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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 11:01

George Bailey va mal, George Bailey n'en peut plus: il tient quasiment sa ville à bout de bras depuis trente ans, lui qui aspirait à devenir un grand explorateur est coincé à vie à Bedford Falls, comme lorsqu'il a fallu se sacrifier pour reprendre l'affaire familiale à la mort de son père, et qu'il a du sacrifier ses études... Il y est pour l'éternité, plus surement que Truman dans son île... Garder la ville propre, ce n'est peut-être pas son travail, mais sa qualité de dirigeant d'une entreprise de prèts à visage humain a permis toutes ces années à Bedford Falls de ne pas tomber dans les griffes de l'odieux M. Potter, donc d'une certaine manière Bailey est un peu l'homme le plus important de la ville. Et en cette veille de Noël, sonné par un mauvais coup de son ennemi préféré, Bailey songe carrément à tout laisser tomber, et va se jeter à l'eau, alors qu'il fait extrêmement froid. C'est là qu'intervient son ange gardien...

Capra revenait au cinéma pour de vrai, après cinq années passées au service du cinéma des armées. On le sait, il a en particulier dirigé l'importante entreprise de propagande de l'armée Amériacine à travers les films destinés aux soldats alliés, de la série Why we fight ou autres. Mais cete oeuvre parallèle n'a pas grand chose à voir avec le reste de ses films, alors que It's a wonderful life, qui ne fut pas le succès que Capra escomptait à sa sortie, loin s'en faut (Ce qu'on n'imagine pas aujourd'hui quand on sait à quel point le iflm est devenu un classique!), est un retour à l'univers qui est le sien depuis Lady for a day en 1933... Mais il faut aussi le dire: si l'optimisme est une valeur sure dans le monde de Capra, cette-fois plus qu'avant, le metteur en scène est passé dans son film près du drame.

L'idée de génie (Par ailleurs aisément critiquable tant elle est frontalement naïve) de passer par une sorte de prologue "céleste", dans lequel Joseph (oui, le gardien des clés au Paradis) montre à l'ange Clarence la ve et l'oeuvre de George Bailey (James Stewart) permet une merveilleuse première partie, marqué par des digressions, et qui installe une constante rupture de ton. Chaque scène est du drame tourné en comédie, ou le contraire, et la galerie de personnages qui en découle est typiquement du Capra: bigarrée, cosmopolite... Je sais, le metteur en scène avait la réputation d'être raciste mais il n'y a pas de plaidoyer plus fort pour l'intégration et l'assimilation que les films de ce fils d'immigrés Italiens. On assiste avec le plus grand plaisir à l'exposition réelle du drame, dans ce qu'il faut bien assumer comme un conte de Noël, avec un vrai Scrooge, le Mr Potter joué par Lionel Barrymore.Puis Capra lâche son va-tout, et imagine avec James Stewart la ville, et la vie de ses habitants, si George Bailey n'avait jamais existé: tous les détails mis en place avec une précision maniaque dans la première partie trouvent un écho, et l'ange doux et un peu excentrique Clarence Oddbody (Henry Travers) est ici un peu notre guide. Un peu trop? c'est vrai que les aventures de George bailey dans la ville qui serait privée de lui sot un peu redondantes, mais Capra voulait que le message passe: il passe.

Et au final, on obtient un film dont la réputation n'est plus à faire, un "feel-good" movie, comme on dit désormais, qui a l'avantage de pouvoir être vu et revu, et de panser ocasionnellement les plaies, ou en tout cas réconforter. L'émotion qui se dégage de ce film, pour ceux qui sont bien sur prèts à l'accepter, est encore valide après des dizaines de visionnages, donc tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les scènes superbes, définitives, l'alchimie entre James Stewart et Donna Reed, la galerie touchante de personnages (Tous ces acteurs récurrents, Thomas Mitchell en vieil oncle distrait et alcoolique, Ward Bond en copain flic, H. B. Warner en pharmacien qui doit énormément à Bailey...), l'alchimie entre Stewart et tout le reste du casting... On peut toujours se plaindre que M. Potter est une vieille caricature trop facile, mais on ne fait sans doute pas de conte sans y aller un peu fort à un moment ou un autre, non? Et comme je le disais, le didactisme forcé de la séquence fantastique est pesant, mais moins si vous voulez mon avis que celui de Dickens dans A Christmas carol! Et puis des gens vont se plaindre, je suppose, que le cinéma de Capra est, plus encore dans ce film que dans tous les autres, motivé par le sentimentalisme. Si c'est un crime, autant mettre à la poubelle l'oeuvre intégrale de John Ford...

Et d'ailleurs, quels autres classiques Hollywoodiens construisent leur intrigue sur un personnage qui fait le contraire de ce qu'il souhaite, et doit l'accepter? Sur une nécessité du suicide? Sur un constat, au final, de semi-échec, car certes, le film démontre qu'au moins Bailey a des amis, mais une fois l'affaire en cours réglée, tout reprendra comme avant... Non, le message principal du film, c'est sans doute que le seul intérêt vivre, c'est de ...Vivre, justement, pour soi, un peu, pour les autres, beaucoup. Et le portrait en "work in progress" d'une Amérique au jour le jour, comme d'habitude, cache non seulement de l'optimisme et du volontarisme, mais aussi des blessures, des renoncements, et des cheveux blancs âprement gagnés, comme le James Stewart "noir", qui interprète ce film, le premier dans lequel il est, enfin, un adulte.

It's a wonderful life (Frank Capra, 1946)

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra