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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 16:08
Ricki and the flash (Jonathan Demme, 2015)

Une petite surprise intéressante que ce petit film, tourné comme en contrebande avec assez peu de moyens, par un cinéaste habitués des coups de poker documentaires. Pourtant c'est une fiction: il raconte un épisode de la vie d'une femme d'un certain âge, comme on dit pudiquement, qui a abandonné sa famille pour vivre son rêve: devenir musicienne et star. Elle est devenue musicienne, oui mais pour ce qui est d'être star, c'est une autre paire de manche... Ricki (De son vrai nom Linda, interprétée par Meryl Streep) est chanteuse et guitariste du groupe Ricki and the Flash, et joue tous les soirs devant un parterre de 15 ou 16 fans qui aiment son rock sans prétention... Mais elle doit retrouver sa famille, car une crise vient d'arriver: sa fille, en effet, divorce alors qu'elle vient de se marier. L'ex-mari de Linda, Pete (Kevin Kline) juge en effet que seule la mère de Julie peut essayer de l'aider. Mais julie, ainsi que les deux autres enfants, les garçons Josh et Adam, vont ils se laisser envahir de nouveau par celle qui les a abandonnés quand ils étaient enfants?

Une vraie bonne surprise, donc, que ce film situé dans un milieu de petites gens, modestes et qui doivent faire attention à chaque sou, dont des musiciens qui font une musique pour laquelle on ne se réveillerait pas la nuit, mais qui dégage des qualités de rapprochement, de simplicité humaine, qui motive les mêmes gens soir après soir pour aller la jouer ou l'écouter... Car Ricki et ses musiciens, d'une certaine façon, ce sont aussi bien les oubliés du rêve Reaganien (Ricki a enregistré un disque dans les années 80), que les déçus d'Obama. Et à coté, vivent Pete et ses enfants, des bourgeois, dont le rapprochement avec la mère partie va occasionner de l'embarras, de la comédie, des clashs et de la tendresse. Meryl streep cabotine, oui, ais que voulez-vous on ne se refait pas. Et au moins, si elle chnte vraiment, ce n'est cette fois pas du Abba, mais du rock 'n roll. Parfois pouilleux, parfois moins, parfois excellent... Joué en direct par les acteurs. Un film fortement sympathique, qui vous donnera un répit humain essentiel, même si de courte durée...

Published by François Massarelli - dans Jonathan Demme Cinéma Américain
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:40
The big trail (Raoul Walsh, 1930)

Ce western spectaculaire est à la fois la marque de l'intention d'un producteur (William Fox) et d'un metteur en scène (Raould walsh) de donner une véritable noblesse au genre, d'une part, et le chant du cygne des histoires de l'ouest sauvage telles qu'elles ont été contées durant les années 20: de The covered wagon à The Big Trail, en effet, c'est tout un pan du wetsren "pionnier" qui se dessine, à l'opposé des films plus crus, plus intimistes, tournés par wagons entiers de bobines à la Universal depuis les années 10, mais aussi par Cecil B. DeMille ou Thomas Ince. Mais si ce courant a disparu, c'est effectivement non seulement au désintérêt du public (Three bad men, de Ford, avait été un relatif insuccès commercial), à la méfiance des producteurs qui sentaient passer la note, mais aussi et surtout à l'échec public de ce film qu'il le doit...

Une caravane massive se prépare à amener des pionniers vers l'Oregon, à l'assaut des rivières, forêts, tribus Indiennes, et montagnes qui leurs barrent la route. Celle-ci ne sera pas de tout repos, car en plus de tous ces dangers, l'homme qui conduit tout ce troupeau hétéroclite de pionniers, d'immigrants, et d'animaux, est un bandit, le redoutable Red Flack (Tyrone Power, Sr), assisté de son âme damnée Lopez (Charlie Stevens) et du joueur professionnel Thorpe (Ian Keith), un Sudiste qui semble fuir le Sud plutôt que d'y retourner... Heureusement, Breck Coleman (John Wayne) veille: c'est un homme attaché à la caravane pour faciliter les échanges et le dialogue avec les populations Indiennes, et il est droit, franc, et a en plus un compte à régler avec Flack et Lopez... de plus, il s'intéresse de près à la jolie Ruth Cameron, l'une des pionnières du convoi...

