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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 16:45

Adapté d'une pièce de Alexander Brody, ce film Universal doit énormément à Boule de Suif, ce qui met d'une certaine façon Sloman dans un club qui avait aussi pour membres, excusez du peu, Kenji Mizoguchi dont l'un des premiers films parlants était une adaptation de la nouvelle de Maupassant, et John Ford, qui savait parfaitement de quelle source la nouvelle Stage to Lordburg était tirée, lorsqu'il travaillait à son film Stagecoach qui en était dérivé... Cette fois, l'histoire est celle d'un petit village frontalier dans l'Autriche de 1914, à l'intérieur duquel s'est installée une forte communauté Juive, dont beaucoup viennent de Russie dont ils ont fui les progroms orchestrés par les soldats Cosaques. Le rabbin Lyon (Nigel De Brulier) et sa fille Lea (Mary Philbin) y vivent heureux en attendant un possible mariage de la jeune femme, une vraie forte tête. Cele-ci fait la rencontre inopinée d'un bel homme, Constantin (Ivan Mosjoukine), un Russe qui s'est aventuré loin de ses frontières pour chasser. Le Rabbin interdit à Constantin de s'approcher de sa fille, mais celui-ci revient à la faveur de la guerre, et va brièvement occuper le village avec ses Cosaques. Désireux de séduire la jeune femme, il lance un ultimatum à la population: il brulera le village et ses habitants, à moins que Lea n'accepte de passer la nuit avec lui... La population fait pression sur la jeune femme et son père.

Largement oublié aujourd'hui, Surrender doit essentiellement sa relative notoriété à la présence de Mosjoukine, dont c'était l'unique incursion dans le cinéma Américain. Un accord de distribution qui se voulait un début de contrat avait été trouvé auprès de la Universal pour Michel Strogoff (Victor Tourjanski, 1926) et le studio espérait lancer la star avec les aventures du courrier du tsar... Mais le public n'a pas accroché. Mosjoukine est donc ici traité en invité de luxe, et son crédit vient en deuxième position après celui de Mary Philbin, qui interprète Lea. Le rôle de Constantin est un mélange entre le jeune Mosjoukine un peu rêveur du Brasier ardent, et ses rôles plus flamboyants de soldats Russes au temps du cinéma Tsariste (La dame de pique, de Protazanov, 1916). Mais surtout, il est clairement identifié comme un homme plutôt bon, ce qui tend à contredire son rôle dans des progroms, évoqué sans aucune retenue au début du film. Pourtant, au moment de tirer sur un écureuil lors d'une partie de chasse, il abaisse son fusil... C'est un afadissement assez difficile à avaler, mais ça permet au moins au jeune homme de pouvoir conquérir le coeur de la jeune femme.

Mary Philbin, auréolée des succès de The merry-go-round (Rupert Julian et Eric Von Stroheim, 1923), et de The phantom of the opera (Rupert Julian et Edward Sedgwick, 1925) est donc la star du film, mais un autre aspect me semble prendre de la place, et ce n'est pas rien: Edward Sloman était, à la Universal dans les années 20, un metteur en scène spécialisé dans des histoires qui mettaient en scène des Juifs de tous horizons, montrés avec une certaine tendresse par l'un d'entre eux, qui avait à coeur de combler un vide assez embarrassant pour une industrie dans laquelle les Juifs avaient tant d'importance. Un grand nombre de ses films ont disparu, mais celui-ci a toujours été disponible, heureusement. Si l'anecdote de Boule de suif telle que l'a traitée le film ne tient pas forcément la route en raison de la sympathie naturelle que le public ne peut que ressentir à l'égard de Mosjoukine, ou de la médiocrité terrifiante de l'actrice principale (Mary Philbin était objectivement nullissime), la façon dont Sloman nous montre le village, avec ses acteurs Juifs ou non (Nigel de Brulier avait du jouer tous les religieux, de Richelieu de Don Frollo, à des sages Indiens, il était normal qu'un jour ou l'autre il joue un rabbin!), la chaleur et la vie dégagée par la caméra de Gilbert Warrenton, et le rythme sur du film, dont parfois les intertitres disparaissent au profit de textes intégrés dans les plans, ce qui a un effet dynamique, nous donnent une solide envie d'en voir plus! Quant à Mosjoukine, peu enclin à jouer les seconds couteaux, il prit la décision de retourner en Europe.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine 1927