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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 09:33
The Mosquito Coast (Peter Weir, 1986)

A l'origine de ce film, The Mosquito Coast est un roman de Paul Theroux. L'auteur en a rédigé une adaptation, en compagnie du scénariste-réalisateur Paul Schrader, spécialiste de la descente aux enfers... Le film part d'un principe simple: si on place un inventeur génial au paradis, il en fera automatiquement un enfer. L'inventeur, ici, c'est Allie Fox, interprété par Harrison Ford. Il invente, mais surtout il a tendance à tout proendre en charge, ce qui le met parfois en conflit avec ses commanditaires. Et surtout, il est obsédé par une impression que les Etats-Unis sont dévoyés par l'esprit des gens, qu'ils ont cédé à la facilité. Dans son délire, il ajoute une bonne dose de paranoïa protectionniste, de xénophobie et une rasade d'alarmisme extrême. Il est déterminé à aller trouver un endroit dont il pourrait faire ce qu'il veut, et comme il vient d'inventer une machine à réfrigérer particulièrement efficace, il envisage de se rendre en pleine jungle avec femme (Helen Mirren) et enfants (Dont River Phoenix). Lorsqu'il met ses plans à exécution, il choisit la côte nord-est du Honduras, la région sauvage de la Mosquitia, et la petite famille s'installe donc en pleine jungle dans une "ville" que Fox a acheté pour une bouchée de pain... Mais c'est encore trop cher: sur les rives d'un fleuve pas franchement hospitalier, constituée de deux ou trois cabanes insalubres, sans eau ni électricité, la bourgade de Jeronimo est un trou à rats... Mais Fox a tôt fait d'en faire un lieu habitable, et devient assez rapidement une sorte d'homme providentiel pour les gens du coin. Pour combien de temps?

C'est ce film qui devait inaugurer la carrière Américaine de Weir, après The year of living dangerously dans lequel il emmenait Mel Gibson en Indonésie. Mais la production a été arrêtée faute de moyens, et Weir a accepté la proposition de tourner Witness, qui fut un énorme succès. Du même coup, il avait trouvé en Harrison Ford un acteur digne d'interpréter le rôle de l'inventeur fou... Weir est toujours à son aise dans la fable, comme il l'a souvent prouvé, en particulier avec The Truman Show. Mais ici, c'est vraiment d'un conte cruel qu'il s'agit. Les intentions de Fox sont au départ emprinetes d'une certaine logique, mais son apparente sagesse (Qui provoque chez son épouse et ses enfants une admiration sincère qui confine à l'aveuglement pur et simple) cache en réalité une folie suicidaire, qui plus est qui va tout emporter sur son passage. Incapable de s'arrêter dans sa fuite en avant, il va jusqu'à risquer la vie des autres pour, comme il aime à le répéter, prouver qu'il a raison. Et dans le film, une séquence qui voit Jeronimo, devenue vivable, investie par trois gangsters armés, nous montre Fox qui n'hésite pas dans un premier temps à détruire tout ce qu'il a construit pour les faire fuir, puis utiliser une machine extraordinaire et gigantesque, qu'il a conçu afin de réfrigérer l'eau et de fournir de l'air conditionné, comme un Moloch tout droit sorti de Cabiria ou Metropolis, qui va bruler les trois hommes. De l'auto-défense, on passe bien vite au meurtre...

Et cet homme qui fuit une Amérique qui a perdu ses valeurs, qui fuit aussi les religions (Incarnées dans le film par un voisin, un pasteur insuportable de fatuité et de ridicule), se prend à recréer une certaine forme d'impérialisme à l'Américaine, une certaine forme de religion aussi, dont il est le centre, imbu de lui-même, exigeant obéissance et aveuglement de sa famille, mais aussi de ceux qu'il n'hésite plus à qualifier de "bons sauvages", des pouilleux auquel il est supposé apporter la lumière. On le voit, dans le conte, Weir va loin, mais on le suit assez aisément, tant la démonstration suit un cheminement logique; l'ironie mordante de la situation n'est jamais soulignée, jamais commentée autrement que par la voix off de River Phoenix, qui sous l'identité de Charlie Fox, égrène ses souvenirs qui prennent vie sous nos yeux. Et au final, cette expérience pour reprendre le mot par lequel Fox désigne cette dangereuse aventure qu'il impose à sa famille, qui est une fuite vers un monde meilleur (comme toujours, pour l'auteur de Picnic at Hanging Rock), débouche sur un immense gâchis. Un film sain, tourné dans des conditions qui donnent l'impression de la réalité, avec des acteurs qui n'ont pas froid aux yeux.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir