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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 11:05

Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio) a eu la belle vie: parti de rien, il est arivé à un poste enviable, une vie de rêve, celle d'un agent de change qui brasse des millions parce qu'il n'a aucun scrupule, et que la bureaucratie de son pays met du temps à permettre à un agent du FBI intègre de lui mettre le grappin dessus...

Finalement, Goodfellas, Casino et The Wolf of Wall Street sont le même film. Non, plutôt le même projet artistique, la même structure, cachée derrière le prétexte du réquisitoire rock'n roll dans le cas du premier et du dernier, et derrière l'alibi de l'opéra pour Casino, mais à chaque fois, il s'agit d'un film tiré d'histoires vraies. Le principe des trois est simple: un narrateur impliqué nous raconte sa vie et sa carrière faite de délits, passée et glorieuse, après être devenu moins que rien... Et à chaque fois le rêve Américain, prétexte selon Scorsese à s'enrichir de façon égoïste, en prend pour son grade. Le tout passe par une narration jouissive, ne faisant pas l'économie de l'adresse au spectateur, et les trois films enfilent les moments d'anthologie sans jamais s'arrêter pour respirer... Et à chaque fois, on marche avec plaisir, à tel point que la troisième fois, on peut commencer à se poser des questions. Et si tout ceci n'était qu'un moyen pour Scorsese d'entrer dans le livre des records en alignant le plus grand nombre de "fuck" et dérivés contenus dans un film? On a bien compris que la cible des trois films est de questionner la morale et de laisser le public condamner les "héros" et leurs activités douteuses, mais dans quelle mesure le cinéaste agit-il moralement en permettant au public de jouir sans entrave des turpitudes de ceux qui certes nous amusent, mais on eux été condamnés pour ce qui nous amuse? Et si il y avait quelque chose d'immoral dans la fascination engendrée par les films en question, parmi les plus réjouissants qui soient à regarder?

Il ne m'appartient pas de répondre à ces questions, même si j'ai mon avis sur la question: les trois films jouent sur la fascination de l'homme pour le crime, une fascination qui dans les trois cas a envoyé les contrevenants en prison. Scorsese le dit depuis toujours, la société n'est ni l'ennemi du crime, ni à l'écart du crime: criminalité et société, à plus forte raison la société Américaine, fonctionnent de concert, suivant les même règles. Sauf que les règles amènent parfois une certaine inégalité, comme le remarque le héros de Goodfellas, une fois qu'il est honnête et a payé sa dette à la société, il ne mange plus dans les bons restaurants et a du mal à joindre les deux bouts. De même Jordan Belfort à la fin du film ne voit-il pas que son principal accusateur, un agent du FBI, prend une fois son travail accompli avec conscience et droiture, un métro rempli de gens comme vous et moi... des losers. Belfort, lui, se rend aux toilettes de son entreprise en yacht.

Cette injustice n'est pas le sujet de ces films, elle est juste le contexte: oui, des gens font exactement ce qui est représenté sur l'écran, il deviennent riches à millions en profitant des autres et en s'asseyant sur la morale, tout en s'envoyant en l'air par tous les moyens possibles, et beaucoup d'entre eux vivront vieux sans jamais se faire prendre alors que les autres vont s'acharner à atteindre aussi honnêtement que possible les 75 ans en survivant et en se tenant à l'écart des excès. C'est comme ça... Mais le problème dénoncé par ces films, ou en tout cas montré sans fards (Avec toutefois une tendance à la surenchère contrôlée afin de rester dans l'esprit, ce qui débouche sur le gros succès du film) est, ce film nous le dit clairement, l'esprit même du rêve Américain... devenir riche, c'est toujours au détriment de quelqu'un. Pour gagner, il faut des perdants. La scène qui le dit aussi crûment que possible est située vers la fin du film. Jordan Belfort, rattrapé par les affaires, est sommé par le FBI de lâcher son entreprise. Il réuni ses employés, et lance un petit discours larmoyant dans lequel il annonce la couleur: notre société, dit-il en substance, c'est l'Amérique. Mais le reste du discours est sans appel: une Amérique qui apprend aux gens à rester entre eux, à élire leur famille et leurs amis, qui aide certes, mais uniquement les siens, et qui saisit toutes les opportunités pour écraser les autres dans la mesure ou ça rapporte à soi... Dans ce contexte, toutes les occasions dans le film où le concept de loyauté, la fraternité, le sens du mot "famille" sont dévoyés sont finalement parfaitement justifiées, et le pire c'est que chaque larme versée par Jordan Belfort et ses amis dans cette scène est parfaitement légitime...

Mais au-delà du ramdam médiatique provoqué par le film, de l'univers de débauche étalé au grand jour (Ce n'est ni la première fois au cinéma, ni la dernière, donc il est inutile d'en faire toute une affaire), de la "morale" relativement sauve même si elle est amère, des doutes quant à la motivation des producteurs et auteurs du film soupçonnés de s'auto-parodier, il y a un constat à faire sur The Wolf of wall Street: ce film dont l'histoire et la pérennité nous permettront de juger s'il est à la hauteur des deux précédents ou s'il faut le comparer au modèle clairement revendiqué par DiCaprio, (Le Caligula de Tinto Brass!!!) vient à point nommé pour nous renvoyer un miroir sans appel de notre société malade. Et si Casino et Goodfellas faisaient exactement cela, celui-ci garde un avantage contextuel certain: les faits dénoncés dans le film ont beau être situés dans les années 80 et 90, ils gardent une actualité bien embarrassante. En d'autres termes, on peut toujours dénoncer de tels agissements, et se réjouir qu'ils aient été dénoncés. Reste qu'ils ne sont pas près de s'arrêter. On a les miroirs qu'on mérite... Raison de plus pour garder cet opéra de coke, de fric et de fesse pour pouvoir comparer avec nos sociétés futures. Sera-t-il si choquant?

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Mettons-nous tous nus