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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 16:52

Je n'aime pas Renoir. C'est comme ça, le décalage entre le génie officiel, imposé aux cinéphiles par les autres amateurs-escrocs du cinéma Français, les Truffard, Chabraud ou Godrol, et la réalité d'un cinéma mal fagoté de la main gauche dans lequel les acteurs finissent par jouer tous aussi mal que le metteur en scène (Voyez sa prestation dégueulasse dans Partie de Campagne, La Bête Humaine, g>ou l'ennuyeux, l'affreux chef d'oeuvre officiel La règle du jeu), m'apparait si évident, que je continue à me demander comment il peut ainsi faire illusion. Mais les apparences, dans un pays ou la critique préfère juger selon les chapelles et sur les intentions, ont la peau dure, et il convient de bouder Clouzot et Duvivier, et d'encenser Renoir. Quelques fois, ça marcherait presque, car certains films ont atteint une certaine grandeur, je pense à La grande illusion bien sur. Mais les années 50 sont selon moi pour Renoir un insoluble naufrage, dans lequel il tourne ce qu'il veut, comme il veut, dans l'indigence d'autant plus satisfaite qu'il est un des maitres officiels du médium. Et devant l'ennui qui me saisit à la vision de Le fleuve, g>Le carosse d'Or, Elena et les hommes, ou Le déjeuner sur l'herbe, je me sens bien seul... Sauf qu'il y a French cancan.

Ah oui, ça French cancan, le premier film tourné à Paris après tant d'années en exil (Un petit souci technique dans sa situation maritale empêchait Renoir de revenir, pour être exact), est une merveille, une grande réussite, dans laquelle on serait prèt à suivre tous les zélateurs serviles, s'ils savaient vraiment de quoi ils parlent: cette histoire, traitée dans un magnifique Technicolor, de patron de gargotes qui par intuition, va lancer le monde du spectacle dans le tourbillon du Cancan, est toujours aussi prenant, toujours aussi plein de vie. Et le bordel total des tournages de Renoir, qui habituellement débouche sur de médiocres machins, nous amène enfin à une fiesta bouillonnante de sève, dans laquelle le metteur en scène a su fédérer les enthousiasmes, doser le côté brouillon. On y croit, on y est, et le monde du spectacle vu avec tant de tendresse, par l'oeil d'un peintre (Bien plus que dans l'insupportablement ridicule soit-disant hommage à son père, le Déjeuner sur l'herbe) est saisi dans toute sa vérité: la canaille, la naïveté, le travail, l'acharnement, le doute, comme dans les meilleures comédies musicales en somme. Et l'émotion n'est jamais très loin, comme lorsque enfin, le Moulin rouge est ouvert, et le patron Danglard, fatigué, se laisse aller comme un gosse à jouer de la gambette commme ses danseuses...

Gabin, ici, c'est l'anti-Gabin. je m'explique: après la guerre, l'acteur va entrer dans le costume du patriarche, et y rester une fois pour toutes, faisant siens les rôles de vieux restaurateur (Voici le temps des assassins), de vieux flic (Le pacha), de vieux truand (Le cave se rebiffe), sans jamais laisser quoi que ce soit au hasard... sauf dans trois films: Le plaisir d'Ophuls, Touchez pas au grisbi de Becker, et celui-ci. Il y est admirable, comme d'ailleurs tous les acteurs, de ceux qui occupent le terrain en permanence, de Françoise Arnoul à Maria Felix, ou qui sont un peu plus dans le coulisses comme Philippe Clay, voire au fond comme Jacques Jouanneau et Gaston Modot. On se souviendra de tous. Allez, on y retourne!

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir