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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 08:18

Tournant le dos à son film précédent et son univers, une fois de plus, Alfonso Cuaron a donc réalisé cette oeuvre de science-fiction post-apocalyptique entre The prisoner of Azkaban et Gravity (Si on excepte sa participation au projet Paris je t'aime, pour s'en tenir à ses longs métrages). Le projet prend appui sur un roman récent de P.D. James, et non content d'en livrer une adaptation majeure, Cuaron va étendre l'histoire et l'univers en réalisant une fois de plus un tour de force: un film de science-ficion dystopique tourné comme un documentaire, dont l'essentiel est livré au spectateur via le point de vue de son héros. Celui ci, Theo, est interprété par Clive Owen, et le cadre du film est la Grande-Bretagne du futur, située en 2027 exactement. Le monde est désormais apparemment, stérile, et le Royaume-Uni est l'un des derniers pays à ne pas avoir totalement sombré dans le chaos. mais il est aussi aux mains d'un gouvernement d'extrême-droite qui fait une chasse féroce aux migrants, tout en faisant face à une menace terroriste forte, qui vient d'un peu partout. Il n'y a pas eu de naissance depuis 2009, et lorsque le film commence, c'est un jour triste pour l'humanité puisqu'on vient d'apprendre le décès du dernier né des humains, agé de 18 ans.

Theo (Clive Owen) est un ancien activiste, dont les idées n'ont pas résisté au passage des ans et à son cortège de mauvaises nouvelles; en particulier, il a tout plaqué suite au décès de son fils Dylan, survenu lors d'une épidémie en 2008. Depuis, il s'est séparé de sa compagne Américaine Julian (Julianne Moore) qui elle a continué en revanche à lutter contre le gouvernement au sein d'un groupe considéré comme terroriste, les "fIshes". Ceux-ci visent le soulèvement et la libération de la Grande-Bretagne, et espèrent asez clairement mobiliser les migrants, victimes désilgnées d'une idéologie lourdement répressive. Mais Theo préfère la vie rangée d'un employé de bureau, et aime à se réfugier dans les bois chez son vieux copain Jasper (Michael Caine), un ancien journaliste qui vit retiré en compagnie de son épouse paralysée, et de ses plants de cannabis avec lesquels il se débrouille pour organiser des petites combines au jour le jour. C'est dans ce contexte que Theo est contacté par Julian qui lui demande de convoyer une immigrante illégale hors du pays. Theo accepte, mais la mission prend très vite une tournure dramatique: la voiture contenant Theo, l'immigrante Kee, Miriam, une mystérieuse femme d'age mur, Julian et un de ses compagnons d'arme, Luke, est attaquée; Julian meurt des suites de l'agression, et Theo se réfugie avec Luke dans une maison tenue par les "fishes". C'est là qu'il va apprendre un certain nombre de choses: d'une part, que c'est par le groupe lui-même que le convoi a été attaqué; ensuite que Luke (Chiwetel Ejiofor) a lui-même commandité l'assassinat de l'emblématique Julian afin de mobiliser les consciences et soulever le pays; enfin que Kee (Claire-Hope Ashitey) est d'autant plus importante qu'elle est enceinte de huit mois... Theo va donc fuir avec elle, dans le but de la placer sur un bateau libre, le Tomorrow, qui doit ensuite l'emmener se réfugier aux Açores...

Spectaculaire, le film ne nous ménage pas: dès le début, nous sommes plongés en plein chaos, avec un coffee-shop Londonien dans lequel aux côtés de Theo nous apprenons le décès de "Baby Diego", le dernier enfant de la planète, qui manifestement se comportait comme une rock-star surcocaïnée en raison de son statut unique. Lorsqu'il sort pour se rendre à son travail, Theo entend derrière lui une explosion qui ravage l'établissement! Le Londres de 2027 est, à l'imitation du Washington de Minority report, une ville assez similaire à ce qu'elle est maintenant, mais la saleté en plus, et avec de discrètes touches de technologie de pointe, comme des déroulants publicitaires en vidéo numérique un peu partout. Cuaron va maintenir durant tout le film cette vision d'une Angleterre qui n'est qu'une variation cauchemardesque du pays contemporain, avec ses riantes campagnes salies par des charniers de vaches mortes, ses routes envahies de feuilles mortes car plus personne ne s'y risque, etc... Et la trace du fascisme est partout: à Londres, Theo longe des camps de réfugiés dans lesquels des cages contiennent des gens entassés qui attendent leur déplacement pour un ailleurs qu'on imagine pas vraiment reliusant... On n'aura pas longtemps à imaginer du reste, le denier acte se situe principalement dans un camp de réfugiés qui est en fait une zone de non-droit cauchemardesque. A l'entrée de ce "refuge" situé en bord de mer (Très précisément à Bexhill, une riante cité balnéaire du Sussex, localisée sur l'Est de la côte de la Manche) où les immigrants doivent survivre les uns par dessus les autres, le gouvernement opère un tri entre les postulants, et manifestement beaucoup sont directement exécutés au sortir de bus spéciaux qui les amènent.

La façon de procéder pour le cinéaste, du début à la fin, consiste en une mise au coeur des évènements pour Theo, le vecteur choisi pour la narration. Puisqu'en raison du choix de tourner à la façon d'un documentaire, il n'y a aucune possibilité pour Cuaron de décrocher de sa narration pour qu'une voix off ou un déroulant nous éclaircisse la situation, il utilise les médias à travers leur omniprésence: la télévision qui au début à travers la nouvelle de la mort de Diego nous apprend aussi la date et le contexte, les nombreux textes, déroulants, première pages de journaux vus dans le film, mais aussi les archives parfois présentes: Jasper est un ancien journaliste et a collectionné les coupures de presse au sujet de la situation mondiale depsui 20 ans, et les a ensuite afichées sur un mur. De plus son épouse est une ancienne photographe de presse. Et en suivant Theo, nous sommes assez rapidement au courant de la vraie situation, mais aussi du désespoir ambiant, avec un gouvernement dont la préoccupation essentielle semble être de maintenir la pression et la terreur en faisant en sorte que le public se croie sous la menace permanente. Parmi les menaces, on l'a vu, une faction de 'résistants' aux armes politiques assez efficaces et dont Julian elle-même, leur inspiratrice, croit qu'ils ont renoncé à la violence, mais aussi des groupes Islamistes, évoqués et entrevus à la fin dans le camp de réfugiés. Mais d'après certains personnages du film, le gouvernement organiserait lui-même la terreur en provoquant des attentats, comme celui du début du film selon Julian. Enfin, Cuaron cède ici à un de ses péchés mignons, qu'il a expérimenté avec un grand succès dans Y tu mama tambien: le plan-séquence, qui cristallise cette impression d'urgence dans laquelle vivent les protagonistes et qui renforce cette impression de vérité (Au point de laisser à la fin des gouttes de sang gicler sur l'objectif de la caméra, un truc certes impossible à justifier mais qui agit de façon très efficace sur le spectateur pour le plonger dans l'illusion d'être au coeur de l'action...). Il reviendra au plan-séquence avec son court métrage de Paris Je t'aime qui n'est justement qu'une seul plan de 8 mn, et bien sur avec le spectaculaire début de Gravity. Mais déjà il en maitrise parfaitement les codes, les raisons et les contraintes.

Dans ce film qui laisse peu de place à l'espoir, il était important que Kee soit bien interprétée, et qu'elle soit spéciale. Parfaitement candide et naturelle, c'est donc Claire-Hope Ashitey qui va incarner dans le film à la fois l'espoir et l'ouverture vers le conte. Car dans ce contexte ou le futur est désormais impossible (Le gouvernement a par exemple laissé une firme fournir la possibilité du suicide en créant le médicament "Quietus", qui vous aide à partir en douceur...), la présence d'une femme enceinte, prompte à rire, encore pleine de vitalité, et qui s'en remet instinctivement à Theo lorsqu'elle le recontre, permet au moins la renaissance d'un espoir. Elle permet aussi de retrouver, à travers ce nouvel espoir, la possibilité d'une dimension spirituelle. Dans un monde en proie au chaos Kee (Key?) est la seule source d'espoir, de convoitise aussi: très vite, autour de Theo et de la jeune femme (Qui va accoucher dans des conditions particulièrement dramatiques bien entendu) le chaos va se faire de plus en plus insistant... Et l'enfant, une fois née (Oui, c'est une fille), va cristalliser auprès de tous ceux qui la verront, l'espace d'un instant, l'émerveillement... Avant que les affaires ne reprennent: le film est particulièrement pessimiste en ce qui concerne la capacité de l'être humain à se sortir de la panade, et Cuaron nous montre, dans ce film-coup de poing, comment les gens finissent par s'endormir en se choisissant des contes de fées de seconde zone (Les Anglais tous unis dans l'abêtissement autour du deuil national ressenti pour la mort d'un sale gosse) mais devenus incapables de réagir et de'inverser la tendance. Comme Cuaron a choisi de tourner dans les conditions de la vérité, sans effets spéciaux si on excepte les fameuses vidéo-publicités évoquées plus haut, ce monde terrifiant est en vérité si proche du nôtre...

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Published by François Massarelli - dans Alfonso Cuaron Science-fiction