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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 10:10
Dead Poets society (Peter Weir, 1989)

Dans le Vermont en 1959, Welton Academy, une école très rigoriste et conservatrice accueille sa nouvelle promo. Les jeunes, en uniformes, assistent avec leurs paarents à une cérémonie d'ouverture de l'année scolaire, menée par le principal, Mr Nolan (Norman Lloyd), mettant en particulier l'accent sur les traditions immuables d'une école désormais centenaire, et à l'impressionnant pedigree, et sur les "quatre piliers" qui la soutiennent: la tradition, l'honneur, la discipline et l'excellence. On fait rapidement la connaissance de quelques jeunes hommes dont un nouveau (Ethan Hawke), timide, effacé, et pour tout dire peu enclin à s'assumer avec fierté. Les autres (Dont Neil Perry, interprété par Robert Sean Leonard) vont vite l'intégrer, dans un groupe de jeunes gens qui, une fois les adultes partis, sont un peu moins laudatifs au sujet de leur école, dont les rigueurs et le climat trop disciplinaire les ont poussés à reprendre le surnom traditionnel de l'établissement 'Hellton'. C'est dans ce contexte que les jeunes hommes vont faire la connaissance d'un autre nouveau venu, John Keating (Robin Williams), un professeur de lettres qui va leur enseigner la poésie. Ancien de Welton (Il en connait lui aussi le surnom), il a transité par la Grande-Bretagne avant de revenir au bercail pour y faire ce qu'il aime tant: enseigner. Il va s'avérer très vite étrange, erratique, tout sauf traditionnel, et va donner à certains une envie irrationnelle de repousser les frontières de leur apprentissage en s'investissant vraiment dans la poésie, l'art et la recherche hédoniste mais constructive du plaisir bohémien. Autant dire que le clash est inévitable: entre les jeunes et leur hiérarchie, entre les jeunes et leurs parents, mais aussi entre Keating et les autres adultes...

Il est troublant de mettre dos à dos Dead Poets society et Picnic at Hanging Rock: les deux films de Weir prennent pour point de départ une institution rigoriste dans un cadre corseté, le Vermont de 1959 dans l'un apporte ici un écho à l'Australie Victorienne de l'autre.Tous ces jeunes gens, les filles de Hanging Rock comme les garçons de Welton, n'ont besoin que d'une étincelle pour aller voir ailleurs, et cette étincelle dans Dead poets Society, est bien sur John Keating. On le sait maintenant, ce rôle est le meilleur de Robin Williams, celui dans lequel il aura su faire la part entre ses débordements et la nécessité d'une interprétation complexe et intérieure. A la fin du film, Keating ne nous est pas vraiment familier, il reste celui qu'ont vu, rencontré, aimé ou détesté ses élèves, et on n'en saura pas plus; car le film parle essentiellement d'eux... Et à travers eux, de la capacité de l'être humain à trouver sa part de liberté, comme tant d'autres oeuvres de Weir: les jeunes filles qui disparaissent à Hanging Rock, happées dans la sensualité terrienne de l'Australie de toujours, les Amish de Witness, l'immigré Français à la recherche d'une Green Card, le personnage d'émission télévisée qui décide de briser ses chaines dans The Truman Show, le capitaine fuyant la monotonie de sa vie à terre dans Master and Commander, ou les prisonniers évadés du goulag dans The way back: tous ces personnages sont, consciemment ou non, en quête d'un idéal de liberté absolue qui leur accordera leur statut d'être humain... Et tous le font dans le cadre d'un choc, entre eux-mêmes, leur condition d'origine, et l'autre monde, représenté ici par John Keating et sa vision délirante et sensuelle de la poésie.

On a reproché au film, à sa sortie, une tendance à l'académisme, ce qui me semble déloyal et surtout absurde: le film, justement, est intégré dans le cadre rigoureux de Welton, et se déroule comme le feront plus tard les films de la saga Harry Potter sur une année scolaire. Le point de vue est celui des jeunes, qui se rebellent à peine, mais vont avoir le plus grand choc de leur vie à la rencontre de Keating. Mais celui-ci ne sera que l'élément déclencheur: c'est parce qu'ils le veulent bien que les jeunes lui piquent l'idée du "Dead Poets Society", le 'Cercle des poètes disparus', des rencontres nocturnes et clandestines, passées à fumer, boire, réciter de la poésie, jouer du saxophone, etc... Cette petite rebellion s'accompagne d'un éveil des possibilités: l'étudiant modèle destiné à prendre la voie fixée par ses parents, va se tourner vers le théâtre; le garçon amoureux de la copine d'un autre va tenter sa chance; l'étudiant timide va sortir de sa coquille... Welton devient enfin le théâtre d'un peu de vie et d'humanité, pour une brève période car tout à une fin... Et Weir de conclure son film sans plus de commentaires qu'une vision de dix jeunes hommes remerciant un professeur de les avoir ouverts à leur propre désir de liberté, en montant sur une table. Certes, la rebellion ici est légère, ne prète pas trop à conséquence et on sait que es jeunes en question vont tous finir médecins ou chefs d'entreprise... Mais en montrant cette petite poussée de révolte bon enfant, Peter Weir nous montre l'étincelle qui va peut-être faire de grandes choses, qui elles aussi auront une fin, mais qui est l'essence même de l'humanité. D'ailleurs, que deviendra Keating après Welton? Welton après Keating? Les jeunes garçons du film? Comme à Hanging Rock, comme avec The Truman Show, Weir ferme la porte sur ce qui va être une autre histoire, à laquelle nous n'avons pas le droit d'assister, car c'est la vie privée de ses personnages.

Dead Poets society (Peter Weir, 1989)

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir