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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 08:45

Une comédie avant tout, voilà ce qu'il faut retenir de Tootsie: comme tant d'autres, glorieux ou non, avant lui, le film de Pollack n'est pas un pamphlet, un brulot visant à changer le monde, mais fait le point, et montre l'état des lieux d'une certaine vision des rapports hommes-femmes, à une période qui fait suite à l'explosion des contestations, parmi lesquelles la cause féministe a beaucoup fait parler d'elle. Mais ce qui frappe, et qui pourrait aisément jouer contre le film pour certains et certaines, c'est bien sur le fait que ce film, qui joue avec brio la confusion des genres, est vu du point de vue d'un homme, et que c'est un homme qui va affirmer l'égalité, et remettre les hommes à leur place. Sauf que Pollack aussi bien que Dustin Hoffmann ont su trouver le ton juste afin d'éviter de tomber dans une forme de paternalisme féministe... Le film est aussi (Surtout?) un beau film sur l'acteur, cet être qui doit, parfois, abdiquer sa personnalité afin d'en incarner une autre. Quel meilleur exemple que l'histoire du chômeur qui n'a pas trouvé d'autre issue que de devenir une femme afin de trouver le travail idéal?

A New York, Michael, un acteur doué pour le théâtre mais pas du tout pour les compromis, cherche désespérément un rôle, afin surtout de financer une pièce qu'il souhaite monter, mais qui n'attire aucun producteur. Il accompagne un jour une amie, l'actrice Sandy (Teri Garr), pour une audition; le rôle qu'elle convoite est celui d'une administratrice dans un hôpital, pour un 'soap', mais elle est refusée avant même de pouvoir tenter le rôle. Il apprend par son agent (Sydney Pollack) qu'il ne se trouvera personne pour lui donner un rôle en raison de son exigence (Il discute de tout, y compris des sentiments d'une tomate qu'il doit interpréter dans un spot publicitaire), et finit par tenter l'impossible: déguisé, il se rend aux auditions pour le feuilleton, d'autant qu'il a aidé Sandy à préparer le rôle, et grace au culot de 'Dorothy Michaels', le personnage qu'il s'est inventé, il obtient le rôle. A lui désormais, pour un mois, de dissimuler son identité, de passer pour une femme, de cacher à Sandy qu'il lui a soufflé le rôle qu'elle convoitait, de gérer une relation forcément difficile avec Julie (Jessica Lange), une actrice du soap avec laquelle il sympathise forcément, mais qui croit su'il est une femme... Mais surtout il va lui faloir faire avec l'immense talent de Dorothy Michaels, qui lui pose bien des soucis: elle est tellement bonne et tellement populaire, embrassant dans des improvisations hallucinantes la cause des femmes qui avaient jusqu'alors été mal considérées dans le feuilleton, et sa popularité lui font faire des ravages dans les coeurs: Michael/Dorothy doit faire attention à John Van Horn, le vieil acteur qui se croit séducteur ('Horn', ça débouche sur "horny", un adjectif qui veut dire "sexuellement excité"), mais surtout à Les, le père veuf de Julie, qui est amoureux de Dorothy... Et surtout, Dorothy est coincée dans son contrat pour 1 an!

Dorothy n'est pas, surtout comparée aux deux actrices (Jessica Lange et Geena Davis) avec lesquelles elle partage l'affiche, un canon, loin de là. D'ailleurs à plusieurs reprises, il est fait allusion à son age, ce que renforce sa tendance à porter des vêtements stricts et d'un autre age. Elle porte une permanente, ce qui la pousse à dormir avec des bigoudis, et sa pomme d'adam prononcée lui empêche le port du décolleté... Mais elle devient, dans ces matérialistes années 80, le symbole d'une certaine femme Américaine: son culot, la façon dont elle entreprend de dominer les scènes en fonction de son instinct, et le talent naturel de metteur en scène de théâtre de Michael font le reste... Mais le film pousse le personnage de Michael, ainsi que les rares à être au courant de la situation (Jeff, interprété par Bill Murray, est le co-locataire de Michael, et sinon le seul autre à savoir est George, l'agent) à évaluer dans quelle mesure le rôle finit par vampiriser l'acteur... On assiste donc ici à la confusion des sexes, soit un domaine rabaché par la comédie Américaine depuis les années 30, mais le conflit ici est au sein d'une seule et même personne, et le dialogue formidable joue beaucoup sur cet aspect. Et 'Dorothy' permet à un certain nombre de personnes, directement ou indirectement, de faire le point sur leur vie: Julie pour commencer, qui va devenir plus forte, alors qu'elle végète dans une histoire d'amour mal fichue dont elle est l'esclave, et qui a une petite fille de 14 mois alors qu'elle est célibataire. L'arrivée de Dorothy dans le casting de la série lui permet enfin de s'affirmer, et elle rejoint son amie dans sa prise de ppouvoir sur le show, tout en venant à comprendre qu'il lui fait rompre avec son metteur en scène. Les, le père de Julie (Charles Durning, The big Lebowski!), va remettre son célibat en question, et Sandy va enfin déclarer son indépendance vis-à-vis de Michael... Qui lui va découvrir la femme cachée en lui, qui lui permet enfin d'être 'un meilleur homme qu'il n'a jamais été'...

Riche, drôle et réussi, ce qui est avant tout une comédie de situation très bien menée n'est donc pas l'annonce d'une révolution féministe, juste un film qui, avant que le Reaganisme ne nivelle tout par le bas en imposant de nouveau une hiérarchie sexuelle, permet aussi une reflexion juste sur la perception de la femme dans notre société, et qui le fait en passant par un personnage troublant, une femme mal fichue, vieux-jeu, mais drôlement forte, qui va à l'encontre des canons sexistes de la beauté, et le fait en plus en jouant en permanence contre...lui-même. Dustin Hoffmann l'a toujours dit, pour lui le film n'est pas une comédie, mais une vraie rencontre.

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Published by François Massarelli - dans Comédie