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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 10:36

Xavier (Romain Duris) fait face à une nécessité, s'il veut réussir sa vie rêvée et une carrière intéressante: cet étudiant en économie, pour devenir aisément recrutable, va devoir améliorer son Espagnol et sa connaissance de l'économie Ibérique. Une seule solution: un échange Erasmus, et une année d'études à Barcelone. Pour ça, il va falloir tout quitter, sa maman (Martine Demaret), sa petite amie (Audrey Tautou), etc... Arrivé à Barcelone, il galère un peu avec la langue (D'autant que régionalement, la langue officielle n'est pas l'Espagnol qu'on enseigne dans les écoles, mais le Catalan), mais aussi trouver un logement: il est aidé au départ par un couple de Français rencontré dans l'avion, Jean-Michel (Xavier de Guillebon) et Anne-Sophie (Judith Godrèche), puis il trouve à se placer dans un appartement loué par des étudiants Européens. Avec  Wendy (Kelly Reilly), Tobias (Barnaby Metschurat), Lars (Christian Pagh), Soledad (Cristina Brondo), Alessandro (Federico d'Anna) et Isabelle (Cécile de France), la vie s'organise...

Le but n'est pas tant de faire rire en accumulant les gags et les scènes cocasses, même si effectivement on rit beaucoup. Comme la narration de départ tendrait à l'indiquer, le film tisse plus pour le spectateur un réseau de souvenirs, liés à l'amitié, l'entraide, et finalement une expérience dont on devine très vite qu'elle représente les plus beaux jours d'une vie, ceux qui vous définissent pour le reste de l'existence, et... après lesquels on courra sans jamais parvenir à les revivre. La narration, au début, est chaotique, emballée et nerveuse, installant une tendance à faire feu de tout bois et se livrer à toutes les expériences avec la bande-son, notamment, mais aussi avec les images, à chaque fois que ce sera possible. Mais une fois trouvé le foyer ou Xavier va s'installer, tout s'éclaircit.

Aucun sentimentalisme excessif ne vient entacher le plaisir qu'on prend aux aventures comico-sentimentales de cette bande de joyeux lurons de tous les pays. Klapisch a le bon goût de ne pas finir son film en permettant à Xavier de trouver l'amour définitif parmi ses co-locataires: ça fait bien plus que de permettre une suite, ça ouvre une raie vie, ça donne donc de la vérité à ces personnages. Et l'abattage des acteurs est impressionnant, surtout qu'ils ont été guidés vers l'improvisation. Finalement, la partie la moins convaincante du film reste les amours maladroites de Xavier avec Anne-Sophie, Judith Godrèche ayant interprété la maladresse sociale de la bourgeoise avec un style que je me permettrais de qualifier de Romherien.

Et dans mon vocabulaire, c'est tout sauf un compliment.

Mais le film vaut vraiment la peine, ne serait-ce que pour mesurer à quel point le langage est important: il est à la fois tout (Cette impression, une fois lâché dans un pays étranger, qu'on n'y comprendra jamais rien) et rien (une fois la communication établie, on se débrouille: dans l'appartement, on parle au moins quatre langues ensemble). Le langage est à la fois le sujet d'études commun de tous ces gens, quelle que soit leur spécialité, et le vecteur de leur communication. Et du coup, le film profite de cette obligation de versions originale: Klapisch a trouvé la solution définitive contre cette abominable vermine fasciste qu'est le doublage, cette solution de facilité qu'on doit, je le rappelle, à cette ordure de Mussolini. Et Klapisch réussit aussi à nous entraîner dans les souvenirs de quelqu'un qui est un écrivain, ou tente de l'être, parce que quand il était petit il avait décidé d'écrire. Mais ce n'est pas facile... Au moins Xavier, avec ses copains d'un peu partout, ne manquera jamais de choses à raconter. ...Et à sa façon, il a l'art et la manière.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 16:52

Le titre Japonais de ce film est une transposition de Yang Kwei Fei, le titre sous lequel il est le plus connu. Yang Kwei Fei, en Mandarin, veut à peu près dire "La première concubine Yang", et le film raconte comment une jeune femme est placée par une famille d'intrigants, les Yang, auprès de l'empereur de Chine. Elle ressemble tant à l'impératrice décédée, qu'il la choisit aussitôt comme concubine. Mais le peuple gronde, et l'armée menace de se révolter: non contre l'empereur, mais contre la famille Yang...

La principale motivation de Mizoguchi n'était pas, ici, de s'intéresser à ce parcours de femme, même si Machiko Kyo (qui retrouve en l'empereur son partenaire de Rashomon, Masyuki Mori) a interprété avec bonheur ce personnage tiré d'un conte de fées, de file de rien passée concubine de premier choix, mais qui reste jusqu'à la fin une femme au pedigree louche. Il y aurait eu des choses à dire pour l'auteur de tant de portraits de femmes à l'ombre de la prostitution! Non, la principale motivation du metteur en scène, c'était de faire sa première expérience avec le cinéma en couleurs...

Et de fait, on a le sentiment que tout ici est décoratif. D'ailleurs, l'histoire de la production de ce film peut très bien l'expliquer: souhaité par une compagnie de Hong-Kong, la Shaw and sons, le film a fini par échouer sur les bureaux de Daiei, et s'est vue confier à Mizoguchi. Le but des producteurs Chinois était de faire un film Chinois, sur une histoire Chinoise, interprétée en Mandarin... Au final, c'est en Japonais, uniquement interprété par des acteurs Nippons, et... ils jouent la carte de l'exotisme. A croire que Mizoguchi leur a demandé de jouer lentement pour faire Chinois!

Donc non seulement on ne dépasse pas le cadre du décoratif, mais en plus le film se traîne, en dépit de quelques jolies scènes, et... de couleurs superbes, ça va de soi.

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Published by François Massarelli - dans Kenji Mizoguchi
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 16:37

Blood and sand, de Fred Niblo, est sorti en août 1922. Après The Sheik, c'est le deuxième film avec lequel Rudolf Valentino a fait décrocher la timbale à la compagnie Paramount... Un succès considérable, pour un film qui divise jusqu'à aujourd'hui, entre les tenants d'un esprit "camp", qui se refusent à prendre ces histoires de toreador au sérieux, et prennent du bon temps avec un tel film, et les cinéphiles plus exigeants, qui considèrent ce film comme un navet de la pire espèce. Vous remarquerez que j'écarte d'emblée l'idée qu'on puisse prendre le film au sérieux, et l'aimer pour ses qualités de narration et d'interprétation: tout simplement parce que c'est impossible.

Et ça l'était déjà pour Stan Laurel et ses amis de Amalgamated Pictures en 1922: ce film sorti en novembre 1922 rassemble sous un titre aussi explicite que possible un certain nombre de scènes qui parodient le long métrage de Niblo avec un humour qui s'embarrasse de peu de subtilité ou de délicatesse: après tout l'original non plus ne faisait pas dans la dentelle...

Stan Laurel est donc Don Rhubarb Vaselino, un jeune Espagnol féru de corrida, qui va se marier avec la jolie Caramel (Julie Leonard), mais ensuite tomber entre les griffes de la vamp Filet de Sole (Leona Anderson), ce qui lui sera fatal. Une scène parodie l'inévitable danse de Rudolf Valentino, Laurel ayant pour partenaire son épouse Mae. Autre passage obligé des films de Valentino, la séance de déshabillage et habillage, qui là encore a inspiré la joyeuse bande de gagmen.

C'est joyeux, idiot, et surprenant par la longueur du film: c'est l'unique fois dans cette série de courts métrages que Laurel sera en vedette d'un film de plus de deux bobines. Il existe d'ailleurs des versions raccourcies de ce titre, mais tant qu'à faire, il faut le voir in extenso, dans sa version de 29 minutes. Petite recommandation au finir: fuyez la version de 39 mn sur Youtube: elle a été passée à 18 images par seconde, et se traîne lamentablement. Le film est drôle et sans prétention aucune, mais il nécessite qu'on le respecte un peu...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy 1922
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 16:24

Là où Roach lui offrait, en 1918-1919, des essais sous surveillance, à la recherche d'un univers et d'un personnage qui puisse cadrer avec le monde déjà établi du studio, Laurel a trouvé durant ses années au studio Amalgamated Pictures des opportunités de développer en relative liberté son art, de raffiner son style, et de trouver aussi du confort pour établir une vraie personnalité, qui était enfin compatible avec tous les aspects de sa palette: la plus riche, peut-être, de tous les comédiens, Laurel pouvant au gré de son inspiration passer du plus lunaire des clowns à l'ahuri le plus complet, en passant par des aspects surréalistes. Il aimait la parodie qui lui permettait de laisser libre cours à son génie pour la bouffonnerie la plus accomplie, mais appréciait aussi de pouvoir participer à de vraies histoires qui passaient par une évolution, avec un début et une fin, le tout en deux bobines, le format parfait pour construire un film sans en faire trop. C'est à cette dernière catégorie qu'appartient ce petit film sans façon, mais plein de qualités.

Pour commencer, on voit qu'on a le temps, puisque le film nous présente non pas un, mais deux personnages. L'un est riche, et c'est un escroc, on l'apprendra très vite. L'autre est pauvre, et c'est Humpty-Dumpty (Laurel), un charpentier qui vit en pleine débrouille: les deux prennent leur petit déjeuner en même temps, et on s'amuse de voir la transposition du luxe de l'un dans la débrouillardise ingénieuse et loufoque du second. Il ne se rencontreront vraiment que deux fois dans le film, mais cela aura une incidence sur la petite intrigue-prétexte (une sombre histoire d'escroquerie opérée par le bourgeois sur l'entreprise où travaille Laurel), mais soyons clairs: ce qui compte ici, c'est Laurel, électron libre lâché dans une entreprise, où il peut tester ses gags, c'est-à-dire son pouvoir de nuisance! Il peut aussi tester sa relation avec un contremaître (Véreux) qui anticipe sur l'irascible James Finlayson... Très plaisant, donc.

Reste que le film fait penser, par son mélange entre intrigue et loufoque, à l'art de Larry Semon. Mais je ne peux m'empêcher de me demander, sachant que Laurel a travaillé avec Semon: lequel a influencé l'autre?

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 09:22

A-t-on besoin d'un autre King Kong?

Je ne vais pas répondre à cette question parce que la réponse est évidente. D'ailleurs, on n'a besoin d'aucun film, théoriquement... Bon, donc un film n'est qu'une façon de provoquer ou solliciter les émotions avec des images qui bougent, donc ce deuxième King Kong est aussi légitime que Le gendarme et les gendarmettes, ou Citizen Kane. Après tout...

Maintenant est-il bon, en soi? 

Ca c'est une autre paire de manches. Cette grosse production de Dino de Laurentiis a ses moments, ses charmes: le choix de tourner sur une île, avec des décors qui en imposent... Un parti-pris de privilégier le jeu sur la marionnette, avec un acteur en costume pour jouer Kong, complété par des effets optiques pas trop miteux... une envie de remettre les pendules à l'heure vis-à-vis des préjugés raciaux et culturels du premier film (Mais ceux -ci sont répétés dans la séquence qui introduit la population indigène)... Jeff Bridges mouille sa chemise, et Jessica Lange enlève la sienne...

Disons que ce petit film kitsch fera les délices éventuels d'un samedi après-midi pluvieux, si on n'est pas trop regardant. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Groumf
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 09:18

L'intrigue du film raconte l'histoire vraie de Margaret Keane, une jeune femme divorcée arrivée en compagnie de sa fille Jane à San Francisco avec comme seul bagage un goût pour la peinture, et des dizaines d'oeuvres étonnantes, représentant des enfants immobiles et tristes aux yeux exagérément grandis. Après avoir rencontré le peintre du dimanche Walter Keane, celui-ci l'encourage, et bientôt il vend une de ses toiles, en en revendiquant la paternité. Ils trouvent un arrangement, Walter avec son bagout et ses qualités commerciales, vend les peintures en se les attribuant, et Margaret, décidément peu à l'aise avec le monde extérieur, peint en recluse, et intériorise la frustration de se voir dépossédée de ses tableaux, en échange d'une aisance grandissante qui ressemblera bientôt à de la richesse: les toiles de "Keane", en effet, s'arrachent, et Walter ne ménage pas ses efforts... Mais jusqu'à quand cette situation bancale, que Margaret laisse faire par peur de perdre sa sécurité, durera-t-elle?

