises raisons, pas de quoi se relever la nuit... Et Baby Face doit sa notoriété, beaucoup plus à ce qui n'en est pas sorti, qu'à ce qu'on a pu voir en 1933... Je m'explique:

On sait que la période qui va des débuts du parlant jusqu'à la fin du premier semestre 1934, correspond aux Etats-Unis à une profonde mutation, soudaine et presque inattendue, du matériau cinématographique, liée bien sur à la mutation de l'arrivée du parlant et ses prolongements techniques: d'une part, la donne a changé, et dans un premier temps, les films sont uniques: fini les négatifs différents, assemblés de prises différentes ou de prises de vues effectuées à des angles alternatifs, qu'on va envoyer à des territoires différents (Il y a malgré tout des exceptions, la plus célèbre étant sans doute The front Page). Désormais, pour accommoder les coûts du parlant, on réalise un négatif, qui va essentiellement servir pour les territoires Anglo-saxons. Après une courte période durant laquelle les films sont tournés en plusieurs langues, la tendance du doublage se stabilise vers 1932...  De même, le parlant permet de compléter l'image en apportant un degré supplémentaire de suggestion, d'autant qu'à la concurrence de la radio le cinéma ajoute l'image. Et l'image plus le son, dans le cinéma, permet un nouveau degré dans le sous-entendu, ce qui va se confirmer. Donc les films deviennent volontiers plus salaces, plus culottés (Ou moins, tout dépend de ce qu'on entend par "culottés"...), moins prudes. La période est ainsi, rétrospectivement, nommée "pré-code" en référence au renforcement du code de production qui a lieu durant l'année 1934, afin de centraliser une censure, sous l'impulsion de Joseph Breen, président d'une association ultra-conservatrice de citoyens catholiques, qui s'érigent en remparts de la morale...

Autant dire que dans l'esprit de bien des cinéphiles curieux de tout, en particulier depuis que le cinéma a atteint un statut de consommation de masse via la vidéo, ce terme de pré-code tend à désigner des films qui se vautrent allègrement dans une certaine dose de provocation: et on peut bien entendu citer les films d'horreur de la Universal, les audaces de Freaks, les jeunes femmes tourbillonnantes des comédies musicales de Busby Berkeley, et bien entendu les nudités affichées et inattendues de The scarlet empress et Tarzan and his mate. ...Sauf que, justement, la vérité n'est pas aussi simple, et je pense qu'on peut citer ce film précis, Baby face, pour montrer que si l'audace sous toutes ses formes, en effet, caractérise les productions de cette période, tout n'était pas autorisé. Et pour re-citer un de nos classiques, si Tarzan and his mate possède une scène longue et hallucinante par le degré de nudité qu'elle affiche, celle du bain de Tarzan et Jane, cette séquence n'a jamais figuré dans le montage sorti en salles en 1934. Baby face, lui aussi, a fait l'objet d'une censure interne à la WB avant d'être soumis au public. Et on ne le saurait sans doute pas, si on n'avait pas retrouvé un beau jour la version de "pré-sortie", d'un montage différent de celle sortie, qui est il est vrai particulièrement audacieuse... On y compte une descente aux enfers, assumée et volontaire, qui s'arrête un jour brusquement lors de la découverte des sentiments, mais le film dans le montage sorti en 1934 atténuait tant bien que mal la teneur en soufre de la descente aux enfers, et insistait sur l'idée de rédemption.

Mais la version longtemps inédite contient non seulement une fable sur la promotion-canapé assumée, mais aussi une réflexion acerbe, provocatrice et osée sur la sexualité, prise à l'envers des codes mélodramatiques en vigueur, plus une bonne dose de sous-texte inattendu, si on soulève quelques petits cailloux disséminés ça et là... et le fait que l'actrice principale soir Barbara Stanwyck, évidemment, aide la film à se hisser au-dessus du mélodrame en osant afronter l'indicible! Elle est magistrale.

Lily Powers (Barbara Stanwyck) vit chez son père, qui tient en cette fin de la prohibition un speakeasy florissant. En effet, il bénéficie d'une protection tranquille, qu'on ne tarde pas à nous expliquer... la fille est dure, manifestement, tenant tête à son père, notamment quand celui-ci déclare vouloir se débarrasser de Chico, la petite employée noire à laquelle Lily est très attachée: comme le dit Lily, d'un ton extrêmement menaçant: "Chico stays". ON se pose donc la question: quel est ce moyen de pression dont dispose Lily pour imposer ainsi sa volonté à son père? On a très vite la réponse: le père s'arrange avec un client, un homme important manifestement, et vire tous ses clients, afin de laisser le ponte seul avec sa fille. Mais Lily ne l'entend pas de cette oreille, et ne se laisse pas faire. En sortant, le gros bonnet annonce au père qu'il ne bénéficiera plus de sa protection face aux raids intempestifs de la police...  Peu de temps après, le père meurt dans l'explosion de sa distillerie clandestine, et Lily et Chico, libérées, partent pour la grande ville. Elles font comme tant d'autres héros et héroïnes de films durant la grande dépression: elles empruntent un train en tant que passagères clandestines; durant le voyage, un homme qui surveille les wagons veut les déloger, mais selon un procédé bien établi, Lily va le persuader de n'en rien faire. Une fois arrivées en ville, Lily trouve facilement un emploi, et va coucher avec autant de hommes qu'il le faut pour escalader autant de marches qu'elle pourra.

Un motif dans la bande-son, qui finit d'ailleurs par être un peu énervant, accompagne et annonce chaque étape de la croisade de coucherie accomplie par Lily: la chanson st Louis Blues, parfois interprétée à l'écran par Chico (Theresa Harris), rythme en effet les écarts de conduite de la jeune femme. La mise en scène, qui doit bien sur suggérer, mais aussi intégrer les coucheries (Et l'ascension sociale qui en découle) est plutôt fort bien défendue par Green, qui trouve quelques moments de grâce: la cigarette allumée par Barbara Stanwyck dans la pénombre du wagon, par exemple, qui devient tout à coup la seule source de lumière, trouant la pénombre pour révéler son visage tranquille; une scène extraordinaire, qui aurait pu dans un autre film annoncer la fin de l'intrigue, nous montre la jeune femme qui a du se retrouver seule dans son appartement face à deux rivaux, et constate qu'ils se sont entre-tués: elle voit la corps de l'un d'entre eux, et on ne voit que son dos. Le corps de l'homme mort, dans une position tordue, et à terre, contraste avec la blancheur virginale du dos nu de la jeune femme, car elle portait ce soir-là une robe particulièrement osée. Elle se tourne vers la gauche, et on ne voit plus que son profil, les yeux baissés. Honte? Résignation? c'est ambigu. mais tous les aspects corrosifs ou presque du film sont contenus dans cette scène. Une autre, plus suggestive encore, montre Lily et un de ses patrons surpris dans une position équivoque, hors champ, par un employé qui regarde, choqué, droit vers la caméra... Mais en reculant un peu, celle-ci nous révèle un miroir, qui nous montre Lily réajuster son rouge à lèvres. Peu d'ambiguïté, donc.

L'un des aspects qui a été le plus rabotés dans la version finalement sortie, est la prémonition de son ascension sociale, contenue dans un échange entre Lily Powers et un vieil homme au début du film: client du speakeasy, le vieux Cragg est un immigré Allemand avec lequel Lily aime à deviser. Il lui parle de sa passion pour Nietszche, et lorsque le père décède, le vieil homme auquel on ne la fait pas enjoint à Lily de saisir sa chance, et d'accomplir sa destinée en utilisant sa toute-puissance. Et c'est ce que va faire la jeune femme, qui ne se cache pas d'avoir déjà de l'expérience, beaucoup d'expérience, grâce aux petits arrangements de son père. donc non seulement la confrontation qui ouvre le film n'est pas sa première expérience autour du risque de coucher, mais elle a semble-t-il déjà été initiée sous la responsabilité de son père. Ce qui, bien sur, est particulièrement sordide. Mais le film ne s'arrête pas là: on peut en effet s'interroger, compte tenu du peu d'estime dans laquelle elle tient ses "victimes", sur son orientation sexuelle, ce que son lien avec Chico au début du film nous autorise à faire. La civilisation blanche et sans pitié du film reprend ses droits, et au fur et à mesure de l'ascension sociale de Lily, Chico sera de plus en plus ouvertement sa domestique, avant de quasiment disparaître du film. Mais l'ambiguïté demeure sur leurs rapports... Reste que le film est notable pour son absence de jugement, ou de position morale tranchée.

A toute descente aux enfers, correspond donc une rédemption: si elle sera prolongée dans le film finalement sorti, cette version nous montre au moins Lily sauvée par un sentiment inattendu: l'amour... Mariée à un des actionnaires majoritaires de la firme (George Brent), Lily est plus que jamais déterminée à continuer seule. Et devant un scandale qui pointe le bout de son nez (la jeune femme est sous le feu des projecteurs, bien entendu), elle refusera de l'aider, avant de ressentir un certain trouble: au moment de quitter le domicile conjugal, elle interdit à chico, pour la première fois dans le film, de chanter St louis Blues. ¨Peu de temps après, elle réalise: elle est amoureuse de son mari... La fin sera dès lors assez rapide, sinon expédiée. Pas la peine de s'appesantir, le film n'a pas besoin d'une leçon de morale... reste qu'on peut s'interroger sur la véritable finalité du film, qui explore certes un cas extrême, et accompagne les pas d'une serial-coucheuse... Une façon de rendre la monnaie de leur pièce aux hommes? D'aller contre les codes lénifiants du mélodrame, qui veulent qu'une mauvaise fille ne devienne une mauvaise fille que parce que la toute-puissance des hommes l'a voulue ainsi? envie pour la Warner de concurrencer la MGM qui vient de sortir le salace Red-Headed Woman avec Jean Harlow, un film (nettement plus mécanique) de Jack Conway qui raconte à peu près la même histoire? Ou tout bonnement une envie de pousser l'enveloppe encore plus loin en matière de scandale cinématographique, tout en restant dans le giron de ce qui est jugé acceptable par les studios?

si c'est ce dernier cas qui est la vraie raison de l'existence du film, alors c'est raté, puisque Baby face, à peu près en même temps que Convention City (Dont toutes les copies allaient être brulées par la WB), et Tarzan and his mate (Qui subirait des coupes afin d'en atténuer l'érotisme), allait subir une certaine modification avant sortie. Le signe avant-coureur d'une reprise en main de la censure, devenue inévitable. en attendant, le film vaut le détour, comme un parfait révélateur d'une époque ou tout paraissait possible au cinéma, avant l'âge des lits jumeaux...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 11:19

Rappeneau prend son temps, mais restait fidèle, jusqu'à ce film précisément, à son idée d'une comédie à la Française, qui reposait sur le mouvement, l'action en somme, en s'inspirant des comédies Américaines de l'âge d'or. par la suite, à travers Le hussard sur le toit et Cyrano, il a changé son fusil d'épaule. Mais ce qui marchait si bien avec Belmondo (Les mariés de l'an II) marche-t-il autant avec Yves Montand, que le réalisateur retrouve après Le sauvage?

A Paris, les soeurs Valence se débrouillent avec leur grand-mère: leur maman est décédée, et le père est absent, on n'a d'ailleurs qu'une très vague idée de ce qu'il a bien pu advenir de lui./ Pauline (Isabelle Adjani) est la tête de la famille, et elle a réussi: elle est conseillère d'un ministre, et par moment on a le sentiment qu'elle tire les ficelles. Mais admettons: elle est coincée. Pas une marrante, donc... Mais un soir, le père, Victor (Yves Montand) débarque, et se réinstalle dans les vies de ses filles et de sa mère, ce dont Pauline qui l'a si souvent vu partir sans crier gare, se doute que ça ne va pas durer. Mais il est aussi recherché par de mystérieux inconnus inquiétants, et vu la réputation de Victor, Pauline s'imagine que son père est en fait un dangereux escroc international...

C'est très gentil, ça raconte la refondation d'une famille et l'humanisation d'une jeune femme trop froide et trop triste, par son gentil papa (re)venu d'ailleurs, et clairement Montand est l'homme du personnage... Mais Adjani? Comme tout le reste du casting, elle doit forcer la dose, et le surjeu l'emporte, et on n'y croit plus. C'est mécanique, pas drôle. Au moins, le titre annonce-t-il la couleur...

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Published by François Massarelli - dans Comédie