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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 16:10
The killing (Stanley Kubrick, 1956)

Dans la région de New York, sur un champ de courses, des hommes préparent un coup fumant: ils s'apprêtent à mettre main basse sur la recette des paris, et l'affaire a été pensée dans ses moindres détails. Ils sont une poignée, mais chacun a une tâche bien précise à accomplir dans l'équipe: un policier lassé de son train-train, et qui a de sérieuses (et dangereuses) dettes, un caissier du champ de courses, un barman, etc... Chacun va accomplir sa part, chacun va rencontrer son destin. Au centre, le principal malfaiteur, instigateur et chef charismatique du gang, Jonnny Clay (Sterling Hayden); ils sort de prison, où il a végété cinq années durant, il est déterminé à tout faire pour gagner le gros lot et vivre la belle vie avec celle qui l'a attendu. Mais il y aura des grains de sable.

la narration commence par le champ de courses et le début de la mise en place du coup. Kubrick utilise de fait la métaphore des paris et de la course afin de mettre en évidence le rôle du hasard dans son film... à moins qu'il s'agisse du destin? On a laissé le metteur en scène faisant avec The killer's kiss un grand écart entre la vérité d'un style documentaire, et la stylisation baroque du film noir. Le glissement vers le cinéma sur-contrôlé qui sera le sien fait de nouveaux pas en avant avec ce nouveau film noir: à des images une fois de plus tournées dans des environnements réalistes comme précédemment, correspond une voix off qui va guider le spectateur, et trahir comme la présence d'un démiurge: comme Hitchcock quelques années plus tard, la précision (Parfois absurde) des informations et des horaires, alliée à une omniscience narrative, font semblant de donner un fil narratif réaliste: on est de fait en pleine fiction, tout est cuit d'avance, et le narrateur le sait. Le but de ce film n'est pas de nous raconter un coup, qu'il soit réussi ou raté, mais de nous dire de quelle façon il a raté.

Le metteur en scène s'amuse justement à impliquer le spectateur en détaillant chaque étape, parfois plusieurs fois en changeant le point de vue (Un point crucial de la course, un cheval qui tombe, abattu par un des gangsters afin de créer une diversion, sera vu ou entendu ainsi par quatre fois, avec à chaque fois des variations sur le protagoniste impliqué); en dépit des allers-retours dans la narration, il construit ainsi un suspense, qui rend l'arrivée de chaque grain de sable encore plus forte... Et au passage, dans ce monde de minables, de hors-la-loi avec une revanche à prendre, de laissés pour compte voire de frustrés, il montre une vision de l'humanité Américaine qui tranche sur l'image véhiculée par la télévision, les séries Leave it to Beaver ou I love Lucy. On est loin de l'optimisme béat des années Eisenhower. Le film s'inspire d'ailleurs de Asphalt jungle dans sa galerie de personnages, mais une grosse dose de romantisme en moins.

Ce troisième film, tout en mélangeant de nouveau les mêmes ingrédients que les deux précédents (Voix off, images très réalistes, cadre plausible, cinéma de genre) mais dans des proportions radicalement différentes, permet au metteur en scène d'affirmer loin et d'une voix forte sa présence sur le cinéma Américain, et va lui ouvrir toutes grandes les portes d'Hollywood. Il dirige non seulement ses acteurs, mais aussi un grand chef-opérateur, Lucien Ballard, auquel il a pu faire la leçon; il montre ainsi qu'il maîtrise tous les aspects du cinéma, truffant déjà ses plans de détails significatifs, liés à son sens de l'observation. Et à sa façon, The killing est devenu un classique du film noir... dans lequel Kubrick se garde le droit de donner à voir une fin d'une grande ironie: tout ça, vous le verrez, pour pas grand chose, et pourtant... ça a bien failli réussir!

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Published by François Massarelli - dans Stanley Kubrick