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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 18:05

Le vieux Pearson (J. Edwin Brown), un vétéran de la Guerre de Sécession se plaint tout le temps, dans la maison de retraite où il vit: tout est toujours plus beau chez son neveu (Charles Hammond)... Il passe donc son temps à tout critiquer... Parallèlement, sa famille se dit qu'il y a de la place dans leur maison: ils vont donc lui proposer de vivre avec eux: le neveu, donc, so épouse (Katherine Griffith), son fils, une jeune pasteur (Alva Blake), et sa fille (Mary Walcamp)... Ce qui aurait pu tourner au conte de fées pour le vieil homme va tourner au cauchemar pour la famille, qui voit arriver un vieil aigri qui se mêle de tout...

En deux bobines, Lois Weber, auteure du scénario et co-metteur(e?) en scène non créditée comme c'était l'habitude à la prude Universal qui ne se voyait pas créditer une femme d'une telle responsabilité, passe de l'évocation respectueuse des vétérans, à la comédie cruelle. Rappelons qu'en 1916, beaucoup de septuagénaires survivent, qui ont participé à la fameuse guerre civile. Ils font partie du décor... Le personnage de Pearson est intéressant, parce qu'il pourrait avoir tous les aspects de la caricature, surtout quand il vient chez le neveu et commence à donner son avis à tort et à travers, chamboulant chacun dans ses habitudes: par exemple, il signale à son petit neveu qu'il ne doit certainement pas avoir beaucoup d'autorité en ministre du culte, il dit à l'épouse de son neveu que son mari passe vraiment beaucoup de temps à son club, et il montre à la petite-nièce que son fiancé n'est pas assez grand... Mais il est attachant, et la fin du film en fait tendrement le héros.

Mais de toute façon, ce que voulait Weber, c'est sans doute beaucoup plus évaluer la dynamique familiale qu'autre chose, et l'enjeu dans ce film va vite devenir de dépasser la crise (Durant laquelle tout le monde se fait la tête), en se découvrant vraiment comme une famille unie. Le tout est un joli film, en tout cas, qui témoigne une fois de plus de la vitalité du cinéma de Lois Weber, et de l'étendue de sa gamme.

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Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber
24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 17:47

Ce qui est sans doute le troisième film interprété par Chaplin à la Keystone, après Making a living et Kid auto races at Venice est un film de l'actrice Mabel Normand: une excellente occasion de rappeler l'importance de celle qui, non contente d'être la star féminine numéro un du studio de Mack Sennett, avait aussi pris en charge la réalisation de certains de ses films. Plus que Henry Lehrman, metteur en scène des deux premiers, c'est finalement à elle qu'on doit la vraie apparition du personnage de Chaplin, même si il ne faut pas se leurrer: elle lui a certainement attribué un rôle, mais la gestuelle, l'incroyable contrôle, et cette vie intérieure trahie par le moindre mouvement de canne, c'est du Charles Chaplin à 100%! De là à faire comme tous les premiers historiens du cinéma, qui ont directement imputé à Chaplin seul la création de tous ces films de jeunesse, il y a un pas qu'on ne peut pas franchir... La preuve en images.

D'ailleurs, dans Mabel's strange predicament, Chaplin est la valeur ajoutée: il est un client saoul dans un hôtel, qui vient ajouter un grain de sel rigolo dans la routine d'un lieu de villégiature qui se transforme aisément en une mine d'embarras. Mabel est, avec son chien, cliente de l'hôtel; elle y reçoit (en tout bien tout honneur) son petit ami, et elle a des voisins qui sont un vieux couple dot l'épouse ressemble à une définition vivante du mot "irascible". Suite à un incident, Mabel et son chien se retrouvent coincées dans le couloir, la jeune femme étant en déshabillé... Elle se réfugie dans la chambre d'en face, sous le lit en attendant d'y voir plus clair. Mais le voisin revient, suivi par son petit ami à elle, puis l'épouse... et enfin Chaplin, toujours aussi saoul.

Dans cette usine de saucisses filmiques qu'était la compagnie de Sennett, Mabel Normand est celle qui la première a ralenti l'action, afin de donner corps aux personnages, mais aussi afin de laisser son charme mutin agir... Cette situation ne serait pas aussi embarrassante si Mabel Normand n'était pas une jeune et jolie demoiselle, bien sur. Mais que de chemin parcouru entre les films tournés-montés improvisés dans la rue (Kid auto races) et ce petit mélodrame rigolo de la non-infidélité...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin
24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 17:16

Medem étant l'auteur de l'abominable navet Lucia y el sexo (Un film sans queue ni tête... enfin si), on s'attendait au pire, rien qu'en entendant le sujet: un huis-clos consacré à la nuit de rencontre à Rome entre deux femmes qui sur un coup de tête partagent une chambre d'hôtel et tombent amoureuses l'une de l'autre. L'une, l'espagnole Alba (Elena Anaya), est lesbienne, et l'autre, la Russe Natasha (Natasha Yarovenko), s'apprête à se marier. C'est Alba qui mène la danse, mais si Natasha est farouche au début, elle finit par se laisser séduire. Pourtant le film ne se limitera pas à leurs marques d'affection; le jeu de séduction qui s'installe commence par des mensonges prudents, avant de virer à la confidence, puis la remise en question de bien des choses qui les définissent: Natasha commence à se demander si le mariage planifié est une bonne idée, et Alba, dont la vie a pris récemment un tour tragique, se demander si elle va pouvoir retourner en Espagne.

Entre la belle Slave, actrice (Ou tenniswoman? Ou étudiante thésarde? Les mensonges ne permettent pas forcément d'y voir clair) au destin d'épouse tout tracé, et l'indépendante aventurière Alba, l'ingénieure sortie première de sa promo (ce dont elle n'est pas peu fière, du reste), le film couvre un terrain important, et bien sur permet toutes les interprétations féministes. Mais il y a assez peu de militantisme en vérité, le film débouchant principalement sur la romance entre deux femmes. Les deux actrices (Seules ou presque du début à la fin du film, elles ne sont interrompues que par un garçon d'hôtel, qui ne donne pas forcément une vision très noble de la masculinité) font un boulot formidable...

Alors venons-en à l'aspect le plus saillant du film: deux actrices, dans une chambre d'hôtel,  nues ou presque (les déshabillés sont vaporeux) durant 90 minutes. Le choix de Medem a été d'encadrer la rencontre entre ses deux personnages de vision du quartier de Rome, tournées sur place. La premier plan fait vraiment la jonction entre la ville et le travail en studio: C'est la nuit; depuis un endroit situé en hauteur, on assiste à l'arrivée à l'hôtel des deux femmes, dont on entend d'abord la voix avant de les voir s'approcher. Alba est déjà dans l'insistance, et Natasha dans l'hésitation. Finalement elle se laisse fléchir, elles entrent dans l'hôtel... La caméra est déjà dans la chambre, et se recule, se retourne et attend patiemment leur arrivée. Medem a construit en studio une chambre d'hôtel jusque dans ses moindres recoins, dont une salle de bains vraiment riquiqui: ce qui lui permet de maintenir une impression de tournage-guerilla tout en bénéficiant des conforts du studio. et s'il fait jouer au début la nudité comme un enjeu (Natasha semble vraiment réticente, et donne l'impression de craindre perdre sa virginité), la complicité (et bien sur, l'intimité) qui s'installe fait oublier cet aspect des choses... le naturel avec lequel les actrices relèvent le défi est impressionnant. Quant à leur ébats, le lieu autorise Medem à approcher la caméra au plus près, mais reste bien moins démonstratif ou cru que, au hasard, Abdelatf Kettiche avec La vie d'Adèle... sans pour autant tomber dans le téléfilm à la M6!

Le monde extérieur est présent à travers un certain nombre d'idées plus que pertinentes: quand elles commencent à sa raconter la vérité, les deux femmes vont sur Google Maps, pour se montrer leurs villes (Et vies) respectives et commencer à apporter des preuves du fait qu'elles disent la vérité. Nataasha embrouille Alba avec des sites consacrées à sa soeur jumelle, mais finit par se dévoiler grâce à internet, et Alba montre à sa compagne d'un soir un film sur son portable, qui dévoile sa vie (Elle est en couple avec une autre femme, mère de deux enfants) et lui remet en mémoire un drame (L'un des deux enfants est décédé dans un accident). Bref, la nuit tourne à la catharsis...

...pour autant, je ne parviens pas à croire à cet amour qu'elle nous dessinent en se le déclarant à la fin du film, qui débouche sur une fin triste mais gaie, et franchement un peu plaquée. Pour autant le film est sinon une réussite, en tout cas un pari gonflé qui aurait pu déboucher sur un navet... Eh bien ce n'est pas le cas.

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Published by François Massarelli - dans Julio Medem
24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 17:03

Emmanuelle Gaume, journaliste et animatrice de télévision, a écrit un roman biographique consacré à Mme Alice Guy (1873-1968), cinéaste. La première... et l'une des premiers aussi: devenu selon ses dires réalisatrice pour Gaumont à une époque où ce mot n'existait pas encore, soit la même année que Méliès. On lui doit la supervision de la production des studios Gaumont jusqu'à 1907, et il y a fort à parier que Madame Alice Guy serait devenue encore plus influente si elle s'était appelée René ou Raoul... Mais exilée à New York, ou son mari Herbert Blaché avait la mission d'y développer une activité Américaine pour la Gaumont, Alice Guy (Connue, bien sur, sous le nom de Alice Guy-Blaché, ou Blaché tout court) est devenue productrice et réalisatrice indépendante. 

Emmanuelle Gaume qui a travaillé longtemps sur le personnage d'Alice Guy connaît bien son sujet, qui est beaucoup plus lié à l'histoire du féminisme qu'à celle du cinéma. Et elle a imaginé un drôle de dispositif, demandant à Alexandra Lamy d'incarner symboliquement la grande dame, en donnant voix à des phrases faussement auto-biographique, illustrées de passages de ses films, Français comme Américains: La fée aux choux, La vie et la mort du Christ, A house divided, Falling leaves, A fool and his money, Ocean's waif et le rare et tentant The great adventure, son dernier film. Le résultat est sympathique, et le propos rappelle vraiment à la fois la prouesse de Madame Guy, qui a contribué à créer une industrie alors que les femmes étaient vraiment écartées du monde du travail, et qui a tout fait pour faire durer son métier... Pas très longtemps hélas. Dommage: retraitée à 45 ans, elle a survécu jusqu'à l'âge de 95 ans...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy
21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 11:58

Le dernier des films d'Alice Guy sélectionnés sur le coffret Early Women Filmmakers est le moins connu: il s'agit d'un petit mélodrame dans lequel une fois de plus elle montre l'importance des actions de la femme sur le destin d'un homme, et la façon dont mine de rien, elle peut lui apporter le salut. On se réjouirait totalement si ce film ne possédait pas un défaut embarrassant, un de ces tics dont on aimerait qu'il se contente d'être le reflet d'une époque. Hélas, les vieux relents ont la peau dure...

Un jeune homme se rend chez ses parents et a la surprise d'y découvrir une jeune femme. Son père l'a recueillie, et en a été nommé le tuteur. Une fois passée la surprise, elle l'indiffère, alors qu'elle-même tombe instantanément amoureuse. Mais il est préoccupé par autre chose: il est en effet dépendant du jeu... Et ses dettes deviennent ingérables, il prend donc une décision, celle de voler de l'argent à ses parents. Mais après une nuit durant laquelle sa mauvaise conscience le tourmente, il prend la décision de confesser son crime... Mais la jeune femme est passée par là et a "réparé" son erreur...

Trois commentaires: d'une part, si comme d'habitude Guy repose sur des "tableaux", des plans qui contiennent essentiellement l'étendue d'une séquence, elle se rattrape sur la profondeur de champ et l'utilisation de l'espace pour montrer plusieurs niveaux narratifs, avec une certaine réussite. Ensuite, elle s'amuse à mettre en scène un cauchemar, qui certes aurait été plus exubérant chez Méliès ou Porter, mais il est sobre et bienvenu. Enfin, hélas, toujours ce vieux démon: il y a un usurier, c'est un salopard, il est laid comme un pou, il est joué comme un démon, et il s'appelle Jacob Stein. C'est antisémite. C'est dégueulasse, et il n'y avait aucune excuse valable en 1912, tout comme il n'y en aurait aucune aujourd'hui.

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 11:48

Dans ses films Solax, du nom de la compagnie qu'elle avait fondée avec son mari Herbert Blaché (Elle signait d'ailleurs Guy-Blaché et c'est sous ce nom qu'elle est aujourd'hui connue aux Etats-Unis), Alice Guy a souvent fat la preuve de l'importance de la femme, que ce soit dans le couple ou dans les sentiments (Ses comédies en font la preuve) ou dans tout autre domaine; et ce film, souvent montré dans les festivals, et exemplaire à plus d'un titre, on voit bien quelle forme ça peut prendre: le comportement d'un homme avec sa femme aura des conséquences importantes sur la façon dont il va s'intégrer.

Le film, à sa façon, est une comédie: en Europe centrale, Ivan est un paysan rustre, et particulièrement violent avec son épouse. Ils rencontrent des candidats à l'immigration qui les persuadent de se joindre à eux pour aller aux Etats-Unis. Une fois arrivés, Ivan va recevoir d'un certain nombre de citoyens Américains, qui désapprouvent son comportement, des leçons d'Américanisme... Jusqu'à le révéler comme ce qu'il est au fond (mais alors bien au fond...), c'est à dire... un brave homme.

Dès le premier plan, qui montre Ivan confortablement installé dans une charrette avec un fouet pour entraîner sa mule... et sa femme, on comprend ou ça va. Et c'est vrai que la caricature d'immigrant n'est pas tendre. Mais après tout, Alice Guy était elle-même une immigrante, et elle savait exactement de quoi il retourne: le décalage entre le vieux monde et le nouveau, elle connaissait. Raison de plus pour prendre avec philosophie et humour un film qui en profite, mine de rien, pour fustiger un comportement rétrograde de l'homme vis-à-vis de la femme, qui est non seulement rétrograde, mais en 1912, probablement partagé par plus d'Américains que le film ne le laisse entendre. Sous couvert d'éduquer avec humour, le film condamne une vérité. Une vérité toujours présente aujourd'hui...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 08:45

Ce film est une suite à plus d'un titre... Soderbergh n'a jamais caché qu'il savait à quel point son Ocean's 11 serait condamné à être vu comme un film alimentaire: possédant un certaine classe, rempli de stars, cohérent et excitant, oui, mais fondamentalement creux. Il a tout fait pour en tirer parti, et y glisser ses propres envies, expériences et clins d'yeux divers et variés, mais au final, le film a eu un succès qu'on pourrait qualifier de... programmé. Celui d'un produit de série, dont le public pouvait finalement facilement revendiquer les contours et dans lequel on pouvait prendre un authentique plaisir facile. A ce stade, une suite était, bien sur, inévitable, d'autant que le film de casse porte en lui toutes les possibilités de retour de ses héros. La seule prouesse, pour Jerry Weintraub, consistait en la réussite d'un plan d'action lui permettant de faire revenir non seulement son réalisateur, mais en plus... ses 13 stars (Les 11, plus Garcia et Roberts)... Et c'est exactement ce qu'il a fait. Y ajoutant, tant qu'à faire, Catherine Zeta-Jones, Robbie Coltrane et Vincent Cassel, tant qu'à faire... Sans compter des apparitions de Bruce Willis et Albert Finney.

D'une certaine façon, le film s'arrête là: il donne souvent l'impression de reposer sur un script qui aurait été écrit en fonction des envies des stars justement, de se trouver à tel endroit (Les gars j'ai une course à faire à Amsterdam, il n'y aurait pas moyen d'y organiser un casse, par hasard?)... Par conséquent, le film voyage en permanence: Las Vegas et d'autres endroits aux USA, les studios de Burbank bien sur, mais aussi les Pays-Bas (Amsterdam, Haarlem), la France (Gare du nord, des plages du sud), Italie... Le script existe pourtant, et se pose en pur prétexte pour faire revenir tout le monde: les 11 vivent tous une retraite plus ou moins assumée, en jouissant pleinement de leur argent, et découvrent que la belle vie est finie, puisque Terry Benedict les a retrouvés, et exige qu'on lui rembourse avec des intérêts exorbitants les sommes dérobées lors du casse. Les bandits doivent donc se remettre ensemble, et obtenir un tuyau pour faire un boulot qui leur rapportera vite et bien. Plusieurs problèmes vont se mettre en travers de leur route: d'une part, le premier travail u'on leur propose est à Amsterdam, et ce que seul Frank (Bernie Mac) sait, c'est que Rusty (Brad Pitt) a un passé Européen qui a de solides ramifications en Hollande: son ancienne petite amie Isabel (Catherine Zeta-Jones), rencontrée à Rome, est une inspectrice d'Europol basée à Amsterdam, et elle sait parfaitement qui est Rusty et quelle est son activité. Plus grave, elle sait qu'il a connaissances de certaines techniques, puisqu'elle lui a elle-même filé les tuyaux! D'autre part, le deuxième problème, c'est que les "11" ont de la concurrence! Un bandit Français, le noblillon François Toulour dit "Le renard de la nuit", a appris qu'on considérait Ocean comme le meilleur dans sa catégorie, il a donc décidé de remettre les pendules à l'heure... Et pour se faire déclenché la compétition en donnant à Benedict les infos qui lui manquaient...

Inutile de chercher à comprendre, il suffit, je pense, de se laisser entraîner à travers les dédales, et accepter que lorsque un personnage dit par exemple 'ne comptez pas sur moi es copains' comme le fait Carl Reiner à un moment, c'est probablement pour rester en réserve et pouvoir intervenir au pire moment! Il en ressort une impression de morcellement qui n'est pas sans rappeler que le maître de Soderbergh s'appelle Alain Resnais. Et du coup, le metteur en scène pousse toujours plus loin ses amusements avec la continuité, le montage et la chronologie pour accomplir avec encore plus d'audace son métier d'illusionniste. Et il le fait en nous éloignant bien sur de la vraie nature qui est... Le vide.

Comme les bandits expérimentés (Pitt, Clooney, Coltrane) qui font croire à leur jeune bizuth (Damon) qu'ils ont une conversation codée alors qu'en fait ils disent n'importe qui avec un air mystérieux, comme ces appellations jamais expliquées de techniques de cambriolage que tout le monde au presque semble connaître sur le bout des doigts, le film tourne en vérité autour de rien: des cambriolages qui ratent, des manipulations pour contrer les manipulations, des policiers qui n'en sont pas, des passages en prison qui sont en fait programmés et inscrits dans les plans... tellement de rien que ça finit par donner le vertige. Et  le rien ultime, c'est:

Soit le fait qu'il est question de voler l'oeuf de Fabergé, soit un truc vide. Et en prime il s'agit de le remplacer par un hologramme de l'oeuf de Fabergé (Un hologramme étant généralement un outil qui sert à cacher le vide, c'est bien connu)!

Soit l'idée saugrenue de planter ça et là à l'intérieur du film la ressemblance de Tess Ocean avec... Julia Roberts, et la faire jouer, précisément... Tess se prenant pour Julia Roberts. A ce stade, soit c'est du foutage de gueule (Terme technique servant à faire exactement la même chose que les hologrammes, soit cacher le vide des idées derrière la prouesse technique ou conceptuelle), soit c'est une mise en abyme de génie.

