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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 17:38

Ca fait belle lurette que Ridley Scott fait des films divisés en deux: d'une part, une histoire qui fonctionne comme elle peut, et déroule un univers dans lequel on peut puiser matière à création, et de l'autre, jusement, le développement d'un univers dans tous ses moindres détails, qui fera bondir les spécialistes, historiens, maniaques et vraisemblants de tout poil, arguant du fait que telle épée utilisée par tel personnage ne pouvait exister à telle époque. Entre ces deux visages d'un film, Scott a depuis longtemps (Depuis le début en fait, dès les Duellistes) choisi de privilégier le second. Et rien ne semble plus lui plaire que de reconstittuer une époque particulière à sa façon, voir à ce sujet Gladiator, Kingdom of heaven Robin Hood. Alors bien sur certains s'attacheront à l'intrigue, et c'est là que le dernier film du metteur en scène pose un sacré défi... En effet, que penser de Scott s'attaquant à une épopée biblique, lui qui a plutôt bien démontré, avec Kingdom of heaven, sa méfiance vis-à-vis du religieux, et sa volonté de donner la parole à ceux qui ont justement perdu la foi! Alors, un remake des Dix commandements par l'auteur de Hannibal, forcément, ça pose des questions...

Si on ne va pas s'apesantir sur l'utilité d'un remake, si on peut d'ailleurs dire que les deux premières versions signées Cecil B. DeMille sont déjà navrantes dans l'ensemble, cette version a permis à Scott de se poser une fois de plus en esthète concepteur de mondes, et sa vision gourmande de l'Egypte de Ramsès est une fort belle chose. Sa vision des sept plaies d'Egypte est elle aussi un grand moment du film, d'autant que le metteur en scène a tenté de débarrasser le film d'une grande proportion de sa superstition: et le plus étonnant, c'est sans doute la façon dont il se plait à faire de Moïse un jouet de Dieu, parfois franchement réticent devant la façon dont les égyptiens, qui sont à l'origine le peuple dans lequel il se reconnait, vont avoir à souffrir du châtiment divin. En filigrane, devant un film qui en apparence se prète au jeu de l'épopée biblique avec son lot de spirituel mis au gout du jour afin d'accomoder la dose obligatoire de scènes d'action, on finit par se trouver face à une réflection amère sur la façon dont l'homme devient facilement la proie du doute devant la divinité, transformé en jouet pour un être trop puissant, et peu enclin à la magnanimité. Enfin, comment oublier que dans un film comme celui-ci on attend de pied ferme le passage de la mer rouge! Scott réussit presque à en donner une version réaliste... J'ai dit "presque".

Quant à la polémique dont a été victime le film, on tourne en rond; reprocher le choix des acteurs à Scott qui aurait fait un film par trop anglo-saxon, commettant de fait une faute ethno-centriste, est ridicule: chaque film de ce genre est de toute façon irrémédiablement daté dès sa sortie. Revoyez aujourd'hui Golgotha (Duvivier, 1936) et son Ponce Pilate incarné par Gabin, ou Charlton Heston en Moïse dans The Ten Commandments (1956) , voire Theodore Roberts dans la version de 1923... revoyez le quadragénaire H.B. Warner en Jésus dans King of Kings pour rester à Cecil B. DeMille... Tous ont l'air d'être un mauvais casting, pourtant tous ces films sont bien meilleurs que la Passion de Mel Gibson, interprétée en Araméen afin de se conformer à la vérité historique, mais qui vire dans l'antisémitisme navrant comme le premier Le Pen ou Dieudonné venu... Non, pour résumer, Exodus était sans doute plus une commande qu'autre chose pour l'auteur de Blade Runner, mais ça se laisse voir, et le vieux mécréant s'est manifestement bien amusé...

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott