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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 13:36

Ce film qui est le premier des 5 tourné par Lillian Gish pour la MGM entre 1926 et 1928 est aussi un moment intéressant dans l'oeuvre de King Vidor pour cette même firme, situé entre deux films importants, The big parade (1925) et The crowd (1927), si on oublie le (sympathique mais mineur) Bardelys the magnificent (1926), considéré comme une récréation par son metteur en scène. Intéressant, mais certainement pas une pièce maîtresse. Disons qu'il nous éclaire sur la capacité de Vidor à mettre en scène de façon talentueuse un film qu'il n'a pas choisi, et pas vraiment piloté non plus.

De surcroît, il est aussi représentatif de ce que la firme voulait faire à cette époque, après seulement deux ans d'activité: réaliser des films de qualité avec des gens compétents, sur des sujets de qualités, en faisant avancer l'art cinématographique et en plaisant au public: bref, continuer sur la lancée du sublime He, who gets slapped (1924) de Sjöström, le premier film de la MGM. La Bohême est aussi et surtout représentatif du type de films que Lillian Gish avait à coeur de créer, car il est évident tout au long de ce mélodrame que tout le monde, de Vidor à John Gilbert en passant par le directeur de la photographie (Hendrik Sartov, au service de Miss Gish depuis Griffith) et l'ensemble du casting (Renée Adorée, Karl Dane, rescapés de la Grande parade, et choisis expressément par l'actrice après le visionnage privé du film; ou encore Roy d'Arcy, méchant attitré des mélos MGM qui prête son sourire carnassier au "villain" aristocrate) s'est soumis à la volonté de l'actrice. Vidor n'a jamais dit le contraire, La Bohême, c'est Lillian Gish. 

Celle-ci ne pouvait qu'être intéressée par ce mélodrame dans lequel la frêle Mimi, tuberculeuse, se tue à la tache, sacrifiant tout à son fiancé, le dramaturge Rodolphe; au moment ou celui-ci atteint le succès, elle meurt, et se dit heureuse. On le sait, Vidor s'est senti incapable de diriger la dernière scène, tellement les préparations physiques de l'actrice la rendait effrayante de maigreur: plutôt que d'avoir recours au maquillage, elle s'est sous-alimentée, et a à peine bu afin d'arriver à jouer la scène de façon réaliste. Vidor a cru qu'elle mourait vraiment, et cette émotion, qu'on est en droit de trouver risible, ce qui n'est pas mon cas, est palpable aujourd'hui. Autre conséquence d'un tel dévouement, la dame n'a eu aucun mal à diriger moralement la production, ensorcelant au passage son réalisateur, et sa co-vedette. Gilbert n'avait pas encore rencontré Garbo... 

On ne s'étonnera donc pas que tout au long des 93 minutes ce film soit un festival lillianesque, non seulement par sa présence, mais surtout par son style. Elle a dit, et écrit de plus, qu'elle souhaitait essayer avec ce film des scènes d'amour qui sortent de l'ordinaire, et demandait à Gilbert, avec l'approbation un peu méfiante de Vidor, de ne jamais la toucher, ou de ne s'approcher d'elle qu'à condition de pouvoir placer un obstacle dans le champ (Un arbre, une chaise...), l'idée étant bien sur de créer une dimension de désir palpable sans passer par des poses vulgaires ou des intertitres trop voyant. Après intervention du studio, des scènes plus physiques (Des baisers notamment)seront ajoutées (And I ended up kissing John Gilbert, dira Lillian amusée), mais le but de l'actrice est, à mon sens, atteint: lors de leur batifolages, si les deux acteurs dansent, ils n'en donnent pas moins l'impression de ne jamais concrétiser totalement leur désir, ce que confirme la scène ou Mimi défend (Gentiment mais surement, comme Mae Marsh dans Intolerance) à Rodolphe d'entrer chez elle. Leur seule confrontation totalement physique sera une scène de violence dans laquelle Rodolphe frappe Mimi, puis se rend compte que celle-ci crache du sang, justifiant du même coup les réticences de Mimi de se laisser approcher. 

L'apport principal de Vidor, c'est le choix de faire confiance aux acteurs, les impliquant physiquement dans le film, plutôt que de leur demander d'incarner un type, comme il était souvent demandé, en particulier dans un studio aussi compartimenté que la MGM. Gilbert, malgré tout, est un peu gauche, malgré sa sincérité lors de ses scènes en duo avec la diva, durant lesquelles elle l'a laissé la malmener assez sérieusement. Roy D'arcy (Mirko dans La Veuve Joyeuse, Manos Duras dans La Tentatrice) est plus subtil qu'à son habitude, ce qui n'est pas très difficile, il faut le dire... On obtient souvent le même naturel que celui obtenu par Vidor dans les scènes quasi-improvisées de son film précédent. On lui doit aussi d'avoir su tirer parti de la photographie éthérée de Sartov, qui épure les décors au profit des acteurs. Un gros regret par contre, la MGM pratiquait à l'époque une politique de normalisation qui les poussait à imposer la vitesse de 24 i/s, alors que plusieurs scènes en pâtissent (Cette normalisation avait été initiée par les comédies, et les exploitants avaient besoin d'un vitesse standardisée. 24 images permettaient une action plus fluide, et les film plus courts pouvaient permettre plus de représentations); de toute évidence ce film en souffre, notamment les scènes délicates de danse dans les prés, qui virent à la cavalcade...  

Quoi qu'il en soit, le film reste un grand moment grâce à la prestation de Lillian Gish, qui habite littéralement le décor, notamment dans la scène où elle tente de rejoindre Rodolphe, et s'accroche à tout ce qui passe à sa portée, alors qu'elle est mourante; le plan ou elle tombe de la voiture qu'elle avait agrippée, et reste quelques instant par terre, en plein vent, donne la pleine mesure de l'engagement physique de la dame; et le fait que les acteurs semblent tous occuper le décor de la même façon confirme qu'elle avait imposé des répétitions de la pantomime à toute l'équipe. 

Quant à Vidor, il réussit ici à maintenir de façon convaincante un ensemble cohérent, fluide et convaincant alors que le matériau mélodramatique ne lui convient probablement qu'à moitié, et la thématique pas du tout. C'est certainement aussi, pour lui, une forme de sacrifice... De son coté, Lillian Gish allait confirmer ses promesses avec The Scarlet Letter, dans lequel elle allait à nouveau diriger la production en étroite collaboration avec Victor Sjöström. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 King Vidor
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 13:08

Paradoxe: avec son intrigue qui n'a rien à envier aux mélodrames précédents qu'on a imposé à Garbo, tous les deux adaptés de Vicente Blasco Ibanez, Flesh and the devil a tout pour être du tout-venant. L'histoire est inspirée cette fois de Hermann Sudermann, et le titre dit clairement ce qu'il fait en penser: la chair, le diable... Il est question de fesse, ça c'est sur! Et pourtant, ce film, sans être son meilleur, est le plus important de la carrière muette de Greta Garbo, et représente sa rencontre avec deux partenaires qui vont énormément compter pour elle: le réalisateur Clarence Brown et l'acteur John Gilbert...

Mais répétons-le: cette intrigue! ce personnage, celui de Felicitas, une amoureuse qui collectionne les hommes, en prétendant les aimer... Garbo a profondément détesté cette expérience, et n'a cessé de s'en ouvrir, lors du tournage. Le film commence par nous intéresser à deux de ses futures "victimes", les jeunes aspirants Ulrich Von Etz (Lars Hanson), et Leo Von Rhaden (John Gilbert). Lorsqu'ils rentrent chez eux, pour retrouver l'un sa petite soeur Hertha, l'autre sa bonne vieille maman, Leo voit une jeune femme dont la beauté l'intrigue. Quelques jours plus tard, il la retrouve lors d'une réception, et les deux vont instantanément commencer une aventure, à l'insu de leur entourage. Mais Leo n'apprendra que plus tard, trop tard, en fait, que Felicités est mariée: le mari (Marc McDermott) va en effet les surprendre chez lui. Leo le tue en duel, mais s'arrange pour que l'aventure ne s'ébruite pas. Et avant son exil forcé de trois ans, duel oblige, il demande à Ulrich de veiller sur la jeune veuve, sans lui expliquer les raisons de ce geste. Quand trois années plus tard il revient, Leo est confronté à l'inévitable: Felicitas s'est remariée avec son meilleur ami Ulrich.

Derrière cette intrigue au romanesque réchauffé, les atouts du film sont nombreux: la classe de la production, pour laquelle Clarence Brown a su mener son monde à la baguette, mais avec une efficacité maximale. Des scènes qui doivent tout leur impact à l'invention liée à la lumière (La fameuse scène de la cigarette, durant laquelle les deux acteurs sont apparemment éclairés depuis la main de Gilbert, les nombreuses scènes nocturnes), aux ombres chinoises (Le duel, scène célèbre dans laquelle Brown évite de refaire The merry widow, de Stroheim)... Et à l'alchimie entre les acteurs. Surtout Garbo et Gilbert.

A ce propos, c'est durant le tournage de ce film que leur histoire d'amour (Compliquée au possible) a commencé, et disons le sans certitude, fini: c'est également durant le tournage de ce film que Gilbert a eu sa malencontreuse idée de demander sa main à l'actrice, qui ne s'est pas déplacée le jour venu. C'est donc aussi l'époque qui a vu Gilbert avoir une discussion enflammée avec Louis B. Mayer, qui a mené à sa déchéance... Mais en attendant, l'acteur ici ne cache absolument pas sa passion pour sa partenaire, et Clarence Brown n'avait qu'à les filmer... Et c'est je pense la raison pour laquelle ce film est passé au rang de mythe.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 16:37

J'imagine qu'il y a du en avoir beaucoup, des films de ce genre... Il échappe de loin au type de films de propagande comme il y en a eu beaucoup, tant et même trop, de Hearts of the world à The Kaiser, beast of Berlin. Ecrit par Willat, le scénario de The false faces s'inspire d'un roman populaire de Louis Joseph Vance, publié dans le cadre des aventures de The lone wolf: si ce personnage d'espion allié (D'origine belge) est bien un ennemi du totalitarisme Germanique, et affronte des Prussiens tous plus cruels les uns que les autres, il le fait en bondissant, dans des péripéties délirantes et nombreuses...

Michael Lanyard, dit 'the Wolf' (Henry B. Walthall), est un espion allié, qui a pour mission de mettre sur la main sur un cylindre qui contient des informations cruciales pour prévenir une attaque de l'Axe. Pour se faire, il doit voyager incognito, mais il n'est pas le seul: le dangereux Eckstrom (Lon Chaney), un espion lui aussi, mais de l'autre côté, se trouve en effet sur le même bateau que lui, et la lutte va être serrée...

Walthall en espion? C'est vrai qu'il n'a pas la carrure de James Bond, mais il est convaincant en homme qui est prêt à tout pour faire triompher sa cause... Et celle-ci est noble, sans parler de la femme qu'il rencontre, Cecilia (Mary Anderson), et qu'il n'aura pas toujours besoin de protéger, car elle se défend quand même un peu. Ce film est à ne pas trop prendre au sérieux, un film d'aventures qui est soigné, et dont la structure est souvent étonnante: il commence en pleine nuit, sur le front. Un home traverse les lignes pour rejoindre les alliés: qui est-il? que veut-il? quelques minutes plus tard, il se présente, et raconte son histoire: en particulier, comment un régiment de Prussiens conduit par Eckstrom a tué sa soeur et son neveu... Ruptures de ton, coups de théâtre, c'est impeccable, c'est du grand cinéma populaire.

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Published by François Massarelli - dans Muet Thomas Ince 1919
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:57

Le succès de Behind the door a fait des petits: on prend les mêmes (Bosworth, Ince, Willat) et on recommence, et après "derrière la porte", on se rend "sous la surface", dans un drame encore une fois humain et maritime, qui mêle savamment le mélodramatique spectaculaire, et le tragique...

Cette fois, Hobart Bosworth est Martin Flint, un scaphandrier qui loue ses services sur la côte du Maine. Il est amené, avec son fils Luther (Lloyd Hughes), à participer au sauvetage de l'équipage d'un sous-marin échoué, dont les vingt hommes n'avaient a priori aucune chance... Grâce à Martin, ils survivent tous, et l'incident va faire la une des journaux nationaux. Deux aventuriers, James Arnold (George Webb) et sa maîtresse Vera Gordon (Grace Darmond), trouvent donc un moyen de récupérer un trésor dont ils savent qu'il a coulé au large des côtes de la nouvelle Angleterre... Mais quand Martin refuse de leur venir en aide, ayant compris que leurs intentions sont louches, Vera va approcher Luther en se faisant passer pour la soeur de James, et elle va jusqu'à se marier avec lui, afin qu'il accepte de les aider...

La construction est beaucoup plus simple que celle du film précédent, et ne repose en rien sur la guerre, qui ne fait plus autant recette que l'année précédente! L'objectif de Willat, qui a cette fois encore fait appel aux services de Luther Reed pour le script de son film, est  de capter le public et de l'amener à une révélation... qui hélas manque dans la copie que j'ai vue. On sait que tout Behind the door menait, par des chemins détournés, à un plan qui, s'il ne se vautrait pas dans le grotesque sanguinolent, nous faisait au moins comprendre de façon sure qu'un acte de torture ignoble avait eu lieu; ici, tout nous conduit vers une séquence dans laquelle un homme trompé qui refuse de croire à la duplicité de son épouse, est amené à découvrir dans une épave son cadavre dans les bras d'un autre...

Willat construit donc parfaitement son mélodrame, jouant à fond sur les clichés établis. Le film se laisse donc voir tranquillement, et est particulièrement soigné. Mais si le drame humain repose volontiers sur du sensationnel, on voit quand même que l'effet coup de poing du film précédent n'est pas au rendez-vous... Il faut, sans doute, savoir rester raisonnable!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Thomas Ince
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:15

C'est ce film qui va faire le lien entre les carrières russes respectives de Joseph Ermolieff, Jacob Protozanoff, Ivan Mosjoukine, Natalie Lyssenko et Alexandre Volkoff, d'une part, et leur arrivée en France d'autre part; littéralement: en fuyant la révolution (Ou les révolutions pour être exact), et l'annonce par Lénine de la nationalisation, Mosjoukine et ses associés emportaient avec eux le cinéma. Et leur voyage, de Moscou à Yalta, de Yalta à Constantinople, et de Constantinople à Marseille, a été l'occasion pour eux de tourner un film... Scénarisé par Mosjoukine et Volkoff, mis en scène par Protozanoff, interprété par Mosjoukine et Lyssenko, et produit par Ermolieff. Son intrigue ressemble à une histoire sans queue ni tête improvisée sur la route, et filmée dans des décors qui varient sans cesse, et pour cause!

Le comte de Granier est heureux: il va marier son fils Charles, le plus grand, le plus raisonnable aussi. Son fils Octave, c'est une autre paire de manches, ou de gants de boxe: il est passionné de sport, mais ce grand nigaud n'a pas la moindre notion de ce que c'est que de séduire une femme. Ce qui est loi d'être le cas de Charles: quand sa future belle-soeur lui demande d'aller chercher son grand frère, Octave le trouve aux côtés de l'actrice Yvonne Lelis, une dangereuse séductrice. Il les pousse à rompre, mais Yvonne va le séduire... Et Octave, subjugué, et désavoué par son père va peu à peu tomber dans tous les pièges tendus par la fourbe actrice, devenant lui-même acteur, puis trichant au jeu pour pouvoir subvenir aux besoins toujours plus importants de son épouse... Puis lorsque la déchéance s'installe, ils vont trouver avec leur fille un travail dans un cirque. Mais la petite, acrobate, fait une chute, et il n'y a plus qu'une ressource: trouver de l'argent auprès de la famille De Granier. Et au besoin, le voler...

Les quinze premières minutes épousent le rythme de la comédie, et rappellent la façon excentrique de Mosjoukine de traiter ce genre, que ce soit dans Le brasier ardent, Kean ou Feu Mathias Pascal... Protozanoff semble donner corps ici à une vision totalement due à son acteur-scénariste, qui a semble-t-il décidé de montrer au public les atouts de la troupe. Et le film, avec ses ruptures de ton, qui permettent d'explorer à peu près tous les genres, et de montrer la versatilité de ses acteurs, en particulier Mosjoukine et Lyssenko, devient une démonstration des capacités de cette troupe ambulante, qui va devenir la base de la société Albatros. Donc ce film en forme de tout et de rien, foncièrement sympathique par son côté surréaliste, est une démonstration de force...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Comédie Albatros Ivan Mosjoukine
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 22:27

1863, dans le Sud; le caporal John McBurney, surnommé McB, est blessé, et se fait repérer par une jeune pensionnaire alors qu'il se cache près d'une institution pour jeunes filles... Elles le ramènent à la maison, mais la directrice est catégorique: le temps qu'il récupère, et après on le livrera à la troupe! Car John McB est nordiste... Mais il est aussi beau garçon, et pour les jeunes filles, les jeunes adultes, et tout le personnel (Non qu'elles soient très nombreuses) de la digne pension, il va très vite s'avérer irrésistible. D'autant que le beau parleur (Et donc menteur) de caporal a décidé de jouer à fond la carte de la séduction: il a devant lui une jeune femme totalement inexpérimentée mais désespérément romantique (Elizabeh Hartman), une directrice certes rigoriste, mais passionnée (Geneviève Page), et qui cache un abominable secret scandaleux sur ses rapports avec son frère qui est depuis décédé, voire une pensionnaire assez ouvertement nymphomane (Jo Ann Harris). John McB croit vraiment pouvoir devenir le roi dans l'institution...

...Mais il tombera bien vite sur un os.

On est en pleine guerre du Vietnam, et je doute que les idées politiques de Siegel et Eastwood aient pu s'accommoder d'une critique ouverte du militarisme en vigueur. Non, par cotre le climat de remise en cause systématique des héroïsmes et du patriotisme à tout crin n'est pas pour leur déplaire, comme on le voit dans une scène, où McB essaie de se mettre dans la poche la domestique noire, donc l'esclave, Hallie (Mae Mercer): il lui dit notamment qu'ils sont tous les deux prisonniers dans l'institution, mais Hallie lui répond qu'elle ne se fait aucune illusion quant aux motivations des Nordistes... Le Caporal ment  chaque fois qu'il parle, et en particulier quand il raconte ses journées au front: les images se placent en constante contradiction des bobards qu'il raconte aux femmes de la pension pour les berner. Mais s'il tente en permanence de jouer sur son capital de séduction,  on constate qu'il commence à perdre son charme précisément quand il se laisse aller à coucher avec la plus faile de toutes ces victimes, la jeune Carol... 

Et c'est là qu'on peut en profiter pour parler d'ne constante des films d'Eastwood, aussi bien le metteur en scène que l'acteur: s'il a souvent, dans ses rôles, une pulsion sadique assez ouvertement exprimée (Et totalement assumée bien sur par sa créature la plus controversée, l'ambigu Harry), il est aussi assez souvent mené à une forme de masochisme sévère. Ici, le personnage croit longtemps garder le dessus, mais va tomber dans les mains d'une associations de femmes qui se sont liguées contre lui, et la mise en scène de Siegel, qui joue à fond sur une grammaire quasiment héritée des films d'horreur, tend à enfoncer le clou.

...Avec un certain humour noir, cela va sans dire.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 17:20

On a gardé tellement peu de ces petits westerns qui s'enchaînaient à une cadence infernale, tournés entre 1917 et 1919 par Ford pour Universal, qu'en découvrir un nouveau est toujours une occasion à ne pas rater. Pour la plupart d'entre eux, ils montraient les aventures de personnages (Souvent nommés "Cheyenne Harry") interprétés par Harry Carey, qui subissait la forte influence de William S. Hart dont les films étaient toujours soignés. Cette influence s'exerçait essentiellement dans la parcours du héros, souvent une fripouille (Ici c'est un joueur poursuivi pour l'ensemble de son oeuvre!), mais doté d'un fort sens moral, qui le faisait revenir en arrière et se racheter... Mais contrairement à Hart, lors de sa rédemption, Carey n'en fait pas tout un plat!

Dans Hell Bent, Harry s'installe dans une petite ville tenue par des bandits, dont Beau Ross. Parmi les citoyens, une jeune femme, Bess (Neva Gerber) vit avec son frère Jack (Jack Pegg). Mais celui-ci état incapable d'assumer un rôle de chef de famille, elle est obligée de travailler... au saloon, en tant que danseuse. La première fois qu'il la voit, Harry lui manque singulièrement de respect mais se ravise le lendemain, honteux... et amoureux. L'intrigue s'emballe lorsque après un coup fumant, les bandits partent, emportant la jeune femme avec eux...

Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bo enfant du débt, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le fait, pour faire triompher sa cause.

Bref, Ford fait ses gammes, et avec la complicité toujours précieuse de Carey, évite la monotonie, tout en devenant tranquillement l'un des meilleurs cinéastes du monde, tout bonnement.

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford 1918 Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:16

Tom Mix, à la Fox dans les années 20, c'était un peu le cowboy passe-partout. Une énorme vedette, dont l'authenticité souvent impressionnante des films (Décors naturels, grands espaces, et tant d'endroits encore préservés qui rendaient la triche de studio inutile pour qui cherchait des endroits sauvages) contrastait cruellement avec le côté fabriqué de son personnage: grand chapeau, costume exagéré, et bons sentiments érigés en médaillon inamovible... Mais Tom Mix a tourné pour Ford!

Rappelons qu'en 1923, le grand metteur en scène (Qui signait ses films "Jack" Ford, préférant le diminutif à son pseudonyme pourtant copié d'un auteur de renom) n'a pas encore réalisé The iron horse, le film qui allait faire de lui un auteur remarqué; il est arrivé à la Fox en 1920, et s'est vu confier des tâches qui tournaient autour du western: Just pals, son premier film Fox, par exemple se situe dans une petite ville qui pourrait très bien être une ville de l'Ouest après la pacification. De même pour The village blacksmith, quand à Cameo Kirby, il raconte les aventures picaresques d'une fripouille sur les bateaux à aube du Mississippi... North of Hudson Bay appartient à cette veine, confrontant le Cow-boy Tom Mix aux grands espaces du Grand Nord...

Michael Dane (Tom Mix) se rend vers le nord de la baie D'Hudson, où il envisage de retrouver son frère Peter (Eugene Palette). Mais avant l'arrivée du petit frère, Peter est tué. On accuse son partenaire Angus McKenzie, mais celui-ci jure être innocent du crime. La punition de ces pionniers est une marche forcée, sans arme ni moyen de subsistance, dans la nature: Angus va pourtant y survivre, et il est secouru par Michael... Le problème, c'est que selon l'usage, toute personne qui porte secours à un condamné à la "piste de la mort" doit désormais s'y soumettre lui aussi...

Michael Dane déjouera tous les pièges, et sauvera du même coup son ami Angus, ainsi que la jolie Estelle McDonald (Kathleen Key), une jeune femme qu'il a rencontré au début. Certes, le script passe-partout est particulièrement mélodramatique, mais il a la qualité de permettre à Ford et Mix de faire exactement ce qu'ils voulaient faire: tourner un film en liberté, dans la neige, au milieu des montagnes et des rapides! Et il y a des loups, et les tribus Indiennes locales (Du Nord, oui, mais celui de la Californie, j'imagine) sont venues prêter main forte à l'entreprise... Un bon bol d'air, pour des images saisissantes... Mais il y a aussi, dès le début, une scène domestique qui montre comment maman Dane s'apprête à dire adieu à son deuxième fils: une scène qui se répétera de film en film, et qui montre un attachement viscéral du metteur en scène à l'idée de famille, aux racines.

On regrettera évidemment que ce film de cinq bobines n'ait pas été conservé en entier, même si l'intrigue telle qu'elle est aujourd'hui, resserrée sur quatre bobines, fonctionne encore. Mais, et il est toujours le moment de le rappeler, si on a aujourd'hui récupéré environ 25 films muets de John Ford, dont certains sous la forme de fragments, combien manquent encore à l'appel?

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Published by François Massarelli - dans Muet Western John Ford 1923
19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 16:40

Léonce Perret n'a pas séjourné longtemps aux Etats-Unis (6 ans, entre son arrivée en 1917 dans le but de produire sur place des films patriotiques, et son retour en France en 1923 pour y tourner Koenigsmark), mais il y a tourné un certain nombre de films, en toute indépendance. Parmi ceux-ci, ce formidable petit mélodrame qui concentre en 70 mn tout ce qu'il faut de plans tordus et d'images sensationnel, grâce à un recours (lointain) à un classique du roman à suspense: The woman in white, du précurseur génial William Wilkie Collins. Dans ce roman Anglais, un homme fat la rencontre surréaliste d'une femme en blanc, qui semble totalement déboussolée. De cette rencontre, il déduira une affaire trouble d'usurpation d'identité, le tout dans une intrigue étalée avec gourmandise sur plusieurs centaines de pages. Perret retient la femme en blanc, dans une scène située... à la fin. Quant aux machinations, elles nous sont détaillées en ordre chronologique, en partant (presque) du début...

John Bent (Warner Oland) est un petit escroc sans envergure. Il fait na rencontre d'une jeune femme, Daisy (Mae Murray), dont il découvre bientôt qu'elle est, à son insu, la fille disparue d'un magnat de l'industrie; mieux, il a découvert que Daisy est la jumelle de Violet, qui elle aussi ignore qu'elle a un double. Bent fomente un plan incroyable, qui inclut une substitution, un meurtre, un mariage, et au final, une richesse sans partage. Mais parviendra-t-il à ses fins en utilisant ses "pions jumeaux" du titre? Et le brave Bob Anderson (Henry G. Sell), qui aime Violet, le laissera-t-il faire?

Pas facile, quand on ne dispose que d'une copie aux intertitres en flamand, et de résumés dénichés sur internet, et pas tout à fait conformes au déroulement du film, de reconstituer l'intrigue... Mais le film, sans jeu de mot, est d'une grande clarté: et le parti-pris de suivre non pas en priorité les héros "positifs", mais bien la canaille, interprétée avec une grande retenue par Warner Oland, joue en plus en la faveur du film, qui garde jusqu'à aujourd'hui son pouvoir, disons, choquant! La mise en scène est complètement adéquate, et comme Perret n'a pas oublié de savoir traiter la lumière et l'ombre, il fait passer une foule d'émotions, de mystère, par la seule utilisation de l'éclairage, qui est formidable de bout en bout.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 10:15

Pour ce qui est de l'intrigue, et incidemment de la réputation de ce film, qui est loin d'être flatteuse, disons-le tout de suite: l'histoire est d'une affligeante banalité... Pour la MGM, une nouvelle occasion de se ridiculiser en utilisant les romans de Vicente Blasco Ibanez, qui a cette fois décidé de montrer ce qu'il pense des femmes en général, non, pardon, de LA femme. Dans le film, c'est Elena (Greta Garbo, une croqueuse d'hommes, qui ne peut s'en empêcher, même si à un moment, elle tente mollement de se disculper, plus ou moins: "ce n'est pas moi, c'est mon corps..." Elle est donc, comme le titre l'indique, La Tentatrice. Donc la mission de l'équipe du film est de donner corps à des fantasmes délirants, dans lesquels l'homme avance, et construit (Ou alors il est voué à la dépression ou la mort), et la femme détruit. Le mieux qu'elle puisse faire, sinon, est d'inspirer: ce qu'elle fait pour a plupart des personnages masculins ici...

L'intrigue commence à Paris: Manuel Robledo, Argentin de passage, rencontre lors d'une soirée galante une jeune femme qi le subjugue. Il tombe instantanément amoureux... Mais ne la revoit pas, jusqu'à ce qu'il découvre en visitant son ami le marquis de Torre-Bianco que la femme de ses rêves n'est autre que la nouvelle marquise. Le marquis a bon dos, et ne semble pas se rendre compte du fait qu'Elena a des amants. Mais a vérité éclate dans un scandale retentissant lorsque l'un d'entre eux se suicide en public en lui dédiant sa mort. 

Manuel retourne en Argentine, bien décidé à se jeter à corps perdu dans le travail, mais cette saine résolution sera mise à mal lorsque son ami Torre-Bianco arrive à son tour, accompagné d'Elena: Manuel, bien que réticent, mais aussi la plupart de ses associés, et le bandit local Manos Duras, un agité du poignard, du fouet et de la dynamite, tous vont tomber amoureux de la fatale beauté Parisienne.

Voilà: as grand chose à faire donc, avec un script pareil, que d'y aller franco. ce qu'a fait Niblo, dont la tâche était rude, car non seulement il s'attelait à un film infaisable, mais en prime il devait reprendre le tournage des mains de Mauritz Stiller... IL est de bon ton uand on parle de ce film, d'en citer la double paternité. Avant d'écrire ces lignes, je me suis promené dans la silento-blogosphère, et on y attribue souvent ce film à Fred Niblo et Mauritz Stiller, voire Mauritz Stiller et Fred NIblo. Occasionnellement, on aura même un "The Temptress, un film de Mauritz Stiller". Bien. Si effectivement le tournage en a bien commencé en mars 1926, sous la direction de Stiller, le metteur en scène Russo-Suédois a été viré manu militari, et tout ce qu'il a tourné a été refait par Niblo. Et les preuves sont nombreuses: la fête du début, qu'il avait effectivement tournée en entier, était située dans un décor différent, et l'acteur Antonio Moreno avait à la demande de Stiller rasé sa moustache: dans le film fini, il a sa moustache. Pour la scène du dîner fatal, chez le marquis, là encore, le lieu diffère, et la moustache est présente, attestant que la scène telle qu'elle est dans le film est bien de Niblo; de plus, Stiller avait donné le rôle de Torre-Bianco à H. B. Warner, et dans le film fini, c'est Armand Kaliz... Il semble donc que toute contribution de Stiller ait été effacée.

