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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 10:25

Drums along the Mohawk est le premier film en couleurs de Ford, et le deuxième dans lequel, après Young Mr Lincoln, il donne le rôle principal à Henry Fonda. C'est un film Fox, au sens ou Darryl F. Zanuck aurait très bien pu confier la mission à quelqu'un d'autre que Ford, et il possède par bien des aspects l'apparence d'une commande. Rien de péjoratif ici, juste l'idée que Ford n'aurait peut-être pas été amené à réaliser ce film par lui même: on n'a pas d'autres exemples de réalisations sur l'Amérique de cette période, et il est assez facile de l'expliquer. Ford est à la fois un enfant du XXe siècle, fasciné à la fois par le devenir de ses contemporains, et par les cheminements, politiques historiques ou philosophiques, qui les ont amenés là ou ils sont. Et en bon fils d'immigrés Irlandais, Ford ne fait pas trop remonter le fil de sa vision personnel de l'histoire: il va généralement jusqu'au milieu du XIXe siècle et ne va pas plus loin... Et ce qui frappe dans ce film c'est à la fois que le conflit dont il est question est essentiellement celui des Américains contre les Anglais, mais aussi que Ford ne peut pas s'empêcher d'y glisser quelques allusions plus personnelles. Et le pasteur, interprété par Arthur Shields (Qui était préposé aux rôles d'écclésiastiques austères et irritants, le pauvre), force comme d'habitude son fort accent Irlandais...

L'intrigue est située en pleine guerre d'indépendance, après la déclaration de 1776, et plutôt vers la fin. Gil Martin (Fonda), un pionnier installé depuis peu dans la vallée de Mohawk au nord de l'état de New York, se marie avec Lana (Claudette Colbert), une jeune femme de la bonne société d'Albany, puis l'emmène avec lui pour qu'elle partage son rude quotidien. Une fois arrivée, elle a du mal à s'y faire, mais finit par devenir une vraie pionnière elle aussi. Ils ne sont pourtant pas au bout de leurs peines, puisque la région est menacée par des raids Anglais, aidés par des troupes d'Indiens locaux qui ne font pas dans la dentelle. Ils vont devoir se battre, et faire face à la destruction de tous leurs biens; mais la communauté entière va s'entraider, et ils vont bénéficier en particulier des largesses d'une pittoresque veuve, qui les recueille et leur donne du travail...

Les épisodes de l'intrigue sont autant d'étapes, faites de courtes avancées et de grosses reculades... il faut vraiment attendre le milieu du film pour que la mutation en Lana s'accomplisse, et ça passe par la guerre, la violence, la mort... et la pluie. Une superbe scène est traitée avec tout le lyrisme dont sait faire preuve Ford, et nous montre la communauté qui voit revenir ses soldats, et les secours qui s'organisent autour des blessés. Mais si la mort est là, symbolisée par le décès du général local, blessé à la jambe et ne survivant pas à son amputation, la naissance n'est pas que celle d'un idéal: très vite, les deux héros vont enfin avoir une naissance pour pouvoir affronter l'avenir. Si les vignettes sont parfois un peu fluettes et répétitives, au moins l'histoire avance-t-elle de façon satisfaisante. Et Ford laisse éclater son lyrisme avec la couleur, qu'il utilise de façon très remarquable. Il utilise une palette très champêtre, barbouillant toutefois de bleu ses scènes aux bruns, jaunes et verts très prononcés: les scènes d'orage nocturnes, les scènes de nuit plus classiques, notamment. et il tire toutes les ressources dramatiques d'une scène de poursuite à pied, située à l'aube. Son film ressort essentiellement d'une imagerie proto-Américaine presque enfantine, mais il le fait, comme il savait le faire, avec coeur... Et une série d'images inoubliables, et si fordiennes, nous rappellent qui est à la barre: Francis Ford, saoul comme un cochon, capturé et attaché à un chariot de foin en flammes; la veuve malade étendue dans son lit et visitée par deux maraudeurs indiens qui sont subjugués par le caractère de la vieille bourrique, le pasteur qui exhorte sa communauté à la résistance en précisant que les contrevenants seront pendus, avant de prendre les armes lui-même... et enfin, et surtout une image magnifique de Claudette Colbert qui voit partir son mari, dans un plan qui embrasse presque toute la vallée, et à la fin du plan, elle s'écroule comme si elle s'évanouissait. Le film est certes mineur, il sert essentiellement de récréation pour le metteur en scène, mais il recycle beaucoup de ses idées, et le film lui permet de les raffiner encore un peu. Il n'y a pas loin de cette communauté de la nouvelle Angleterre, à ses Okies en errance (The grapes of Wrath, 1940), ou aux Mormons de Wagon Master (1950).

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Published by François Massarelli - dans John Ford