Tout ça pour dire qu'il y a quand même des chose à dire sur ce film volontiers idiot et inutile, qui aurait pu tourner à une sorte de film de vacances long et horripilant. Il se pose en développement possible, expérimental, et prolonge de façon spectaculaire le champ des possibles soulevés par Ocean's 11. Il débouche aussi sur un tour de passe-passe organisé autour de... rien, un rien orchestré, conceptualisé, codifié... Ce qui est toujours sympathique en soi... Il sera suivi d'une autre suite, qui sera fort différente, mais c'est une autre histoire.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 18:51

Ce court métrage d'une bobine fait partie des trois films Solax d'Alice Guy sélectionnés par David Shepard pour l'anthologie Early Women Filmmakers, et il tranche sur ceux qu'on a l'habitude de voir: des comédies sentimentales dans lesquelles Guy se moque des hommes et de leur façon de courtiser les femmes. Ici, c'est d'un mélodrame qu'il s'agit, clairement inspiré d'une histoire d'O'Henry: dans une petite maison bourgeoise, les parents se désolent de voir leur fille aînée partir à petit feu, à cause de la tuberculose. Mais sa petite soeur s'y résout encore moins, et un jour, un scientifique qui passe par là, a la surprise de la voir dans le jardin, tentant de recoller les feuilles mortes aux arbres. elle lui explique que le médecin de famille a dit à ses parents que leur grande fille tiendrait le temps que la dernière feuille morte tombe...

Il se trouve (Ouf!) que le scientifique qui passe est justement l'inventeur brillant d'un vaccin miracle contre la tuberculose, donc tout finira bien. la narration est sage, le montage pas forcément révolutionnaire... Mais Mme Guy utilise avec un certain effet le champ, pour entremêler les niveaux de lecture, sans qu'on s'y perde jamais, et de manière à toujours opposer les points de vue, notamment entre la petite fille qui écoute ce qui se passe autour d'elle sans que les adultes n'y prennent garde, et ses parents de plus en plus préoccupés. La copie est fort bien conservée et joliment teintée...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 12:09

Inspirée par les traditions mélodramatiques de la Commune de Paris, Alice Guy construit autour d'une barricade et d'une bouteille de lait, un drame attachant, et qui tranche sur le conservatisme en vogue à la Gaumont: Un gamin part chercher du lait pour sa mère, mais il passe devant une barricade en train de se construire. Quand il revient, les militaires sont là, et exécutent sans barguigner tout le monde. Mais le gamin propose d'aller porter le lait à sa vieille maman, mais promet de revenir pour se faire tuer...

C'est expéditif, comme le pouvait être la justice de ce bon Thiers, qui n'avait certes pas oublié qu'il s'appelait Adolphe... Mais ce film se place résolument du côté du gamin. Pas forcément des révolutionnaires constructeurs de barricade, pour autant, ils sont rougeauds quand même! Mais le film se résout dans une scène du plus haut mélodramatique, avec la maman qui plaide pour la vie de son fils devant un militaire dont on ne manquera pas de panser qu'il s'agit d'un brave homme (En oubliant bien sur de tenir compte des six ou sept cadavres qui jonchent le sol), puisque il se laissera fléchir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 12:00

Ce très court film fait partie de la série des comédies burlesques que la Gaumont produisait avant les années 10, largement en réponse aux films Pathé, qui étaient très populaires et ne s'embarrassaient pas de subtilité, mais aussi aux films Américains qui étaient, pour ceux qui étaient montrés en France, très en avance techniquement. L'histoire, simple et directe, est celle d'une farce qui tourne fort mal pour sa victime: un vagabond s'installe pour dormir dans un tonneau et un farceur le fait rouler... il terminera dans une rivière non sans voir fait des dégâts sur son passage, et le vagabond s'en souviendra.

Inévitablement, je vais râler un bon coup parce que j'imagine que ce bon, ce brave M. Gaumont devait tous les dimanches hypocritement prier pour les pauvres, ce qui ne l'empêchait pas de payer ses réalisateurs/trices à se moquer ouvertement de cette racaille... Mais... autres temps, autres moeurs, bien sur. Au moins le film d'Alice Guy, très soigné, possède-t-il l'avantage d'être une parfaite représentation de ce que la comédie avait à offrir, sans tomber das le mécanisme des productions Pathé de l'époque: situation de base, introduction du mouvement, conséquences, et une dose raisonnable de spectaculaire, plus une tentative de montage, voire quelques effets spéciaux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy