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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 18:25

Dans une Allemagne de pacotille, un jeune homme doit obligatoirement se marier afin de satisfaire son oncle qui craint de disparaître en ne laissant aucun espoir d'héritier à l'horizon. Comme c'est une irréversible andouille (mais alors, vraiment), il se "marie" avec une poupée grandeur nature. Sauf que chez le fabricant, ce jour-là, un assistant du patron a cassé la poupée promise; afin de gagner du temps, la fille du patron va donc le temps d'une longue journée, "jouer" la poupée, et provoquer beaucoup d'émois... 

Le déguisement, sous toutes ses formes, et le jeu à être quelqu'un d'autre, voilà des thèmes Lubitschiens fréquents. Mais ici, le metteur en scène s'amuse à multiplier les niveaux: une femme joue à être une poupée qui joue à être une femme... Tout ça va permettre à un homme effrayé de tout y compris de son ombre, de trouver l'amour, l'âme soeur, voire tout simplement de... devenir un homme.

Et ça permet aussi à une "poupée" grandeur nature, une vraie femme pourtant, de sortir dans le monde pour un voyage initiatique dont elle reste maîtresse, comme Ossi Oswalda menait déjà le jeu dans Ich möchte kein Mann sein...

Et puis, comment ne pas s'émouvoir de voir cette mise en scène qui met délibérément l'accent sur le factice, depuis cette ouverture durant laquelle Lubitsch soi-même plante le décor d'une maison de poupées? Les arbres en carton-pâte, les toiles peintes, tout l'univers du film semble renvoyer à une esthétique liée autant au théâtre qu'à l'enfance, et fait encore mieux ressortir l'ineptie du benêt dont Ossi Oswalda, impeccable comme d'habitude, va inexplicablement tomber amoureuse.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Ernst Lubitsch
24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 14:39

Miranda (Phoebe Nicholls), et ses deux filles Hester (Lu Corfield) et Rose (Nat Luurtsema), attendent en effet la mort: celle de son père (Michael Poole), et donc du grand-père des deux filles. Mais la situation est compliquée: pour l'occasion, Miranda s'est installée dans la caravane de son père, en pleine campagne, et les deux filles l'ont rejointe pour une cohabitation dans un espace particulièrement restreint: il y a des étincelles en perspective... D'autant que Miranda est particulièrement fatiguée d'avoir du mettre sa vie entre parenthèses pour s'occuper de son père pendant huit ans, qu'Hester a fini par constater que sa vie sentimentale était un désastre total, et que Rose est l'éternelle mouton noir de la famille, oui, mais ça ne l'a au moins pas empêchée de réussir: ses romans cochons se vendent très bien... Et par-dessus le marché, le grand-père tarde vraiment à passer de vie à trépas, mais il est impossible de lui faire dire où il a planqué ses économies!

Le titre est intéressant, linguistiquement parlant: l'utilisation du présent simple y confère à la phrase une possibilité d'être un commentaire hors du temps, comme si la vie de ces trois personnages se résumait à leur attente de la mort! juste un indice de plus qui fait penche le film vers la comédie. Pourtant ce n'est pas de la comédie méchante. L'humour y est certes un peu noir par endroits, mais tout passe par une interprétation splendide et des caractères bien campés...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 11:54

Ce film, l'avant-dernier de Hawks, illustre parfaitement un adage typiquement Hawksien: quand les personnages sont bons et que l'alchimie entre eux est parfaite, pourquoi ne pas les reprendre? Et du même coup, pourquoi d'ailleurs ne pas reprendre la même trame, les mêmes enjeux? Donc de Rio Bravo, on passe à El Dorado. De là à faire deux bons films, toutefois, ce n'est évidemment pas gagné. Et pourtant...

Cole Thornton (John Wayne), un homme à la gâchette sure, un professionnel mais doué de moralité, a un rendez-vous pour un travail: il doit porter son flingue et son savoir-faire au service de Bart Jason, un gros bonnet du conté d'El Dorado. Mais le shérif dudit conté, J. P. Harrah (Robert Mitchum), qui est un vieux copain à lui, ne k'entend pas de cette oreille: il sait que Jason entend faire main basse sur les terres de ses voisins, des éleveurs tranquilles, les Mac Donald. Décidé à refuser l'offre, Thornton voit Jason, mais en revenant à El Dorado il est attaqué par un des jeunes Mac Donald. En légitime défense, il le tue, et ramène son corps dans sa famille. le père de la victime comprend, mais pas sa soeur, l'impétueuse Joey (Michele Carey): elle tire à son tour sur Thornton, et sna spour autant le tuer, lui loge une balle près de la colonne vertébrale...

Quelques temps plus tard, Thornton apprend que Jason n'a plus face à lui qu'un shérif alcoolique et bon à rien: avec l'aide de "Mississippi" (James Caan), un jeune aventurier rencontré sur sa route, il revient pour prêter main-forte à son copain...

Tout ce qui précède est assez éloigné, finalement, de Rio Bravo, mais ce n'est que le prologue. On reviendra immanquablement aux figures imposées: un shérif, peu d'aide, des gens qui se targuent d'être des pros, des innocents et des "civils" qui passent leur temps à se mêler de ce qui ne les regarde pas, et un vieux bras cassé qui parle trop mais qui abat du boulot: Walter Brennan marchait à la dynamite, pour Arthur Hunnicutt ce sera l'arc et les flèches. En lieu et place de Ricky Nelson, James Caan est un "bleu" très convaincant, dont le chapeau déclenche bien des commentaires. On ajoute aussi, par rapport à Rio Bravo, des chevauchées dans une nature rassurante et fortement ciné-génique! Mais si Hawks a décidé d'inverser le shérif et son copain, c'est quand même Mitchum qui sera l'alcoolique auquel il faut venir en aide: pas question de refiler une telle tare à John Wayne!

Ce dernier est ralenti par sa blessure, ce qui sert tout le monde: ça ajoute un brin de suspense, et ça permet à l'acteur de ralentir le rythme d'une façon convaincante, car l'âge et la snaté fragile sont là... Les convictions aussi d'ailleurs, car durant le siège inévitable, en fin de film, les échanges portent autour d'un discours sécuritaire bien à droite, qui est probablement celui de tous les protagonistes: Mitchum, Hawks, Wayne et Caan ne s'en sont jamais cachés.

...Et alors? C'est le mythe du western, cette vieille idée que la loi sur la Frontière dépend d'abord des hommes avant de dépendre de la collectivité, que la loi n'est bonne qu'à s'appliquer, elle ne venge pas et elle ne débarrasse pas nécessairement des putois. Non, croyez-moi,on ne fait pas de gros fun qui tâche avec un western de gauche, parce que c'est purement et simplement de ça qu'il s'agit: du fun. Mission, en ce qui me concerne, accomplie: certes, El Dorado n'est pas Rio Bravo, mais... ce n'est pas Rio Lobo non plus.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Howard Hawks
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 16:46

Un film qui commence, et.. ah tiens non, en fait il ne commence pas: il n'est pas encore fait. La cause? Le script, refusé par la commission de censure, qui a objecté à toutes les provocations. la faute en incombe non à l'un (Henri Crémieux) des deux scénaristes, un provocateur obsédé par la noirceur et le glauque, mais plutôt à la mésentente entre lui et son partenaire (Louis Seigner), nettement plus raisonnable... Nous allons assister à leur remise des compteurs à zéro, et le film, de scène en scène, dans deux directions bien différentes, va se dérouler sous nos yeux: l'histoire d'Henriette (Dany Robin), née le jour de sa propre fête, qui est aussi la fête nationale; ce 14 juillet, la jeune femme envisage de passer la journée avec son fiancé Robert (Michel Roux), qui est photographe pour la presse, mais évidemment il a des obligations (plus ou moins, hum) professionnelles; et elle rencontre Marcel (Michel Auclair), pardon Maurice, un mauvais garçon au coeur d'or pour l'un des scénaristes, et... un assassin anarchiste et fou pour l'autre...

Je ne sais pas si Duvivier et Jeanson, les deux scénaristes de ce film, se sont auto-caricaturés en ce couple maudit de scribouillards qui ont manifestement leurs habitudes: ils écrivent en villégiature, accompagnés d'une scripte, Nicole (Micheline Francey), et de deux femmes anonymes dont je doute qu'elles soient leurs épouses légitimes, et qui dans l'ensemble ne servent pas à grand chose... Tout ce petit monde partage bien évidemment la même suite d'un hôtel à la bonne franquette. En tout cas Duvivier ne s'épargne pas, les scènes "noires" du film étant souvent une auto-parodie, mais en un peu trop poussé à mon goût (Cette manie de pencher la caméra pour faire croire qu'on joue sur le style... enfin.). Il nous donne aussi un clin d'oeil à Don Camillo, dans l'une des premières scènes... Mais si Seigner triomphe de son partenaire, le résultat n'est pas pour autant un film à l'eau de rose: Henriette et Robert vont passer par des expériences qui risquent de marquer leur couple de façon durable. Enfin, Duvivier et Jeanson par le biais de leurs scénaristes commentent tout (L'un des auteurs hurle à l'approche d'une troupe de filles dénudées, mais il n'empêche que nous les voyons bel e bien, dans la scène située dans le cabaret qui répond au nom admirable de "Le cochon qui sommeille"!

Cela étant dit, et étant admis que le film est à mon humble avis trop long, le constant parasitage de l'action par les allers et retours des deux scénaristes, le franc-parler de Jeanson, la frimousse de Dany Robin, excellente et l'incroyable présence de Michel Auclair, le Paris de Duvivier, et bien sur Montmartre, font que cette comédie franchement unique en son genre (Il y a eu un remake, à propos) nous manquait, depuis qu'une sombre histoire compliquée de droits nous en avait privé. Elle est de retour, tant mieux!

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie
22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:10

Au moins le titre est clair...

Ruth Rose, qui écrivit le scénario pour ce film, savait de toute façon qu'on ne pourrait absolument pas rivaliser avec King Kong, donc tant qu'à faire, le script louche ostensiblement vers la comédie et le léger...

...Ce qui n'empêche: c'est lourd, très lourd! Carl Denham (Robert Armstrong) a des ennuis, et pour cause. Il est techniquement responsable aux yeux de tous de la destruction d'une partie de New York, et il fait face à la menace quotidienne de se voir signifier des dizaines de procès. Il s'embarque sur le Venture en compagnie du fidèle Capitaine Englehorn: les deux vieux copains ont forcément des choses à se dire...

C'est là, soit dès le début, que ce film commence à se vautrer. Si le développement du personnage de Denham a pu réjouir Robert Armstrong qui y trouvait un terrain plus propice à son talent, a-t-on vraiment envie de voir l'aventurier à la pipe rentré chez lui, faisant face à des menaces financières? Non.

Les deux compères végètent à l'autre bout du monde quand ils retrouvent un ancien compagnon, une fripouille qui leur parle du trésor de Skull Island, un bon prétexte pour y retourner, et... Ils y vont.

Il y a aussi une fille (Helen Mack), qui va, devinez, devinez, tomber amoureuse de Denham; des indigènes pas très contents de les retrouver; des dinosaures animés par Willis O'Brien; la musique de Max Steiner, forcément évocatrice, et... le fils de Kong. Bien sûr, lui aussi est animé par Willis O'Brien, mais il est également animé de bonnes intentions. C'est un genre de Casimir, en moins cruel et en plus gentil, voire encore plus couillon: il s'occupe souvent en comptant ses doigts. Quand il ne montre pas (Aux dirigeants de la RKO, peut-être?) celui du milieu avec insistance...

O'Brien, Delgado et leur équipe ont du travailler sur l'animation en un temps record (Et ça se voit!). Ruth Rose a du travailler sur le script assez vite. Le découpage n'a pas du prendre longtemps à s'établir: à ce titre, la scène de "révélation" de l'existence du jeune Kong est la plus minable des scènes de ce genres qu'il m'ait été donné de voir. A 69 minutes, le film se débrouille malgré tout pour présenter de nombreuses scènes de pur remplissage. Cooper n'a pas signé le film, c'est un signe... Et je pense que Shoedsack a du se boucher le nez.

C'est, pour résumer, un film totalement, irrémédiablement Kong.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Merian Cooper
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 17:48

Ce court métrage est l'une des premières incursions "professionnelles" de Willis O'Brien dans le cinéma; bien sur, il y fait ce qu'il fera toujours: animer en stop-motion (c'est-à-dire en image par image, comme on dit en Français) des bestioles de trente centimètres de hauteur pour nous faire croire que nous voyons d'immenses monstres... Car O'Brien n'est venu à l'animation, dont il va devenir un génie, que parce qu'il rêvait de voir des dinosaures, sa véritable passion et sa vraie obsession.

Donc l'intrigue de ce court métrage lui donne le prétexte de placer ses bestioles: un écrivain sommé par ses deux neveux de leur raconter une histoire de monstres, imagine une randonnée en montagne qui dégénère en rencontre du type Jurassique... L'histoire n'a aucun intérêt, la partie "live-action" non plus, ce qui nous intéresse, c'est bien sur l'arrivée des dinosaures...

Et celle-ci nous déçoit: les scènes sont bien courtes, et bien sur, six ans avant l'achèvement de The lost world, il semble difficile à O'Brien et Dawley de tenter de combiner la présence de dinosaures en image par image, et acteurs filmés en temps réel; et surtout, les deux réalisateurs se sont battus autour du film pour écarter l'autre des honneurs; au final, on ne sait même pas si les plans d'animation qui se trouvent dans le film sont vraiment tous l'oeuvre de Willis O'Brien!

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Published by François Massarelli - dans Muet
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 17:15

Il ne reste sans doute pas grand chose des oeuvres de Harry O. Hoyt, un réalisateur fécond, et qui est resté actif de 1916 à 1951. Et je serais assez étonné qu'il y ait beaucoup de monde qui s'en émeuve... Cela dit, il est au moins crédité de façon avantageuse au générique d'un film majeur, un seul, mais de taille. Pourtant The lost world, adaptation coûteuse et enthousiaste d'un roman connu de Arthur Conan Doyle, et dont la production a demandé trois années de travail, est généralement reconnue surtout pour être la première oeuvre importante qui a mis en valeur le talent de Willis O'Brien pour l'animation "stop-motion"...

Le professeur Challenger (Wallace Beery) souhaite financer une expédition en Amérique du Sud afin d'y retrouver l'explorateur Maple White: celui-ci, avant de disparaître en pleine jungle, a eu le temps de consigner sur un carnet sa découverte: il a vu, sur un haut plateau d'un endroit très reculé, des dinosaures qui ont échappé à l'extinction... Son carnet, retrouvé par des membres de son expédition, a été ramené à Londres, et serait la seule maigre preuve de l'existence de reptiles préhistoriques. Le problème c'est qu'en dépit de la réputation de White, personne ne croit Challenger. Et surtout le professeur est irascible, impétueux, et tellement borné... pourtant il va se créer une expédition autour de lui: Paula White (Bessie Love), la fille de l'infortuné professeur; le professeur Summerlee (Arthur Hoyt), un spécialiste des coléoptères, dépêché par l'académie des sciences afin de prouver que Challenger n'est qu'un charlatan, Sir John Roxton (Lewis Stone), chasseur et ami de Challenger, attiré à la fois par l'opportunité de chasser du très gros gibier, mais aussi par la nécessité de protéger la belle Paula; enfin Ed Malone (Lloyd Hughes), un journaliste, a décidé de se joindre à l'expédition afin de vivre une aventure: une condition imposée par sa petite amie qui souhaite en faire un homme avant d'accepter le mariage... D'autres personnes, Austin (Francis Finch-Smiles) et Zambo (Jules Cowles) sont également de la partie, même s'ils sont surtout là pour ajouter de l'humour vaguement ethnique, signe d'un autre temps...

Les trois années de confection ont surtout été dictées par la nécessité de tourner, image après image, les séquences très planifiées de Willis O'Brien, dont la fascination légendaire pour les bestioles disparues a tout bonnement créé la vocation. Il est intéressant de constater que les scènes tournées par O'Brien et son assistant Marcel Delgado (C'était leur première collaboration, mais ils allaient travailler ensemble quelques années plus tard sur un projet encore plus prestigieux) varient grandement en qualité: et pour cause, les deux hommes, engagés dans une production de longue haleine, y ont littéralement raffiné leur art de jour en jour. Et c'est constamment impressionnant, tant leur technique leur permet de créer des "poupées" dotées de vie, aux détails impressionnants. Ils n'oublient généralement pas grand chose, les petits trucs anatomiques apparemment inutiles, mais qui ajoutent  de la véracité (Un ventre qui bouge au rythme d'une respiration, la queue d'un reptile qui semble vivre sa propre vie, etc...), et ils vont tout faire pour planifier un maximum de plans composites en intelligence avec l'équipe de Hoyt.

Ce dernier, en charge de la partie 'live-action', fait un travail soigné, sans grande invention au niveau des caméras, mais qui profite pleinement de la qualité de la distribution. Le script de son côté adapte Conan Doyle sans trop le trahir... sauf les stéréotypes raciaux: le personnage de Zambo, le noir, devient un insupportable crétin qui roue les yeux en permanence, et en prime est joué par un blanc! Quant à cette pauvre Paula White, elle est un catalogue des conventions sexistes sur les héroïnes, Bessie Love n'a d'ailleurs jamais caché le peu de cas qu'elle faisait de ce rôle...

Pourtant avec toutes ces scories, et les moments d'une grande naïveté, il y a derrière cette improbable aventure un humour et un second degré inévitable, qui font que le charme opère malgré tout: The lost world est dans la même catégorie, en dehors du temps, que Tarzan et bien sur King Kong. Ce dernier film doit énormément à celui-ci: l'équipe d'animation tout d'abord, qui va apporter au projet de Cooper et Shoedsack tout le savoir-faire acquis sur le film de Hoyt, en le raffinant encore; le parfum de l'aventure brute, et une trame pas si éloignée: dans les deux films, on ramène une bestiole dans notre "monde civilisé", et dans les deux films, ça ne se passe pas vraiment bien.

Pour finir, si on peut voir The lost world aujourd'hui dans une version décente, c'est essentiellement à un travail acharné d'une équipe de restauration menée par Serge Bromberg de Lobster films. Leur travail est formidable, et grâce à eux, nous avons nous aussi eu accès à un monde perdu...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925
18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 21:14

Christian Fellous travaille dans la termite. D'ailleurs, il n'a pas son pareil pour déceler des termites dans une charpente, là où le client un peu âgé n'aurait a priori rien vu... De là à imaginer qu'il magouille un peu pour forcer la vente, il n'y a qu'un pas. Noceur, assez désagréable, il a assez jalousement construit sa vie, entre son divorce et les jours négociés avec sa fille unique Vanessa, son travail, et ses soirées très très arrosées, qui se finissent généralement par des coucheries pas trop glorieuses. Et son mal-être est probablement lié à celui de son père Kader qui a travaillé et milité toute sa vie pour s'imposer malgré ses origines Algériennes, et celui de son frère qui lui est au bord du suicide depuis le départ de son épouse. Bref, tout n'est pas rose, mais Christian lui a au moins réussi à se construire une carapace, et en plus il a un vrai trésor: sa fille, qui fait partie d'une troupe de majorettes. Elle aime ça, elle est douée, il la gâte...

...Et c'est de là que viendront deux opportunités. D'une part parmi les copines de Vanessa, il y a Alizée et sa maman célibataire, d'une espèce rare: elle est enceinte de quatre mois, et le rapprochement avec Christian va vite être inévitable. D'autre part, Vanessa travaille d'arrache-pied, comme toutes les majorettes, pour un triathlon de l'été qui va mobiliser toute la municipalité de Montauban, et l'équipe d'aviron a besoin d'un rameur. Un rôle que peut jouer Christian, sans problème... Bref, la vie prend une tournure plus belle, il se met à faire les bons choix.

C'est là qu'une plainte de client victime de vente forcée vient tout gâcher...

Le choix de Sami Bouajila pour interpréter Christian, le fait de proposer à Zinedine Souallem le rôle de son frère (Il y est génial, et sans jamais forcer, comme d'habitude), et de nommer le père Kader (C'est Daniel Prévost), tout va dans une direction que pourtant Rabaté ne souligne qu'en une seule occasion. Mais il y a du racisme dans la soudaine volte-face d'une ville entière, qui commençait à aimer son rameur providentiel, mais déteste volontiers le petit escroc, pourtant pas bien méchant... Il le dit lui même à Christine (Isabelle Carré), la maman d'Alizée, pourtant: "je ne suis pas un homme bien". Mais Christian a surtout du mal à accepter de s'ouvrir vers les autres. le film nous montre le parcours d'un homme qui commence à aimer d'être aimé...

Et le film nous promène à travers cette histoire mi-quotidienne, mi-triste, maintenant la comédie par un écheveau austère de répliques, situations en demi-teintes. Le drame, en fait, n'est jamais loin. C'est la farce qui triomphera, dans une scène inattendue, en forme d'épiphanie et d'auto-sacrifice... Et qui manque presque sa cible. Car Rabaté, qui maintenait une atmosphère cocasse avec son papy veuf qui découvrait les joies de la transgression dans Les petits ruisseaux, et modernisait la comédie à la Tati avec une bonne dose d'absurde dans Ni à vendre ni à louer, est ici bien avare de rires... Et honnêtement, son personnage de râleur impénitent, il mériterait parfois un bon coup de pied quelque part, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Pascal Rabaté Comédie
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 09:40

Catherine Aigroz vient de perdre son compagnon: suite à une action musclée de la police, l'ennemi public numéro 1 a en effet été abattu en gare de Montargis par une moche matinée d'hiver. Et Catherine est enceinte, et arrivée à terme... La naissance, sous le contrôle de l'assistance publique, est pour la jeune femme un traumatisme, et pour être clair, elle n'a pas l'intention de garder l'enfant. Mais très vite, les visites se succèdent: un commissaire de police (Maurice Biraud) vient pour lui secouer les puces, puis les rivaux de son Pierrot-La-Veine, toues ces braves gens n'ont qu'une idée: faire main basse sur le butin de Pierrot, et se doutent qu'elle sait. 

Oui, elle sait, mais elle est déterminée à ne rien dire, et quand elle sort enfin de l'assistance, avec son petit et aussi avec sa copine Marité (Anouk Ferjac), et son fils, c'est suivie de près par deux bandes de caïds armés jusque aux dents que Catherine prend la route de l'arrière-pays Niçois, pour y retrouver l'argent: elle sait qu'il est quelque part dans la propriété que Pierrot avait acheté. Mais... où exactement?

Cette histoire, concoctée par Marcel Jullian notamment, d'après un roman noir de Jean Amila au nom évocateur de Langes radieux, commence comme un film noir méthodique, assez sec, avec une voix off calme et sans passion aucune. Le ton est plutôt froid et dramatique, et le destin de Catherine ne prête pas à la rigolade; l'illusion continue assez longtemps, en particulier avec les interventions de Renée Saint-Cyr en médecin responsable de Catherine à l'Assistance publique: moraliste, bourgeoise, mais mère poule, comme d'habitude Lautner sait parfaitement quel rôle confier à sa maman... On peut voir aussi dans le portrait du commissaire Verdier, par Biraud, un rôle de dur à cuire qui tranche sur les interprétations de minable ou de cave qui étaient sa spécialité. Verdier sait ce qu'il veut et quand il montre les dents dans sa première scène, il impressionne... Pourtant c'est une comédie, et elle ne va pas tarder à virer au baroque...

Pour ça, il fallait à Lautner une exposition, une vraie, et surtout il fallait un voyage: quand Catherine et Marité vont en Provence, ça change tout, et on quitte la grisaille pour un petit coin de solitude et de nature, où la présence de gangsters armés jusqu'au dents va gentiment jurer avec la quiétude des lieux, les aspirations évidentes des deux femmes à prendre du bon temps, et le voisin plus que farfelu interprété par Paul Préboist. Et le film se métamorphose intégralement, Lautner se lâche, Fellous s'amuse comme un gamin à filmer des gangsters dans la nature en fête, et ma foi tout ceci n'est plus tout à fait un film de gangsters...

Continuant son jeu avec les codes et les genres, Lautner (Continuant sa collaboration avec Michel Audiard qui est plutôt inspiré) restructure la "guerre" telle que Lino Ventura et ses copains l'avaient vécue dans Ne nous fâchons pas (A ce propos, un porte-clé à l'effigie du héros de ce dernier film est parfaitement visible dans une scène) et la filme comme un western: une baraque isolée, deux femmes retranchées, un caïd passé plus ou moins de leur côté et qui coucherait bien avec les deux (Henri Garcin en mode Burt Lancaster), et des bâtons dans les roues: il faut impérativement nourrir les deux enfants toutes les trois heures, et ça ne facilité pas le maniement des armes; et en prime, Paul Préboist est un poids mort qui fait furieusement penser à un Walter Brennan en mode Rio Bravo provençal... la dynamite en moins, les dents (pourries) en plus! Et l'arrivée des gangsters, le siège, les fusillades, l'apprentissage du maniement des armes, le décompte mortuaire... C'est règlement de comptes à Nice-Corral, et Lautner, Darc, André Pousse (Arrivée grandiose de l'acteur dans un rôle sublime de parrain de la pègre, après un tout petit rôle dans Ne nous fâchons pas), sont tous dans leur élément!

Que dire d'autre? Mireille Darc est celle qui permet à Lautner d'opérer un tel virage au sein d'une seul et même film, et il n'y aurait sans doute pas eu moyen de tenter cette expérience sans elle. Femme idéale dans le moyen La grande sauterelle, elle devient une femme d'action, qui a un vrai parcours (il lui faudra faire son deuil, puis accepter d'être mère) et qui est le centre d'une intrigue certes fort exagérée, mais qui grâce à son exposition méthodique, tient fort bien la route. Le ton choisi est constamment sur la brèche, et si j'excepte les clowneries de Préboist (Qui en fait des tonnes, je l'accorde), on reste finalement dans le raisonnable. Et au final, en dépit de la menace permanente représentée par la bande d'André Pousse, des remarques sexistes proférées par un homosexuel avéré (Amidou est excellent mais bien sur le rôle est une faite de goût: autre temps, autres moeurs), et de l'aide apportée par un rouleur de mécaniques, ce sont bien deux femmes qui triompheront des hommes. 

Donc pas de raison de faire la fine bouche, bien au contraire. La critique Française reste pourtant bien mitigée sur ce film... tant pis pour eux.

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir Comédie
16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 09:40

Carl, un voleur (Hardy Kruger) en cavale, parce qu'il a un contrat sur sa tête, se réfugie au Liban. Il n'a rien sur lui, et contemple un avenir plus qu'incertain quand soudain il retrouve un bon copain, Alfred (Maurice Biraud). Un minable, mais gentil, Alfred lui propose un partenariat sur un coup un peu foireux: s'attaquer à un joueur compulsif qui perd tous les soirs, mais "finira bien par gagner"! Et ce sir-là, il faudra juste être présent, et l'enlever avec tout son argent. Bref, un coup minable, mais comme Alfred paie, Carl laisse faire. L'attente commence, mais elle va souvent être interrompue, parce que Carl est distrait: il a vu une fille (Mireille Darc) qui traîne autour de l'hôtel, et qui lui a tapé dans l'oeil. La distraction va bientôt prendre toute la place...

Juste après Ne nous fâchons pas, Lautner poursuit son expérimentation autour des genres, en effectuant le mélange cette fois du film noir et d'une certaine idée très 1966-1967 de la comédie sentimentale, le tout mâtiné d'un soupçon de comédie de gangsters, mais délayée et débarrassée de tout l'absurde que le metteur en scène y a injecté (Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas) en bonne intelligence avec son complice Michel Audiard: bref, cette Grande Sauterelle est à tous points de vue à la croisée des chemins, d'autant que Lautner y réunit, pour travailler au script, Veha Katcha (Qui avait écrit Galia) et Michel Audiard (Qu'on ne présente plus): sa face sérieuse et "sociologique", et sa face "noir-pour-rire avec vue sur le box-office... Il ajoute à ça un casting composé exclusivement d'acteurs qui jusqu'à présent, toutes proportions gardées, n'ont été que des seconds rôles, à l'exception bien sur de sa star de Galia: Mireille Darc. 

La Grande Sauterelle déçoit.

Parce que Lautner, qui ne veut pas rester enfermé dans la parodie de films de gangsters, mais garde quand même un goût certain pour le polar qu'il peut toujours détourner, a cette fois choisi de rester à l'écart de ses effets comiques, et qu'il semble éviter par tous les moyens ce qu'on attend justement de lui. Ce qui sera plutôt réussi dans Le Pacha, par exemple, est ici bien frustrant, et il a beau styliser avec bon goût (Mais souvent trop de retenue) les allers et venues de son héros paradoxal, on s'ennuie souvent, et longtemps. Comme tous les films de Lautner des années 60, en plus, La Grande Sauterelle est une capsule temporelle, et tous ces gens se vautrent dès qu'ils s'agit de caricaturer le mode de vie "hippie", auquel soyons franc ce petit monde bien Parisien qui passe malgré tout six mois de l'année sur la Côte d'Azur, ne comprend pas grand chose...

Restent quelques moments, quelques répliques (C'est Georges Géret qui ouvre le bal: "Ce que tu peux être con! T'es même pas con, t'es bête. Tu vas pas au cinoche, tu lis pas, tu sais rien. Si ça se trouve, t'as même pas de cerveau. Quand on te regarde par dessus, on doit voir tes dents."), des personnages touchants (Biraud, Francis Blanche), et des moments de noir stylisé, comme cette séquence qui exploite la tension entre Carl et son poursuivant qui l'a retrouvé au Liban: en plein soleil, sur un quai, en quatre plans, Lautner joue avec la perspective, la profondeur de champ, et s'amuse. Nous aussi... Un peu.

Ca a du se sentir, parce que Fleur d'oseille, qui viendra juste après, commence là encore de façon assez sérieuse, avant de bifurquer plein tube vers le bizarre, pour ne pas dire le baroque. Comme quoi...

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Noir