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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 17:11

Dorothy Gish a été en quelque sorte rebaptisée à vie en 1918, lorsque Griffith (qui a toujours eu un faible pour elle, parce qu'elle devait lui en faire sérieusement baver) lui a confié le rôle d'une espiègle créature, complètement à l'inverse de sa soeur la toujours digne Lillian, dans Hearts of the world. Cette 'little disturber', comme elle était nommée au générique, allait façonner bien des rôles à venir, à commencer par l'une des deux plus visibles de ses interprétations, celle d'une mendiante dans Romola aux côtés de sa soeur. C'est aussi le cas pour ce film: il y a fort à parier que Wilcox avait vu dans cette petite peste à l'écran une actrice capable de remplir ses images de la dose d'espièglerie voulue...

Le cas de Nell Gwyn (comme il était orthographié, au mépris du nom historique de son héroïne, avec deux N) est plutôt curieux: il s'agit sans doute du film Anglais ayant eu le plus de succès aux Etats-Unis durant les années 20. Son auteur, un jeune réalisateur-producteur ambitieux, avait eu du succès avec Chu-chin-chow, avec Betty Blythe en 1923. Blythe était plus ou moins lessivée après avoir été une star importante pour la Fox, et cherchait des opportunités en Europe, alors que Wilcox cherchait justement à percer sur le marché Américain; le film ayant été distribué par MGM en 1925 aux USA, le réalisateur s'est dit qu'il fallait retenter le coup, avec une autre vedette Américaine. Dans ce film désormais distribué par Paramount, c'est à Dorothy Gish que le metteur en scène a fait appel pour interpréter la maîtresse du roi dans ce film en costumes pour lequel la publicité insistait bien sur l'aspect fripon: il est surtout ici question de coucheries, et l'obsession mammaire (Si on en croit les gestes déplacés qu'il tente par-ci, par-là ) de Charles II est plutôt mise en valeur par les décolletés impressionnants affichés par la star (Oui, oui, la soeur de Lillian). C'est d'ailleurs un cas d'école, et on n'a jamais l'impression que Dorothy Gish soit très mal à l'aise avec ces tenues plus que suggestives; elle assume les poses et les déshabillés provocants avec un remarquable aplomb.

Est-ce parce qu'elle savait qu'elle n'avait plus aucune chance de concurrencer sa soeur, et qu'elle n'avait plus vingt ans, ou qu'elle ne pouvait rivaliser avec les nouvelles venues de Hollywood (Evelyn Brent, Janet Gaynor, Clara Bow, Joan Crawford, Greta Garbo sont là et bien là)? Dorothy Gish, exubérante (A plus forte raison à 24 i/s!) et mutine, domine l'écran, et on n'attendait pas une telle franchise dans la sexualité de la part de la soeur de Lillian Gish: lorsque le roi, qui a installé Nell dans un palais luxueux, vient récolter son dû et éteint une à une toutes les bougies, on voit le visage de Dorothy passer de l'appréhension à la curiosité, puis à un franc sourire sans aucune ambiguité. Elle joue de toute sa candeur aussi, notamment dans les scènes du bain (Rassurez-vous, la baignoire est un tonneau suffisamment haut pour que la morale y trouve son compte) ou quelques instants après ses ablutions quand elle essaye des bas, qu'elle montre à ses amis sans aucune pudeur. Le film qui prend assez clairement le prétexte de redonner à cette personne connue de tous mais plus ou moins écartée de l'Histoire, la grande, louvoie entre la comédie avec les provocations de la star, sa rivalité affichée avec Lady Castlemaine, l'autre favorite (Juliette Compton), et le marivaudage entre le roi et la fille du peuple, et une certaine tendresse à l'égard de ces coulisses de l'histoire, qui culmine dans une belle scène de passage de témoin à la fin: le roi est mort, vive le roi... et Nell disparaît de l'Histoire.

Voici un film historique dans lequel la nécessaire reconstitution s'arrête aux costumes, aussi révélateurs soient-ils, car le film a été assez économique: Wilcox fait reposer l'essentiel de son film sur une reconstitution sans grand faste, des costumes soignés, et l'ambiance. Mais c'est cohérent dans la mesure où le film parle plutôt d'intimité à travers la belle actrice qui a réussi à faire plier un roi et à vivre un amour plutôt qu'une promotion canapé. Tout le film est subordonné à ses personnages, et surtout, surtout, à celle qui lui a donné son titre... Le film a été un succès à l'époque, mais il n'a pas engendré de réel intérêt pour le cinéma Britannique au-delà de la curiosité de voir Dorothy Gish, alors éclipsée par sa soeur, dans un inhabituel véhicule. Le film sera refait en 1934 avec Anna Neagle, qui n'est pas Dorothy Gish. Cette fois, l'orthographe initiale de Nell Gwynn sera respectée.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Dorothy Gish