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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 18:01

La vie quotidienne d’un petit groupe de jeunes filles entre treize et dix-huit ans, en région Parisienne, autour d’un club de natation qui entraîne des groupes de natation synchronisée. Principalement, l’intrigue tourne autour de trois d’entre elles : Anne, Marie et Floriane. La dernière est la capitaine de l’équipe senior, populaire, implantée et… avec une épouvantable de réputation, celle d’avoir couché avec à peu près tout le monde, à commencer par le masseur de l’équipe. Anne et Marie, plus jeunes, sont inexpérimentées et Matie en particulier se rend compte qu’elle est très attirée par Floriane, mais celle-ci ne semble la solliciter que pour avoir un prétexte à sortir et retrouver des garçons. Anne, de son côté, très complexée par son corps, est obsédée par l’idée de perdre sa virginité avec François, le garçon le plus en vue du club…

Derrière ces apparents marivaudages, pas de comédie, au contraire. Pour chacune des trois protagonistes, la situation est dramatique en effet. Floriane en particulier, a construit sa réputation afin de garder son poste de capitaine, mais elle ment : elle a gardé sa virginité et essaie de tout faire pour conserver une image de fille facile, et elle refuse de laisser libre cours à son attirance évidente pour Marie… Anne apparaît un peu comme une sorte de repoussoir pour tout le monde, et c’est un rôle à risque pour la jeune actrice, qui joue à merveille de tous les aspects du personnage, notamment la difficulté pour elle d’être bien dans son corps. De façon intéressante, et sans trop dévoiler, c’est aussi elle qui ira le plus loin, dans le film, dans l’accomplissement de l’exploration de sa sexualité, sans pour autant vraiment en retirer grand-chose…

Le film reste principalement une exploration du point de vue de Marie, pas encore suffisamment grande ni suffisamment développée, et dont les désirs en désordre se bousculent. Au milieu de tout ça, un véritable trésor, une capacité à aimer qu’elle va finir par découvrir, comprendre, et qui va la handicaper dans sa recherche du bonheur, car elle est soumise à un amour impossible pour une personne qui va tout sacrifier pour sa réussite, à commencer par celle qui l’attire…

Céline Sciamma, qui signe son film en y apparaissant (elle vend du MacDo dans une scène de comédie) a ainsi entamé une carrière marquée par des films sur la difficile confusion du troisième sexe : Tomboy et Portrait de la jeune fille en feu ont suivi…

 

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Published by François Massarelli - dans Céline Sciamma
15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 07:59

En France occupée, un couvent situé dans un petit village sert de passage pour des aviateurs alliés. L'un d'entre eux, John (Ray Milland), rencontre une jeune novice, Soeur Clotilde (Barbara Britton), qui ne prend pas toute la mesure de la situation: entendant le Major Krupp (Konstantin Shayne), un officier Allemand qui menace de s'en prendre aux enfants si on refuse d'aider les forces d'occupation en dénonçant des soldats ennemis, elle lui fait comprendre qu'elle aurait de informations, et provoque un raid dans lequel la mère supérieure (Lucile Watson) est tuée. Clotilde décide donc d'aider John à fuir, et prend la place d'une résistante qui a été arrêtée, devenant pour l'accompagner dans son dangereux périple "l'épouse" de l'aviateur Américain...

Déjà, dans les années 20, Frank Borzage avait parfois, à son corps défendant, représenté la guerre, dont il est vrai qu'elle est omniprésente dans le cinéma Américain de l'époque: Hervé Dumont a révélé que pour cet hypersensible à fleur de peau, ça a toujours été un drame de devoir, dans Seventh Heaven, Lucky star ou plus tard dans A farewell to arms, représenter la violence, et contrairement à un William Wellman, ou un John Ford, la pyrotechnie et le grand spectacle de la guerre cinématographique le laissaient froid. Ce dernier, d'ailleurs, a peut-être été le réalisateur de seconde équipe des deux films muets Fox cités, pour justement capter des images du conflit que Borzage ne pouvait se résoudre à tourner lui-même! Donc, au moment de réaliser un film situé durant le conflit contemporain en ce milieu des années 40, il va avoir recours à beaucoup d'ellipses et de suggestion, mais surtout va développer le propos. Il l'avait d'ailleurs déjà fait pour son film The mortal storm, qui s'intéressait à la montée du péril politique en Allemagne avant l'internationalisation de la menace fasciste. Mais Till we meet again commence par une séquence qui montre bien la fragilité de la paix et de la sérénité: dès le générique, un panoramique vers la droite nous montre d'abord un village, probablement méridional, et idyllique, puis un clocher, avec des colombes. Enfin, une colonne de jeunes filles, toutes habillées de blanc: ce sont les pensionnaires du couvent où se déroulera l'action du premier acte. Sous la direction de Soeur Clotilde, une prière se déroule en plein soleil... Pendant ce temps, à l'extérieur, une colonne de nazis traque des résistants, et des coups de feu sont tirés: nous ne verrons pas l'escarmouche, mais nous l'entendons... Dès le départ, le caractère disruptif, perturbant et sale de la guerre est représenté, mais à l'économie...

Dans un film relativement court, qui ne totalise pas même 90 minutes, comme le contemporain Ministry of fear tourné également à la Paramount par Fritz Lang, Borzage va concentrer ses efforts sur une rencontre, entre un homme et une femme, une rencontre qui va s'effectuer en plein danger. Comme d'autres films, et je pense paradoxalement principalement à The day I met Caruso, dans lequel une petite fille, quaker, rencontrait le célèbre ténor dans un compartiment de train, pour une journée d'échange passionné, la confrontation imprévue va se dérouler sur un territoire inattendu en temps guerrier: quelque part entre le profane des sentiments et de la vie amoureuse, d'un côté, et le spirituel de l'engagement religieux de l'autre. En devenant pour de faux l'épouse de John, Clotilde se mue en femme, et sans jamais évidemment remplacer l'épouse légitime (il est marié, a des enfants, et le dit très vite, et ni Borzage ni la Paramount n'avaient sans doute envie d'encourir les foudres du code Hays), elle s'ouvre de son côté à tout un univers qu'elle a complètement occulté, et écoute avec stupeur un homme amoureux décrire la joie du mariage. Non la passion, qu'il garde sans doute pour lui, mais bien la joie quotidienne et absurde, la satisfaction d'être deux, les anecdotes amusantes et les drames terribles, vécus et ressentis à deux. Clotilde s'ouvre, non seulement à la vie, mais aussi à l'homme qui est en face d'elle...

Sous le fracas des bombes, à deux pas des agissements de nazis et de collaborateurs (Walter Slezak joue une fois de plus un salaud de façon impeccable, mais réussit à le doter d'une morale en faisant de lui un instrument du destin), la rencontre entre John et la novice va se dérouler en terrain neutre, sans jamais dévier, car les deux vont s'apprivoiser en douceur. Les gestes parfois effectués, repérés avec surprise par l'un ou l'autre, sont toujours austères mais font mouche: par exemple, lors d'une rencontre avec les occupants, Clotilde doit improviser, car la lumière met en valeur un trou béant, dont des taches de sang s'échappent, dans le manteau de son "mari". Elle place donc sa tête à l'endroit même, et quand elle la relèvera, elle aura elle aussi une tâche rouge, qu'il effacera de sa main. Quand elle se réveille à un moment, elle est troublée par la présence de la fausse alliance. Et n'oublions pas que chez Borzage, la présence d'une alliance vaut parfois tous les sacrements, peu importent les circonstances qui l'ont amenée sur le doigt!