Manuel Robledo, c'st Antonio Moreno donc, révélé par Ingram dans Mare Nostrum l'année précédente. Il fait le job, dirons-nous, mais il est à peine plus qu'un stéréotype... face à lui, Armand Kaliz est somme toute excellent en homme parfaitement décalé, un noble qui n'a jamais travaillé de sa vie, et qui est juste bon à tomber tout cru dans les bras d'une Elena... Ou d'une autre, puisque on le voit négligemment fricoter avec sa bonne. Les moeurs légères telles que dépeintes dans ce film sont pour moi l'une des preuves que le film n'est décidément pas à prendre au sérieux: Niblo, inspiré par Clarence Brown (The eagle), a réalisé une excellente scène de dîner dans laquelle il s'est amusé en un majestueux travelling arrière entrecoupé d'inserts, à contraster fortement la noble assemblée, et les pieds et jambes des convives, qui semblent doués d'une vie propre... et moins propre.

Mais le principal argument de vente du film, ce autour de quoi il a été tourné, et c'était déjà l'intention lorsque Stiller était aux commandes, c'est bien sur Garbo. Autant The torrent ne l'utilisait que peu, autant ce film est construit autour d'elle, et pour elle. Et Garbo, qui a détesté l'entreprise de A jusqu'à Z, y fait un boulot fantastique: autant son personnage de tombeuse diabolique est ridicule et lamentable, autant l'actrice y est impériale! NIblo ne s'y est pas trompé, car elle l'a inspiré. la première fois qu'on al voit, elle porte un masque; le metteur en scène va délayer le moment de la démasquer, et va même aller jusqu'à choisir de nous montrer la révélation de son visage en cadrant la réaction de Robledo. Lors de la visite de celui-ci chez Torre-Bianco, il répète cet effet pour nous révéler que la jeune épouse du marquis, d'abord vue de très loin descendant un monumental escalier, est bien Elena, comme le prouve la surprise de Manuel...

Le seul autre à bénéficier de cette largesse du metteur en scène est Roy D'Arcy, qui interprète le bandit Manos Duras. La première fois qu'il est vu, c'est son ombre qui l'anonce avant qu'il ne passe lentement la porte avant d'arriver dans la maison de Robledo. D'Arcy, bien sur, était le double maléfique de Stroheim dans The merry widow, et on voit qu'il avait pour mission de répéter ce personnage dans ce nouveau film. Mais impossible de prendre ce desperado tout vêtu de cuir noir, qui manie le fouet comme George Raft les pièces de monnaie. Il sert essentiellement de caution érotique masculine, en permettant une série de scènes qui font s'affronter les deux hommes, torse nu, un fouet à la main, pour Elena, et la récompense: Elena va soigner de ses baisers le torse meurtri de Robledo.

Rien que ça...

Pour finir, c'est un film hautement divertissant, de par son exagération même, car il est impossible d'y croire un seul instant. La MGM fait malgré tout une démonstration de ses moyens, avec des effets spéciaux (Robledo construit un barrage, donc, dynamite, et inondation, sont au programme), des scènes de nuit particulièrement soignées. Le fait est que c'est aussi un film qui accuse la femme d'être à l'origine de tout le mal possible et imaginable, ce qui me fait préférer la version "rose" du film, celle qui dispose d'une fin heureuse: Robledo finit son barrage, et en attribue l'achèvement au fait qu'Elena a su le galvaniser. Dans l'autre version, il finit son barrage, mais Elena finit à la rue, complètement saoule dans un bistrot, croyant reconnaître Jésus dans un client anonyme de la terrasse...

Bref: mauvais, oui. Mais tellement soigné. Les personnages sont des stéréotypes navrants, absolument. mis ils sont tellement bien interprétés. Ce film rend fou.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Fred Niblo