A première vue, le film constitue une visite inattendue de Tim Burton dans le monde réel, débarrassé non seulement de Johnny Depp et Helena Bonham-Carter, mais aussi de tous artifices, de tout fantastique ou de toute impression gothique, ce qui serait une première depuis Ed Wood... Mais il y a des connections fortes avec son univers, notamment avec ce dernier film, avec Edward Scissorhands, et avec Big Fish (Au-delà de la présence du même adjectif dans le titre, bien sur), et le thème de l'oeuvre attribuée à tort à un autre me semble refléter d'une façon presque embarrassante la propre fausse paternité de The nightmare before Christmas (dont le titre complet enfonce le clou: Tim Burton's The Nightmare Before Christmas), de Henry Selick. Sans doute un hasard, mais un hasard troublant, d'autant que dans Big Eyes, Burton n'y va pas de main morte avec le personnage de Walter Keane... Le point de vue du film, globalement, revient à Margaret, dont Amy Adams fait une éternelle inquiète, une femme troublée, et qui en arrivant à San Francisco n'est définitivement pas dans son élément. Ainsi, si Burton a choisi pour tourner son film d'y faire éclater les couleurs vives et pastels de la période (Les fameuses couleurs des modèles de voitures des fifties...), retrouve-t-il un personnage décalé, à part, à l'instar de Edward. Margaret est une enfant qui a grandi un peu vite, qui a gardé sa naïveté, et qui va vivre une bonne part du film sous l'emprise d'une illusion qui fait d'elle presque un personnage de conte de fées: Walter. Celui-ci, joué avec insistance, voire avec excès par Christoph Waltz auquel Burton a demandé de se tenir à l'écart de toute subtilité, lui apparaît en effet comme un charmeur, un sauveur même, et on se demande franchement ce qu'elle lui trouve, car autant le dire tout de suite: il est irritant, et je ne parle pas ici que du personnage. C'est un parti-pris qui renvoie une fois de plus à un choix de privilégier un jeu aussi expressionniste que possible, ce n'est pas la première fois, rappelons-nous Johnny Depp pour parfois le meilleur, et le plus souvent le pire, ou encore Christopher Walken...

Mais Margaret n'est pas que prise au piège d'un mari envahissant et qui la tient dans sa main car elle est, de fait, complice d'une escroquerie morale, elle est aussi prisonnière d'un monde conformiste qui pour des raisons de mode, essentiellement, et malgré l'acharnement vindicatif d'un critique d'art extrêmement remonté (Terence Stamp ici prend le relais de Christopher Lee), s'arrache ses toiles, sans pouvoir les comprendre, car privé de l'accompagnement de leur créatrice, elles sont aussi privées du moindre sens. Cette aliénation est l'un des sujets forts du film, qui renvoie ainsi au décalage de tant de héros de Burton, mais essentiellement au déplacement de la créature Edward dans la banlieue rose bonbon, devenu le jouet de toutes et de tous avant d'être passé de mode. Incidemment, lui aussi survit dans son exil en créant des sculptures de glace à l'étrange beauté... Cette notion de prison est soulignée par l'insistance de Walter et Margaret sur l'inviolabilité de leur secret, figuré par l'atelier dont il ne faut pas franchir la porte car cela dévoilerait instantanément le pot-aux-roses. Mais au-delà de Margaret elle-même, victime d'une escroquerie en même temps que complice, le film est aussi le portrait d'un artiste qui n'en est pas un, un homme qui fait son beurre en s'attribuant l'art des autres, d'une manière pathologique et comme un véritable ogre. Le versant positif d'une telle pratique, ce serait selon moi le menteur attendrissant de Big Fish, qui en inventant des dimensions délirantes à ses histoires, les transforme en mythes, et bien sur l'abominable Ed Wood, qui n'en finit plus d'être incapable de tourner un film, mais s'acharne à se croire génial. Car Walter Keane, c'est évident, finit par croire à son propre génie.

La mise en scène de Burton, dont le rythme tranquille nous ferait presque croire à un biopic traditionnel, installe en réalité un profond malaise, d'autant plus fort qu'il se tient à l'écart du spectaculaire. La peur de manquer, la peur de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa fille, sont pour Margaret des raisons cohérentes pour laisser faire le cauchemar qui l'entoure bientôt. Mais Burton, en choisissant imperceptiblement d'exagérer un tout petit peu certains aspects (Les personnages, comme souvent chez lui, jouent la vie quotidienne comme une comédie, que ce soit Terence Stamp et sa raideur effrayante, Jason Schwartzmann en galeriste dédaigneux, Krysten Ritter qui joue la seule copine de Margaret qui ne comprend pas de la voir se retirer du monde, etc... alors que Amy Adams, de son côté, joue la situation comme un drame, et Christoph Waltz (De façon excessive à mon avis, comme je le mentionnais plus haut) joue comme un personnage de film d'horreur... Ces personnages sont lâchés dans des années glorieuses de Californie, reproduites avec délectation par Burton, ses techniciens... et par Danny Elfman, qui a supervisé la reproduction de la musique de l'époque (Le groupe de Cal Tjader avec Vince Guaraldi au piano notamment, ou encore une version ré-enregistrée de la chanson In My Room, des Beach boys, qui est précisément l'histoire d'un retrait du monde pour mieux créer, tout en souffrant de la solitude, donc c'est fortement bien vu).

Ce monde à peine déformé, conformiste mais riche en plaisirs, dans lequel il est difficile de ne pas se faire manger, est une fois de plus un reflet de notre propre monde, dans lequel un Tim Burton doit créer pour survivre. Bien sur, pour lui le problème de la paternité d'une oeuvre ne se pose plus, mais Margaret Keane, dont l'art privé de sa vraie créatrice semble ne pas pouvoir être reconnu comme un geste artistique, renvoie à une aliénation particulièrement touchante, troublante et humaine, à des lieues des tics de Burton qui ont si souvent remplacé son talent depuis Big Fish. Big Eyes, à ce titre et en dépit de certains défauts, est une bonne nouvelle qu'on n'attendait plus.

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Published by François Massarelli - dans Tim Burton
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 15:47

Miss Lulu Bett est un film remarquable, réalisé par le grand frère de Cecil B. DeMille (Les changements d'orthographe du patronyme d'un frère à l'autre sont authentiques). William C. de Mille a la réputation d'être le génie de la famille, et ma foi si tous ses films sont aussi beaux que celui-ci je veux bien le croire: voici un film intimiste réalisé par un miniaturiste et interprété avec conviction par des acteurs acquis à leur cause, Lois Wilson en tête...

Une femme (Lois Wilson), traitée comme une esclave par sa famille, se retrouve mariée à un bigame par inadvertance, et va conquérir sa liberté (aussi bien vis-à-vis du mariage, que de sa famille) en prenant son destin en charge. Les décors sont ceux d'une petite ville Américaine de 1920 où tout le monde connait tout le monde et la mise en scène oscille de façon envoûtante entre drolerie et drame, avec une véritable cohésion; Lois Wilson emporte l'adhésion de bout en bout (Sa métamorphose est impressionnante), le film tout entier est un exemple de ce que le cinéma Américain pouvait se permettre en 1921 lorsqu'il s'agissait de laisser les images raconter, et on a ici dans chaque scène plus de subtilité qu'il n y en a dans tout Manslaughter, réalisé l'année suivante par le petit frère de William C. de Mille.

Dans cette histoire qui nous conte la vie d'une famille de cinq femmes et d'un homme (Mais celui-ci, interprété par Theodore Roberts, se comporte en tyran domestique intransigeant), une scène révélatrice est située au début: Lulu Bett rencontre un homme qui vient frapper à la porte; c'est le frère du maître de maison, qu'elle n'a jamais rencontré. Il lui demande si elle est "une miss ou une Mrs", et elle lui répond qu'elle peut difficilement lui poser la même question, les choses étant plus floues pour les hommes à ce niveau. Ainsi, les touches ouvertement féministes sont disséminées dans cette fable pour adultes, qui n'est pas totalement éloignée du style des grands films de Cecil; l'ouverture à elle seule, par exemple, renvoie à la façon bien particulière qu'avait l'auteur de toutes ces comédies matrimoniales de caractériser l'environnement de ses personnages: un intertitre nous avance l'idée que pour cerner une famille, il nous faut d'abord voir ce à quoi ressemble le salon. Y arrivent ensuite, les uns après les autres, les personnages qui commencent à interagir, nous révélant leur personnalité tout en faisant avancer l'intrigue... une autre scène située plus tard dans le film (En ouverture du deuxième acte) fonctionne de la même façon, mais nous présente cette fois la cuisine, privée de son équilibre: la personne qui y sue sang et eau depuis tant d'années est en effet partie...

Ce film superbe, plein d'esprit et de subtilité, mérite finalement mieux que de végéter dans l'ombre de l'oeuvre certes imposante, mais inégale des films de Cecil B. DeMille. Il faut le voir, pour s'attaquer à un pan entier du cinéma muet Américain qui reste aujourd'hui bien méconnu, à part pour quelques oeuvres signées de Lubitsch, voire Chaplin: la comédie subtile, délicate, certes satirique mais jamais effrennée est bien située à des années lumières de Mack Sennett, et ce film en est, avec son humanisme magnifiquement dosé, l'un des grands moments. Il faut voir de quelle façon la progression amenée avec tant de soin nous amène à ce superbe moment d'explosion de toutes les frustrations accumulées par une femme durant une vingtaine d'années d'exploitation pure et simple, se résout dans une cuisine certes, avec cassage de vaisselle bien sur, dans une interprétation dénuée de toute impression de cliché. Admirable: l'un des très grands films des années 20.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 08:52

Laurel veut se reposer, comme le dit un intertitre il souhaite sentir l'air salin des grandes forêts de conifères... Il part, mais trouve très vite à se loger... chez un homme (Frank Terry) dont il a aidé à porter les bagages. Mais chez cet homme, il y a un souci de taille: son épouse (Marie Mosquini) est une militante de la cause féministe, qui entend bien régner chez elle. Et le voisin (Bud Jamison) est très chatouilleux quand on touche à ses légumes. Par contre il a une fille (Mildred Reardon), qui s'avère bien jolie.

Encore une fois, Laurel participe en vedette à un court métrage en une bobine pour Hal Roach, et c'est le dernier disponible, mais comme les deux précédents, ce film ne convainc pas... Le personnage manque singulièrement de substance, et même si cette fois il a un enjeu, puisqu'il entend se reposer, il reste ballotté au gré des événements et des motivations des autres. Le lieu principal de l'action (un bloc de maisons modestes, et deux jardins attenants) sont à peine exploités, et tout ça ne mène nulle part...

...Si ce n'est une fois de plus à apprécier le travail de tout ce petit monde, entre la composition inquiétante de Marie Mosquini, et le double rôle de Noah Young, en employé des chemins de fer, puis en policier (C'est lui qui vient demander à Laurel de nettoyer sa cour, dont un intertitre nous dit qu'elle est tellement sale que tous les cochons du quartier se plaignent).

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 21:40

Sorti en 1919, mais probablement tourné plus tôt alors que Laurel faisait un petit essai solo chez Roach, ce film d'une bobine est tellement anarchique qu'il semble parfois improvisé dans un décor d'hôtel. ll est parfois un peu difficile à résumer:

Laurel est le concierge d'un hôtel, dans lequel plusieurs famille vivent, qui vont se mélanger, dominés par une situation troublante: un homme (William Stevenson) trompe sa femme avec une vamp (on reconnait sans problème Marie Mosquini dans un de ses rôles favoris), et se fait surprendre par madame. Celle-ci essaie de lui tirer dessus, mais rate en dépit des efforts de Laurel pour l'aider. A la fin, quand il retourne vers son épouse l'homme lui dit: "Je t'aime, mais tu tires vraiment mal!"...

Bref, tout ça n'est pas très sérieux, et on sent bien que Laurel est à la recherche d'un personnage, ou d'une cohérence, que l'improvisation ici à l'oeuvre, en dépit de l'atmosphère vaguement surréaliste, peine à lui donner. les aficionados de Roach reconnaîtront ici sans aucun problème Charlie Stevenson, Noah Young et James Parrott...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy Hal Roach
26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 21:28

Sur le front de mer, dans une petite ville Californienne, une jeune femme entre dans un café, pour y manger, suivie d'un certain nombre d'hommes. Elle y croise aussi un vagabond, qui est venu là en trichant un peu, et en escroquant un gamin. Comme celui-ci est le fils d'un policier, il va y avoir, forcément, un peu de sport...

Hal Roach est un grand homme: il a eu la bonne idée de fonder un empire de la comédie sans lequel nous aurions été privés de Harold Lloyd, Snub Pollard, Stan Laurel et Oliver Hardy. Ou du moins tous ces gens auraient sans doute fait carrière, mais pas de la façon qu'on connait. Par contre, en tant que cinéaste, c'est différent: il était largement tributaire du talent qui était assemblé sur un film. Pour le premier court métrage solo de Stan Laurel, qui venait de s'illustrer aux côtés de Larry Semon à la Vitagraph, dans une série de films de deux bobines, ça part un peu dans tous les sens. Il est probable que tout ce petit monde est en rodage. La première série de courts métrages avec Laurel ne durera d'ailleurs pas.

Notons toutefois trois choses: 

un: l'un des policiers est le grand Noah Young, le dieu de la castagne et de la discorde chez Hal Roach.

deux: la jeune femme dont le manège est d'ailleurs incompréhensible, est Clarine Seymour, une éphémère actrice, qui s'illustrera chez Griffith avant une pneumonie fatale à 22 ans.

trois: Laurel utilise ici un gag avec un chapeau, qui sera réutilisé par Lloyd l'année suivante, mais en beaucoup mieux. Rien ne se perd, rien ne se crée: la loi habituelle du gag.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy Hal Roach