Au milieu de péripéties liées à leur dangereuse mission, inévitables et fort bien troussées, l'essentiel du film tient dans cette paradoxale rencontre impossible entre une femme qui a choisi une voie et une seule, celle de la spiritualité, et est fort surprise de découvrir d'autres possibilités. Borzage réussit le miracle de se renouveler toujours plus en montrant pour la énième fois (The pitch of chance, Seventh Heaven, The river, A farewell to arms, A man's castle, ou Strange cargo) un couple de fortune se créer sous nos yeux, dans l'adversité, et se place en maître du mélodrame sublime, profitant au passage des circonstances, qui l'ont privée de l'actrice prévue (Maureen O'Hara, pressentie et déjà sous contrat, a du se retirer pour cause de grossesse), remplacée au pied levé par la quasi inconnue Barbara Britton, dont justement la naïveté, la jeunesse et l'inexpérience sonnent constamment juste dans cette merveilleuse intrigue de sacrifice et d'amour sans aucune issue. Inutile, je pense d'aller plus loin, on aura compris que Till we meet again est un des joyaux méconnus du réalisateur, l'un de ses derniers très grands films. Il est dans le domaine public, donc disponible, ce devrait être une bonne nouvelle, mais ça ne l'est pas: la qualité des nombreuses copies en circulation (DVD Italien, copies plus ou moins complètes sur Youtube, etc) laissant sérieusement à désirer.

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage
14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 10:44

Meilin "Mei-Mei" Lee est une jeune fille de Toronto, qui se définit comme à l'aube de sa vie d'adulte, car elle a... treize ans. Chinoise, élevée entre traditions et modernité, elle a beaucoup participé au culte des ancêtres dans sa famille, dont les parents gèrent un petit temple à la gloire de la famille Lee et de sa filiation par des contes et légendes au dieu Panda roux... Mais c'est aussi une adolescente de 2002, très intégrée dans une bande de copines très soudées, toutes fans d'un boys band dont on annonce qu'il pourrait bien, un jour, venir jouer à Toronto.

Mei-Mei a du mal à assumer son indépendance face à une mère envahissante, et ses copines sont inquiètes pour elles... D'autant qu'un jour le malheur arrive: non pas le souci qui arrive à bien des futures femmes aux alentours de cette aube d'adolescence, mais bien pire: Mei-Mei est affligée d'une malédiction familiale, qui a donné à tous les membres féminins de sa famille un don de métamorphose en grand panda roux... Ce qui va poser problème puisqu'en attendant qu'elle puisse "contrôler son Panda", le jeune fille doit subir des transformations à chaque émotion forte, c'est à dire toujours...

C'est le premier long métrage de Domee Shi, qui a mis énormément d'elle-même dans ce film, situé dans sa communauté et dans sa ville d'adoption. De là à parier qu'elle ait eu un problème avec sa mère durant l'adolescence, il n'y a qu'un pas que le film nous engage allègrement à franchir! Car très vite on verra dans le film que la vraie malédiction, pour Mei-Mei, au delà de la métaphore menstruelle qui prouve que, décidément, les films distribués par Disney évoluent considérablement, est sa filiation, et la présence immense, incontournable et envahissante de sa maman, et l'incapacité de la jeune fille à assumer son envie de s'écarter du giron familial...

Le fait de passer par une représentation du "monstre" intérieur de n'importe quelle adolescente à travers un animal plus ou moins lié à la culture et la mythologie d'une communauté spécifique est assez typique de Pixar, bien sûr, et avec un gros panda roux, on coche en prime les nombreuses cases d'acceptabilité pour Disney! Mais le film est bluffant pour son invention, et le décalage entre la représentation de 2002 à travers les yeux et la dynamique (excès probable de sucre, ici) d'un jeune fille de treize ans, et le monde intérieur de ces femmes chinoises qui doivent affronter leur panda privatif est une source constante d'émerveillement. Finalement, si ce n'était pour la sous-musique envahissante d'un boys band qui prend un peu toute la place et qui est loin, très loin, de montrer la moindre preuve d'originalité et de talent, et pour la manie agaçante des dessins animés de se terminer sur une tentation étouffante du gigantesque (toujours impeccablement réalisé), le film est un vent de fraîcheur dans un studio connu pour son étonnante capacité de renouveau: chapeau.

...Et en plus, c'est toujours drôle.

 

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Published by François Massarelli - dans Pixar Animation Comédie
12 mai 2022 4 12 /05 /mai /2022 07:25

Un jeune homme (René Ferté) est arrêté pour l'assassinat d'un directeur de banque, le patron de sa maîtresse (France Dhélia). Nous vivons le calvaire de sa mère, qui doit assister à l'humiliation de voir son fils, innocent, traîné devant un tribunal...

Epstein, avec ce moyen métrage contemporain de ses premiers films Bretons et marins (Notamment Finis Terrae), souhaitait s'intéresser à une intrigue criminelle, sans passer par la case du cinéma policier: ni enquête, ni suspense. Le mot "calvaire" dans mon résumé est choisi avec soin, car c'est tout à fait ça; un film qui pousse le bouchon de l'avant-garde (chronologie bouleversée sans crier gare, absence relative d'intertitres, et interprétation sans aucune émotion) vers des retranchements, disons, inutiles. Clairement en cette fin du muet, Epstein avait la tête ailleurs...

Visible sur la plateforme Henri, de la Cinémathèque Française...

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Published by François Massarelli - dans Jean Epstein 1929 Muet
8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 07:15

Dans un monde parallèle qui a longtemps été dirigé par des forces magiques, vivent désormais des elfes, centaures, trolls, fées et autres sirènes... mais ce petit monde a oublié la science de la magie, et à l'exception de quelques personnages un peu fantasques, se replie sur sa normalité. Nous faisons la connaissance d'une famille Elfe: Laurel, la mère, élève désormais seule ses deux garçons Barley et Ian, car leur père est décédé durant sa deuxième grossesse. Barley a bien quelques souvenirs de lui, mais bien sûr Ian vit dans l'immense frustration de ne jamais l'avoir connu. La frustration, mais aussi une intense timidité, voire une gêne phénoménale: Ian n'a pas confiance en lui, et son frère l'embarrasse plus qu'autre chose, car Barley est obsédé par l'histoire, le passé, donc la magie. Il considère que les gens devraient reprendre le contact avec ce qu'ils sont vraiment.

A la faveur du 16e anniversaire de Ian, les deux garçons vont en avoir l'occasion: leur père, qui était lui aussi fasciné par l'histoire de la magie et la science disparue des sorts et des objets magiques, leur a laissé un héritage, à ne leur donner qu'une fois cet âge atteint. Un sort, et les objets pour le réaliser, qui leur permettra de passer une journée avec leur père: pour Barley, l'occasion, enfin, de lui dire au revoir, et pour Ian la possibilité de faire sa connaissance...

Tout n'ira pas comme prévu, évidemment. C'est un film Pixar qui obéit aux lois qui régissent le plus souvent les films du studio: deux personnages qui sont opposés par les faits et qui sont amenés à cohabiter, se révéler et découvrir qui ils sont vraiment, et changer le monde par cette occasion. On coche un peu toutes les cases, y compris celle de l'humour.

On peut être agacé par cette incapacité qu'ont ces films à compléter leur originalité esthétique par une gamme de possibilités scénaristiques qui n'aient pas l'air d'être tirées du manuel, mais on a au moins l'avantage d'être face à une merveille de design. La texture de ce monde en particulier, mélange permanent entre l'Amérique profonde et un univers magique qui ne demande finalement qu'à être révélé à ses habitants, est fabuleuse. Les personnages, eux, cochent toutes les cases réglementaires...

Et il y a quand même une série de gags gonflés, sur la brèche, avec ce que je ne vois pas comment appeler autrement que le demi-père des deux jeunes elfes... Un non-personnage, entité incomplète, dont la possibilité de le rendre complet devient très vite l'enjeu du film. Avec des chaussettes violettes.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney Pixar
7 mai 2022 6 07 /05 /mai /2022 16:39

La maternité, c'est bien sûr LE thème le plus souvent présent chez Almodovar, et donc on y retourne avec une nouvelle variation; deux femmes arrivent ensemble à la maternité: Janis (Penelope Cruz) est enceinte de son amant, Arturo, un homme qu'elle a connu professionnellement, avant d'avoir une aventure avec lui. Il est marié, et son épouse est atteinte d'un cancer, autant dire que Janis élèvera sa fille Cecilia toute seule. De son côté, Ana (Milena Smit) est une adolescente qui est tiraillée entre un père dépité et une mère absente. Sa grossesse est le fruit d'une nuit de saoulerie, durant laquelle elle a été abusée par tellement d'amis qu'elle ne sait pas qui peut être le père. Sa fille s'appellera Anita.

Quand Arturo (Israel Elejalde) voit Cecilia, il est formel: ce n'est pas sa fille. Même Janis finit par douter et effectue un test ADN. Le verdict es très clair, Cecilia n'est pas sa fille... Mais plutôt que d'avertir Ana, Janis qui aime Cecilia décide d'étouffer l'affaire. Mais quand elles se revoient, la petite Ania est morte... 

Parallèlement à cette intrigue de mélodrame pourtant totalement plausible, Janis, qui est photographe professionnelle, est engagée dans une cause qui va à l'encontre de l'attitude de la Droite Espagnole (alors au pouvoir, le gouvernement étant sous la direction de Mariano Rajoy, très occupé à gommer les fêlures de l'histoire dues au fascisme): elle souhaite qu'on exhume les corps d'une fosse commune, des militants républicains, tous habitants du village dont elle est originaire. C'est pour cette raison qu'elle avait rencontré Arturo, anthropologue qui connaît l'art et a manière de déterrer les mystères du passé. Le film se situe donc entre ces deux courants: d'un côté, le mélodrame avec la symbolique des deux mères, l'une tournée résolument vers l'avenir et l'autre solidement campée dans la posture d'une découverte du passé, tout en assumant pleinement sa fonction de témoin: son appartement regorge de visions photographiques du passé, là où la maison bourgeoise dans laquelle, abandonnée à son sort, Ana élève sa fille, est décorée "à l'ancienne"; de l'autre, l'histoire de l'Espagne et sa violente fracture du XXe siècle, un drame que l'on ne doit pas oublier. Le mélodramaturge rejoint ici le militant Almodovar pour un chassé-croisé inattendu, qui fera date, car c'est, une fois de plus, un film exceptionnel.

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 17:25

Un jeune étudiant (Walter Slezak) arrivé à Turin va rencontrer dans son immeuble une jeune couturière (Carmen Boni), dont il tombe amoureux. Mais Elena (Elena Sangro) une cliente de la maison de couture située dans l'immeuble, l'a vu et l'ajouterait volontiers à son tableau de chasse...

C'est la deuxième version de cette adaptation par Genina d'une pièce de Nino Oxilia, et celle de 1918, qui l'avait consacré, a sans doute gardé une grande importance pour lui. A l'instar de Sandberg qui refait en 1926 son film Le clown de 1917, le metteur en scène Italien a donc décidé d'y revenir, en tenant compte d'un certain nombre d'évolutions...

D'une part, en 1927, le cinéma Italien ne peut plus rivaliser avec les autres cinématographies, notamment Française, Allemande et surtout Américaine, et la production de cette deuxième version est donc internationale, avec Walter Slezak, acteur Germanophone (déjà vu dans Michael, de Dreyer, et promis à un bel avenir) dans le rôle principal.

D'autre part, si le premier film était une comédie sentimentale nostalgique d'une grande douceur, notamment à travers la délicatesse du jeu de Maria Jacobini, celui-ci prend en compte l'existence d'une comédie "moderne" aux Etats-Unis: on verra donc, l'espace d'un instant, les étudiants en pleine action: pas en train d'étudier, non, mais de se livrer à l'athlétisme, comme dans les comédies estudiantines Américaines... Et là où Maria Jacobini remplaçait la sophistication par son bon coeur et son sourire, Carmen Boni est grimée en flapper de la fin des années 20: chapeau cloche, cheveux courts, costumes stricts et cravates... elle contraste bien sûr avec sa rivale qui elle est une pure gravure de mode 1926.

