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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 17:18

Tourner le Journal d'une fille perdue, le dernier film muet de Pabst, ne serait sans doute pas possible aujourd'hui... Ce n'était du reste pas facile en 1929! Le film a subi les foudres diverses et variées de la censure un peu partout où il a été montré, et le fait d'être muet, en cette fin de règne du cinéma silencieux, ne l'a pas aidé. Rappelons les faits: ce Journal commence le jour de l'anniversaire de Thymian Henning, la fille du pharmacien. Ce même jour, la jeune femme innocente et naïve a bien vu qu'il se tramait quelque chose dans l'arrière-boutique: la gouvernante de son père, interprétée par Sibylle Schmitz pour un rôle court mais notable, s'apprète en effet à partir: elle est enceinte, et le pharmacien doit donc se débarrasser d'elle... Bien qu'il soit de notoriété publique qu'il est le père! L'associé du père, présenté comme un obsédé sexuel, se porte volontaire pour expliquer à Thymian se qui vient de se passer... Et la virginité de la jeune femme n'en a pas pour longtemps! Neuf mois plus tard, le père et la nouvelle gouvernante, mariés, accompagnent la jeune femme pour placer l'enfant, puis mènent la jeune femme en maison de redressement. En fait de redressement, la jeune femme va surtout apprendre à se débrouiller par elle-même, d'évasion en prostitution...

Aucune visée de dénonciation de l'esclavage sexuel, présenté ici comme une échappatoire si on n'y prend pas garde. Bien sur, ce n'est absolument pas le propos du film, mais il serait bien facile de s'y tromper: tout au plus, Pabst nous dépeint une société patriarcale hypocrite et vicieuse, qui cache les victimes de ses turpitudes dans des maisons spécialisées ou ou on les maltraite (Valeska Gert est extraordinaire en dirigeante tordue de la maison de redressement) mais cette même société s'offusque de voir les prostituées s'allier, et faire preuve d'une véritable solidarité. Le bordel, par défaut, devient un refuge, tout autant que le reflet distordu d'une morale bourgeoise en bout de course. Et Louise Brooks, à son corps défendant (Elle a toujours déclaré qu'elle n'avait rien compris à ce qui se tramait autour d'elle, dans un langue qui restait étrangère après un an en Allemagne), incarne à merveille cet esprit de révolte légitime de la femme contre l'homme. Mais qu'on ne s'y trompe pas: quoiqu'un brin sadique avec son héroïne naïve ballottée de bras en bras et qui se réveille après une nuit d'amour, au son d'une confortable liasse de billets de banque, le film est bien à sa façon un conte. Et Pabst, qui avait visé large après ses succès passés, n'a pas totalement pu faire son film à sa convenance, empêché de tourner une fin bien dans la ligne du film, il a du se résoudre à tourner une "happy-ending", relative toutefois. Mais même affublé de cet adoucissement final, le film a gardé son côté abrasif, sa méchanceté rigolarde et son humanisme à fleur de peau.

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Published by François Massarelli - dans Muet Georg Wilhelm Pabst 1929