C'est merveilleux: non seulement dans ce film à la durée spectaculaire, tourné en écran large (Le procédé 65mm Grandeur, un ancêtre du 70mm et du cinémascope), on assiste avec bonheur à tous les passages obligés de ce type de récit, racontés de main de maître par un génie du cinéma d'action, mais ce dernier a réussi à convaincre le studio de lui laisser carte blanche. Ainsi, dans une production hallucinante qui oblige déjà l'équipe à véhiculer des chariots, des troupeaux, et des gens sur des routes aussi proches des pistes originales que possible, à tourner en séquence c'est à dire de façon chronologique afin de profiter au mieux des paysages et de permettre aux acteurs un certain confort dans la continuité de leur rôle, Walsh improvise des séquences entières lorsque le paysage l'inspire, et il s'imprègne en permanence de l'esprit pionnier! C'est un film qui a beau conter une histoire du XIXe siècle, on y retrouve l'exploit qui a consisté à faire ce film dans la magnifique nature Américaine, armé en prime d'un système de prise de vue qui était particulièrement inconfortable. Walsh passe son temps à se jouer de la difficulté de l'écran large, dont il fait de remarquables compositions, tout en maintenant sur deux heures un rythme soutenu.

Et cela va sans dire (C'est souvent la seule chose qu'on a à dire sur le film, et ça me semble un peu court tant son souffle épique est communicatif), Wayne est impeccable, ne se doutant sans doute pas qu'après ce rôle de premier plan dans un film spectaculaire, il serait obligé de passer 9 années au purgatoire des productions médiocres... Et Walsh d'ailleurs allait être aussi mal loti, comme du reste le western dans son ensemble. Mais ce film est tellement enthousiasmant (Contrairement à l'insipide Cimarron,de Wesley Ruggles sorti l'année suivante et qui en dépit d'un Oscar non mérité n'allait pas pouvoir inverser la destinée du western) qu'on lui pardonnera volontiers les menus défaits que sont une diction parfois embarrassante, le parlant n'en était qu'à ses débuts, et un tendance à se réfugier derrière le concept si douteux de la Destinée manifeste: cette idée selon laquelle la destinée de l'homme blanc était de redessiner les contours du monde en conquérant l'Amérique. Billevesées et conventions: on a un western, un vrai, un beau, un grand.

The big trail (Raoul Walsh, 1930)
Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh Pre-code
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:18
The captive (Cecil B. DeMille, 1915)

En 1913, durant la guerre des Balkans, un officier Montenegrin est tué, mais l'officier qui a mené le camp opposé est capturé par ses hommes. C'est un noble Turc, Mammhud Hassan (House Peters), et il va connaître la situation de nombreux prisonniers de guerre capturés en bonne santé: afin d'aider ceux qui sont à l'arrière, il va être captif dans une ferme, où il remplacera un homme mort au front. Par hasard, il se retrouve donc placé dans une petite maison, à l'écart de tout, et se retrouve en compagnie de la famille de celui qui est mort: la belle et farouche Sonia, sa soeur (Blanche Sweet), et son petit frère. Ils vivotent, en élevant des chèvres, principalement... Et si au début Hassan est accueilli par Sonia comme un mal nécessaire (Elle ne s'approche de lui qu'avec une arme!), une relation tendre va peu à peu se dessiner entre eux... Mais la guerre, pendant ce temps, évolue, et les soldats Turcs se rapprochent...

On murmure que ce film, l'un des quinze premiers de DeMille réalisés sur à peu près une année, a surtout été motivé par la nécessité de réutiliser des costumes qui avaient déjà servi pour le projet précédent The Unafraid, déjà situé en Europe de l'Est... Et le script, du à l'équipe Jeanie McPherson-DeMille, a sans doute été pondu très rapidement. D'ailleurs, on imagine très bien que Griffith en aurait fait un film beaucoup plus court, par exemple, en deux bobines sans doute: il y a là une scène de maison en proie à une attaque par des hommes menaçants, des péripéties inavouables, et une femme en danger d'être abusée par un soldat en rut!

Mais le film ne manque pas de charme, oscillant souvent entre drame, suspense et comédie, et Blanche Sweet y est excellente. Même si pour sa part elle n'a pas manqué de se plaindre d'un tournage qu'elle a détesté, sous la direction d'un metteur en scène qu'elle n'a pas supporté! The Captive, conservé en d'excellentes conditions après avoir été perdu jusqu'aux années70, est un film typique de la première manière de DeMille: direct, composé avec simplicité, et linéaire, il permet de voir une histoire qui débouche comme d'autres sur une ode à la liberté et au bonheur, deux luxes à aller chercher ailleurs, tant ils semblent impossibles à trouver pour ces Monténégrins et Turcs, prisonniers d'un monde vieillot dans lequel on se bouscule... Même si le film ne se conclut pas par un plaidoyer en faveur de l'exil pour les USA, il ne fait aucun doute que nos héros ne trouveront pas à s'aimer tranquillement dans la vieille Europe.

Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet
25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 09:35
Ashes of vengeance (Frank Lloyd, 1923)

Pour aborder la carrière de celle qu'on a surnommée "La tragédienne de l'écran", ce film n'est peut-être pas le meilleur moyen... L'intrigue, la réalisation et le style global devaient probablement apparaître un peu surannés dès la sortie de cette solide et parfois indigeste pièce montée en 1923. On ne peut rien y faire: Frank Lloyd était un réalisateur compétent, pas un imaginatif, ni un révolutionnaire...

L'intrigue est compliquée, du moins si on se fie au prologue, qui précède donc l'entrée en scène de la star: Lors de la St Barthélémy, le comte de La Roche (Courtenay Foote), l'un des exécutants de Catherine de Medicis (C'est encore Josephine Crowell qui s'y colle comme dans Intolerance, et décidément le rôle lui sied!), paie sa dette à un Huguenot en lui laissant, ainsi qu'à sa fiancée, la vie sauve. L'homme est Rupert de Vrieac (Conway Tearle) et en échange pour cette faveur, doit se mettre au service de De La Roche, ainsi que de sa famille. Et parmi les membres de sa famille, bien sur, il y a une soeur, Yoeland (Norma Talmadge), qui ne va pas tarder à tomber amoureuse du ténébreux Protestant... Lors d'une visite à une cousine, qui va former l'essentiel de l'intrigue du film, elle exige d'être accompagné par lui afin qu'il la protège, et ils vont tous deux être confrontés à la bestialité de l'infâme Duc de Tours (Wallace Beery), un pourceau lâche, aviné, aux mains baladeuses, fourbes, et dont on devine en plus qu'il a certainement mauvaise haleine...

Prenat appui sur l'histoire de France, Lloyd se garde de nommer les camps autrement que par leur affiliation politique, allant finalement plus loin que Griffith dans la volonté de mettre le religieux à l'écart des guerres de religion! Mais son prologue, s'il multiplie parfois les personnages, a au moins le bon goût de ne pas trop déteindre sur l'histoire, car une fois Rupert au service des De La Roche, on ne se concentre plus que sur une intrigue mélodramatique à souhait, qui va permettre à Norma Talmadge d'utiliser son talent, centré une fois de plus sur sa capacité à utiliser son visage pour transmettre passion et émotions... Quoique, on peut quand même faire la fine bouche; D'une part elle n'est pas aidée par les autres acteurs, à commencer par Conway Tearle qui est infect. Wallace Beery est fidèle à lui-même, et on sait hélas par les souvenirs publiés de son épouse Gloria Swanson, que le rôle de violeur aviné qui lui échoit ici n'est pas un rôle de composition. Il est du coup un villain tout à fait solide... Sinon tous les autres jouent un peu à l'ancienne, sans se préoccuper de subtilité. Le metteur en scène b'a pas non plus un don phénoménal pour la composition, et si le film se laisse voir sans trop d'ennui, c'est quand même une déception, pour un film tourné la même année que Souls for sale, Safety last... Ou Greed.

Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 09:33
Ex machina (Alex Garland, 2015)

Continuant de révolutionner discrètement mais en profondeur le canon de la science-fiction dite 'intelligente', les Britanniques vous sortent parfois des pépites inattendues qui se voient et se revoient avec plaisir: il y a deux ans, Under the skin, de Jonathan Glazer, et puis en 2015, cette petite merveille. Un sujet est commun aux deux films: qu'est-ce que l'humain? Et la façon d'évaluer est la même dans les deux: la séduction, la sensualité et la nudité (Ainsi que l'attirance qui en découle) jouent un rôle déterminant. Ex machina conte l'expérience à laquelle se prête un analyste informatique, engagé officiellement pour évaluer l'intelligence artificielle d'un androïde, une jeune 'robote' très séduisante qui répond au doux nom d'Ava (Alicia Vikander), et qui va d'emblée (Elle est programmée pour ça, d'une certaine façon) jouer avec lui le jeu de la séduction. Dans un huis clos dévastateur, Ava, son interlocuteur, son créateur et une mystérieuse jeune femme d'origine Japonaise nous entraînent dans une intrigue de chat et de souris particulièrement relevée, et montée avec une délicieuse lenteur.

Et bien sur le film brasse un nombre gourmand de thèmes, de la créationnite aigüe dont souffrent tant de scientifiques, au désir de la tour d'ivoire, de la place de l'homme sur l'échiquier métaphysique, à la nouvelle donne technologique de nos années trop évoluées... N'en jetez plus, l'essentiel c'est que tout le monde s'y retrouvera!

Published by François Massarelli - dans Science-fiction Grande-Bretagne
18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 18:28
Seconds (John Frankenheimer, 1966)

Arthur Hamilton, engoncé dans une routine qui le tue à petit feu, reçoit d'étranges appels d'un homme qui prétend être un ami mort... Il lui annonce qu'il peut comme lui, disparaître du monde et renaître, un nouvel humain qui pourra entièrement refaire sa vie à l'abri de son passé. Après beaucoup d'hésitations, Arthur va se laisser tenter, et bien sur... tomber dans un piège terrifiant.

C'est en plein coeur des sixties (Dont le joyeux laisser-aller se retrouve dans une scène de bacchanale délirante qu'on n'attend pas dans un film Paramount, fut-il de 1966) que Frankenheimer s'est pu à évoquer la paranoïa de l'humanité plutôt que son avenir. Pour lui, la technologie n'st pas une solution, mais ce qui va nous piéger et nous enfermer, on le voit ici avec une entreprise qui emprunte à la chirurgie esthétique sa sophistication la plus extrême, mais le fait dans une atmosphère de secret et de dissimulation criminelle...

Frankenheimer avait vu des films européens, dont la modernité l'avait manifestement inspiré: il y a du Bergman, de l'Antonioni et du Resnais (Voire du Fellini) dans l'étrange dispositif de ce film dont la structure est pourtant fortement linéaire. Les jeux de points de vue déstabilisent le spectateur, autant que le personnage impliqué dans cette expérience de changement d'identité, où le héros devient littéralement quelqu'un d'autre, pour finir par se rendre compte que même en choisissant une nouvelle vie, il finira toujours par aboutir à la même aliénation. Et ça, c'est une interrogation très Américaine, en ces années 60 qui sont définitivement celles du doute. Un film désespérant, mais essentiel... Le rôle peut-être le plus significatif de Rock Hudson, qui interprète le "nouveau" Arthur Hamilton.

Published by François Massarelli - dans Fantastique Science-fiction
17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 17:20
Something to think about (Cecil B. DeMille, 1920)

Something to think about est un film de transition, un amalgame de genres qui est très impressionnant précisément par la quantité de styles qui y sont réemployés. Le voir permet de comprendre, sinon d'excuser, l'irruption dans la filmographie de celui qui avait tant et si bien réussi, de Manslaughter: car entre ses westerns (The Virginian), ses comédies piquantes et sophistiquées (Don't change your husband), ses drames mondains choquants (The cheat) et ses audaces psychologiques sans précédents (The whispering chorus), DeMille toujours à la recherche de moyen de continuer à promouvoir la portée du cinéma, s'était lancé dans la production de films à message pour la société... Celui-ci est l'un des premiers.

David Markley (Elliott Dexter) est riche, et a tout pour être heureux... sauf ses jambes, qui ne le soutiennent plus. Il en tient une rancune tenace à Dieu, auquel il refuse de croire, et s'estime perdu pour le bonheur... Jusqu'à ce qu'il fasse la rencontre d'un vieux forgeron, Luke (Theodore Roberts), et de sa fille Ruth (Gloria Swanson). Il décide d'aider celle-ci à acquérir une éducation, et trois années plus tard les deux hommes voient revenir une femme séduisante, en lieu et place de la gamine qu'ils ont envoyée en pension. David va tomber amoureux d'elle, bien sur, mais la jeune femme prendra sa reconnaissance pour des sentiments plus forts, et dans un premier temps acceptera sa demande en mariage, avant de se raviser. En effet, l'assistant de son père, Jim Dirk (Monte Blue), un grand gaillard costaud et gentil comme tout, vient d'entrer dans sa vie. Il n'est pas riche, mais il n'a pas non plus de béquilles...

Avec ses plans qui fouillent dans le décor, qui nous montrent les objets de la vie tranquille de ces gens, on est dans un premier temps dans l'univers des comédies de Cecil B DeMille: la première demi-heure joue à fond sur cette carte, même si on se doute que le drame n'est pas loin, car si c'est un homme fantastique, et doté d'un vrai sens du sacrifice (C'est Ruth qui fait les premiers pas, car il ne veut pas qu'elle se sente obligée de lui dire oui), il a un défaut rédhibitoire: il ne croit pas en Dieu. Et cet aspect va revenir dans des anecdotes de châtiment divin qui ne sont pas le meilleur du film. Mais le metteur en scène se laisse volontiers aller vers le mélo, et s'il n'est pas aussi à l'aise qu'un Borzage quand il s'agit de peindre un miracle, il fait en revanche merveille devant le drame: une scène formidable passe du rire à la tension, puis aux larmes: la mort de Jim Dirk, noyé alors qu'il participe à la construction d'un tunnel du métro, est une grande scène frontale et très impressionnante. Quel dommage que les copies en circulation ne nous permettent pas de profiter pleinement de l'excellente photographie de Karl Strüss...

Avec un temps relativement restreint (80 minutes), ses acteurs de prédilection (Monte Blue et Gloria Swanson en particulier sont impeccables), et les inévitables intertitres de Jeanie McPherson, ce film est certes moins intéressant, car plus prétentieux, que les fameuses comédies de 1918 à 1920, mais c'est largement meilleur que les tréfonds de vulgarité et de simplisme grossier dans lesquels tombera DeMille en 1922 avec Manslaughter.

Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet
16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 20:49

Réalisé la même année que Dracula, le film de Whale est une adaptation étonnamment inventive du roman de Mary Shelley, dont il semblerait qu'on n'ait retenu que le meilleur. Comparé à l'autre film-évènement de cette année horrifique, il est évident que Frankenstein domine: là ou Browning s'était efforcé de coller au maximum sur la pièce de théâtre adaptée du roman de Stoker (Au point de donner parfois l'illusion que les acteurs sont sur une scène), Whale a privilégié le cinéma dans son film, prenant appui sur son amour fervent des films d'épouvante Allemands, Le cabinet du Dr Caligari en tête: Une inspiration qui apparait de façon évidente dans une scène qui cite ouvertement le classique expressioniste de Wiene: celle de la tentative de s'approprier la "mariée" Elizabeth vers la fin: Karloff s'approche de Mae Clarke aussi lentement que Conrad Veidt de Lil Dagover.

 

 

 

Frankenstein commence de façon appropriée, par un service funéraire, et un plan assez long qui montre les personnes assistant au dit service, jusqu'à une figure sculptée de squelette; la scène évoque non seulement le thème majeur du film, il est aussi une façon bien pratique de mettre en valeur le coté indiciblement Est-européen du film... un moyen passe-partout déja expérimenté par Browning dans la scène de la passe de Borgo dans Dracula, mais tellement plus efficace dans ce film, ou l'ambiance mortuaire installe dès le départ une atmosphère pesante, dont les scènes suivantes vont bénéficier: Henry Frankenstein (Colin Clive) et son serviteur Fritz (Dwight Frye) sont en effet venus attendre tranquillement la fin du service religieux pour déterrer le cadavre... ensuite, le bossu Fritz ira à l'université mettre la main sur un cerveau, afin de nourrir les expériences de son maitre. mais Whale maintient le suspense, et on ne sait pas vraiment, avant qu'au bout d'une vingtaine de minutes la fameuse séquence de "naissance" du monstre ne vienne mettre les points sur les I, ce qui se trame, si Frankenstein est fou ou génial, interessé par le bien de l'humanité, ou profondément maléfique... Et puis une fois le monstre créé, tout s'éclaire, le savant est incapable de l'appeler autrement que "It", une vulgaire chose, une création vite oubliée car imparfaite. Voilà qui est clair, et qui explique pourquoi il sera si facile pour le spectateur de s'intéresser à ce monstre si humain: abandonné par son créateur, il va vite être à la recherche de gens qui l'aiment, ou s'intéressent à lui, et va hélas provoquer la mort sur son chemin...

 

C'est un peu injuste, du reste, de limiter l'intérêt qu'on porte au monstre de Boris Karloff (Rappelons à tous les béotiens que Frankenstein, ce n'est pas le monstre , mais son créateur) à un truc scénaristique: de toute évidence, un personnage aussi fabuleux ne pouvait prendre vie qu'avec le talent d'un acteur exceptionnel, quelqu'un qui puisse maitriser le langage du corps pour aller dans le sens des grands films muets dont Whale s'inspirait avec génie. L'une des raisons pour lesquelles on aime tant Boris Karloff aujourd'hui, c'est précisément qu'il a joué le rôle de sa vie dans ce film, l'un des plus beaux rôles et les plus inoubliables qui soient...

 

Le film a été majoritairement tourné en studio à l'exception des scènes de la fameuse mort de la petite fille, de la fête au village et de l'émotion des villageois qui va les conduire à une expédition punitive. Ca permet, une fois encore bien plus que dans Dracula, à la caméra de se libérer de façon très satisfaisante. Et de fait le talent de Robert Edeson dans le film est à la mesure des ambitions de Whale, et le film est rendu inoubliable par l'élégance picturale de l'ensemble; du reste, c'est depuis toujours un des plus beaux films en noir et blanc qui soient... Mais le talent de Whale ne s'arrête pas à sa collaboration réussie avec Edeson; si le matériau lui a tant plu (Le film est passé par plusieurs mains, avant d'être confié au metteur en scène Anglais, qui n'avait pas au départ de vraie envie de le tourner avant de réaliser qu'il s'agissait d'une opportunité incroyable), c'est aussi parce qu'il va pouvoir sans aucune retenue se livrer à des expérimentations de découpage, comme ce plan d'ouverture en plein vif du sujet, ou ces séquences qui en disent tellement plus en trangressant les petites habitudes: la façon dont il présente le triangle amoureux entre Henry, sa fiancée Elizabeth (Mae Clarke) et leur ami Victor (John Boles), passe par une scène qui commence par trois gros plans inattendus (Henry sur un portrait, puis Victor qui entre chez Elizabeth, Elizabeth enfin), avant même le plan d'ensemble qui va permettre au spectateur de comprendre ou il est... Ainsi, sont mises en valeur l'urgence des sentiments de Victor qui souhaite tant ramasser les miettes de son ami Henry, et ceux d'Elizabeth qui ressent l'absence d'Henry ainsi que les préoccupations scientifiques de ce dernier, comme une trahison implicite. Et puis le  metteur en scène a choisi des lieux (La tour délabrée où Henry se livre à des expériences, les décors de vieux château branlant, et le moulin final qui plaira tant à Tim Burton qu'il le citera le plus souvent possible), et a privilégié dans son découpage des scènes emblématiques qui vont lui permettre de jouer sur les nerfs. et puis surtout, il y a la scène hallucinante de la "naissance" du monstre, avec ses appareillages électriques, sa foudre, son attente sublime, et son couronnement d'un "It's alive" qui sera repris par tous les parodieurs de la planète... Une scène qui louche sérieusement du côté d'un autre film Allemand qu'on ne présente plus: Metropolis.

 

Le film aura comme chacun sait une suite, qui lui sera supérieure, mais reconnaissons à Frankenstein la place d'honneur: sorti en 1931, quelques mois après Dracula, le film semble avoir été tourné dix ans après tellement le metteur en scène a su éviter les écueils du début du parlant: une diction erratique, une pesanteur qui est due à l'absence de musique, et qui débouche sur de la lourdeur plutôt que de la tension, mais surtout Whale, un homosexuel militant, un intellectuel Anglais à Hollywood, a su mettre en question un thème qui taraude l'humanité, et agir en vrai rebelle, c'est-à-dire faire en sorte que le public s'identifie à celui qu'il aurait du rejeter, ce monstre sans parole, mais aux yeux avides de reconnaissance, et qui reviendra, on peut compter sur lui. Frankenstein a voulu jouer à Dieu, et comme Dieu, il a créé un monstre violent, aux passions irrésolues, et qui n'aura de cesse que de comprendre à quoi il sert. D'où la nécessité d'une vraie confrontation physique entre les deux hommes à la fin...

 

Oui, la question de la création hante ce film, et il la tourne, la retourne, et ne la lâche plus avant qu'elle ne finisse par nous éclabousser avec l'abusurdité même de l'existence. Comment voulez-vous après ça qu'on ne s'attache pas à un tel film?

Published by François Massarelli - dans Cinéma Américain Pre-code Fantastique
14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 18:57
The bluffer (Eddie Cline, 1930)

C'est au mains expertes de notre ami Eddie Cline, le co-metteur en scène des jeunes années de Buster Keaton, qu'on doit ce film, sorti en 1930 dans la série des "Mack Sennett Brevities" un label dont je me permets de supposer qu'il n'y a pas lieu de traduire. Mais surtout, c'est un film en couleurs, non pas le Technicolor deux bandes de l'époque, mais un système propre à Sennett, qu'il possédait et qu'il avait tenté de lancer... Mais soyons juste: les qualités poétiques de ce procédé sont les mêmes, et les défauts aussi, que ceux du Technicolor contemporain.

L'intrigue est centrée autour de la tentative de "séduction" du père (Andy Clyde) d'une jeune femme (Patsy O'Leary) par deux bellâtres. L'un d'entre eux a déjà les faveurs de la demoiselle, l'autre en revanche triche en s'inventant un passé riche en exploits, et arbore un plastron de médailles douteuses... La jeune femme et son petit ami vont trouver un stratagème pour le contrer, alors que le menteur et le père pêchent sur un petit canot...

Franchement, le son primitif, l'intrigue foutraque, les moments creux ne peuvent en aucun cas nous faire oublier cette étrange, séduisante et si étonnante palette des films en couleurs de ces années avant l'introduction des trois couleurs primaires dans le Technicolor... Et c'est, paradoxalement, ce qui fait le prix de ces films. Celui-ci ajoute en prime le fait d'avoir été tourné à la mer: au bord de l'eau, mais aussi pour quelques plans, sous l'eau. Curiosité, oui, mais bien séduisante quand même...

Published by François Massarelli - dans Comédie Mack Sennett
12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:52
His first flame (Harry Edwards, 1925)

Tourné avant, sorti après les trois premiers films First National de Langdon (Tramp, tramp, tramp, de Edwards, et The strong man et Long pants de Capra), ce film était probablement une sorte d'assurance prise par Sennett en cas de désertion de son acteur. de fait, il en avait l'habitude: Arbuckle, Chaplin, même Mabel Normand, tous l'ont déserté pour aller voir ailleurs. ce long métrage a été complété longtemps avant la fin du tournage des courts métrages de Langdon. Si donc le film est sans doute plus ou moins une commande de Sennett, son intrigue est particulièrement typique de Langdon et de son équipe.

Par moments, on dirait deux films collés l'un à l'autre: le titre fait allusion à deux sortes de flammes. Le premier amour, bien sur, représenté par Natalie Kingston, la financée qui en veut à l'argent d'Harry aveuglé par ses sentiments, et contre laquelle son oncle Vernon Dent le met en garde. Et sinon, Harry s'improvise pompier, lorsqu'il est recueilli par Dent, qui est capitaine de la caserne locale, et il y a deux incendies dans la dernière bobine, un sérieux, et un plus douteux... Harry s'y distingue, sauvant notamment un mannequin.

Dent & Langdon tournent ce qui deviendra, de par la grâce d'une sortie tardive, leur dernier film muet ensemble, et leur équipe fait toujours merveille. Elle est assez complexe, aussi, ne reposant pas seulement sur la dynamique de la brute et du naïf. Le lien familial entre les deux permet à la fois d'imposer que l'un (Dent) ait de l'autorité sur l'autre (Langdon) sans pour autant qu'il y ait un déficit d'affection entre les deux. De son côté, Natalie Kingston se voit donner une chance de jouer un rôle inhabituel, celui de la méchante femme qui ne souhaite se marier avec le héros que parce qu'il est riche. Sa soeur, interprétée par Ruth Hiatt, se tient prête à récupérer le fiancé Harry dont elle est amoureuse, et elle a l'idée, en voyant Harry participer à un sauvetage, de l'appeler à l'aide en simulant un incendie. Le feu et Harry se mélangent fort bien, permettant à Langdon de jouer sa lenteur proverbiale dans une atmosphère de suspense brûlant.

Il est beaucoup question de mariage dans ce film, ou l'oncle dissuade son neveu, la fiancée part avec un autre, et un ami rencontré par hasard se révèle mener un existence dangereuse et tumultueuse dès qu'il franchit la porte de chez lui: son épouse est violente! Harry langdon trouve quand même le temps d'interpréter une scène habillé en femme, et n'a pas besoin de faire grand chose de plus pour déclencher le rire. Erratique, le scénario (Ripley et Capra) qui part dans tous les sens, ce qui ne sera pas le cas des films longs à venir. On a le sentiment malgré tout qu'on pourrait pas couper dans ce film, et obtenir des morceaux cohérents. D'ailleurs une coupe a eu lieu, sans doute due aux ravages du temps, et rend un passage très difficile à comprendre. Le film n'existe pour l'instant dans aucune copie cohérente, et la version la plus satisfaisante (à 44 mn, il en manque encore 8 d'après les estimations) est celle qui se trouve sur le formidable coffret Harry Langdon: Lost and found.

Inégal, le film semble résumer efficacement l'ensemble des courts et moyens métrages de Langdon pour Sennett: erratique, bizarre, avec des moments de folie (Une course contre la montre avec la carriole des pompiers, et Harry qui fait trois fois le tour de la maison incendiée avant de s'arrêter), et des moments de lenteur calculés (Harry assommé met une minute à tomber). Il fera mieux, mais est déjà cet étrange individu perdu dans un univers qui nous est vaguement familier, mais qu'on ne voit pas ici comme on le verrait chez d'autres, Chase, Chaplin, ou Keaton. Un univers singulier qui est bien plus celui de Langdon que celui de Sennett.

Published by François Massarelli - dans harry langdon Mack Sennett Muet Comédie