Et puis, on est en 1927, donc le fascisme est là. En lieu et place des vues aérées de Turin, dans le premier film, ce deuxième effort nous montre les corps athlétiques des hommes en plein effort, et se permet dans une scène de train un gag raciste bien de son époque. C'est le dernier film Italien muet de son auteur, qui s'apprêtait à s'installer pour un temps à Paris... Pour le meilleur.

 

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Published by François Massarelli - dans 1927 Muet Augusto Genina
5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 17:09

Lors d'une petite fête à laquelle se retrouvent plusieurs amis, dans une propriété cossue sur les bords du lac de Côme, un adultère se termine mal: Savina (Italia Almirante), l'épouse du propriétaire des lieux Paolo (Vittorio Rossi Pianelli) a fauté avec un des invités, mais le mari, contrairement à nous, n'a pas vu que c'était un jeune avocat (Ettore Piergiovanni). Répudiant son épouse, il lui intime l'ordre de disparaître et prétend à son ami avocat qu'il l'a tuée. Il lui demande, sans réaliser qu'il s'adresse à son rival, de le défendre dans un procès retentissant, d'autant plus qu'il n'y a pas de cadavre... L'avocat s'exécute, et salissant toujours plus la mémoire de celle qu'il a séduite, en rajoute pour obtenir l'acquittement de son client. Pendant ce temps, Savina peine à rester à l'écart...

Ca commence comme un mélodrame délirant, mais la façon dont les intertitres, assez nombreux, nous présentent la situation, trahit déjà une profonde ironie. Et c'est à la décadence de cette bourgeoisie, qui acquitte un homme qui prétend avoir tué sa femme dans une affaire d'honneur, mais le condamnerait pour avoir inventé ce meurtre de toute pièce, que Genina s'attaque dans un jeu de massacre d'autant mieux orchestré qu'il se pare de toute la sophistication qu'il lui a été possible de produire... 

La presse de l'époque a beaucoup eu de mal à s'y retrouver, et de fait, c'est, à travers le décalage entre l'action, les moyens mis en oeuvre, le jeu des acteurs et les notions liées au point de vue, un film qui se situe à la fois dans la lignée des oeuvres d'un Evgueni Bauer (dont je doute qu'il ait été distribué en Italie à cette époque, donc il s'agirait d'une coïncidence), des films Danois des années 10 (ceux-là ont été vus partout), et à l'opposé du cinéma lyrique des divas du muet, des films contre lesquels Genina et d'autres metteurs en scène semblaient réagir...

 

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Published by François Massarelli - dans muet Augusto Genina 1919
5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 16:47

Le petit royaume de Graustark, en Europe, sollicite le retour du prince héritier Oscar (Creighton Hale), exilé à Washington. Accompagné de sa cousine, Beverly Calhoun (Marion Davies), ce dernier part donc vers son destin... Et va devoir laisser tomber le rendez-vous car il a un accident de ski en route! Pour la stabilité du royaume, une seule solution, demander à la "princesse" Beverly de remplacer le monarque, au moins le temps que celui-ci se rétablisse. En chemin vers le royaume, Oscar-Beverly est attaqué(e) par une troupe de soldats dissidents et défendu(e) par un berger, Tandan (Antonio Moreno): ce dernier accepte de lui servir d'escorte, et Beverly, sous son déguisement, tombe amoureuse de son ange gardien... Mais il apparaît très vite que le responsable de l'attentat pourrait bien être l'affreux général Marlanax (Roy D'Arcy), qui était déjà à la source de l'exil d'Oscar... Celui-ci n'est donc pas disposé à collaborer avec le nouveau roi...

C'est un film romantique, certes mais c'est aussi et surtout une comédie. William Randolph Hearst, après tant d'années, finissait par laisser la Cosmopolitan produire des films dans lesquels Marion Davies pouvait se reconnaître, et si celui-ci recycle beaucoup d'aspects déjà présents dans bien des scripts de ses films, on sent bien que la star a insufflé énormément de sa bonne humeur contagieuse dans l'intrigue: et surtout elle s'y livre à quelques-uns de ses péchés mignons, le déguisement en homme (comme dans Little Old New York, qui recèle beaucoup de points communs avec ce film) et l'alternance entre scènes maquillées et scènes visage libre (qui lui permettait dans Lights of old Broadway et Zander the great de jouer plusieurs âges d'une jeune femme). Et tout en se situant dans un royaume de pacotille, le film rejoint un peu When knighthood was in flower, dont l'intrigue reposait beaucoup sur la raison d'état.

Le metteur en scène est déjà un vétéran, et un réalisateur tous terrains qui a du satisfaire Hearst pour son flair particulier pour le mélodrame classique, ce qui ne l'empêchait pas de jouer double jeu: on sent son envie de suivre Marion Davies dans une mise en scène iconoclaste qui se joue des genres, dans la façon aussi dont il laisse Roy d'Arcy, mâcheur de carpette numéro un ("chew the carpet", c'est une expression imagée qui signifie qu'un acteur en fait des tonnes), se moquer allègrement de lui-même et de son personnage... La photo, nocturne le plus souvent, est superbe, et le film garde son final en Technicolor bichrome... On dit donc, une fois de plus, merci à Edward Lorusso, Ben Model et les petits lutins de la Bibliothèque du Congrès, qui nous ont rendu disponible ce petit film...

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Franklin Marion Davies 1926 Muet Comédie
1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 17:01

Mario (Lido Manetti) entame ses études: il souhaite étudier le droit et se rend à Turin; il y trouve une chambre idéale pour vivre, tenue par une dame dont la fille Dorina (Maria Jacobini) est plus que charmante: les deux jeunes deviennent amoureux, jusqu'au jour où une dame sophistiquée (Helena Makowska) commence à attirer l'oeil de Mario...

A l'origine de ce film, il y a une pièce écrite par Nino Oxilia et Sandro Camaso. Une première adaptation a été réalisée vers 1911, qui est perdue, mais Oxilia, devenu metteur en scène, comptait bien en réaliser un remake. Son départ pour le front, puis sa mort en 1917 l'en ont empêché. C'est donc le co-adaptateur Augusto Genina qui a été désigné réalisateur...

Et c'est une belle surprise. Le film se départit rarement de son ton indubitablement tourné vers la comédie, et utilise au maximum les décors de Turin, beaucoup de scènes ont d'ailleurs été tournées en pleine rue, mais aussi dans des cages d'escalier qui sonnent particulièrement véridiques! Le cinéma Italien a entamé sa grande mutation, et désormais l'heure n'est plus aux divas et aux femmes fatales: c'est la leçon de ce film, qui comme si souvent à l'époque du muet, oppose deux femmes, la mystérieuse Elena et la douce Dorina, cette dernière opposant à la fois son bon sens et sa joie de vivre à la froideur manipulatrice de sa rivale. Mais si cette dernière reste volontairement esquissée (elle en devient une ombre, une fatalité qui retournera vers le néant à la fin du film), on est ébahi du jeu tout en invention permanente de Maria Jacobini qui souvent porte le film à bout de bras. Du coup, c'est son point de vue qui prime...

Le titre est d'ailleurs à double sens: certes, le passage de Mario, qui achève ses études et devient un avocat promis à un bel avenir à la fin, est un peu le baroud d'honneur de sa jeunesse, mais on pense plus volontiers au sacrifice que Dorina fait, elle qui comprend qu'elle ne verra plus jamais l'homme qui a failli la trahir... Dans la joie ou l'amertume, Jacobini est solaire, nuancée, et son visage est un festival d'expressions, qui nous font regretter que si peu de ses films aient survécu.

 

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Published by François Massarelli - dans Augusto Genina 1918 Muet Nino Oxilia