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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 18:38

Cernés par les montagnes, des êtres humains rejouent Shakespeare... le western sait parfois prendre de la hauteur dans tous les sens du terme! On avait déjà beaucoup de montagne et de rocaille chez Anthony Mann qui se plaisait à situer ses drames immenses dans des contrées qui tranchaient de façon considérable sur les habitudes du western tel que Ford les avait instituées avec ses tournages à Monument Valley. Jubal, comme beaucoup de westerns des années 50, ceux de Mann en particulier, est situé dans le quart Nord-Ouest du pays, et concerne une petite communauté organisée autour du ranch d'un propriétaire local, le jovial et bonhomme Shep Horgan, interprété par Ernest Borgnine. Le drame Shakespearien qui est ici mis en toile de fond est Othello, avec des variantes bien sur...

Shep Horgan rentre chez lui, et découvre un homme inconscient sur sa route. Il le recueille, et va lui proposer non seulement de s'installer dans son ranch, mais aussi de travailler avec lui. Si Jubal Troop (Glenn Ford) se plait très vite au ranch et s'intègre rapidement auprès de ses collègues, et surtout auprès de son patron et ami, il va quand même avoir de sérieux ennuis avec Pinky (Rod Steiger), un des employés, qui déteste le nouveau venu dès le départ, et surtout avec Mae Horgan (Valerie French), l'épouse légitime de Shep, qui en a tellement marre de son gros rustaud de mari qu'elle est prête à sauter sur tout ce qui bouge. Le problème, c'est qu'avant l'arrivée de Jubal, c'est avec Pinky que la belle prenait du bon temps, ce dernier voit donc avec une certaine mauvaise humeur le nouveau venu s'intégrer et monter en grade...

Les passions qui se déchaînent ici sont bien loin des conflits de civilisation dont tant de westerns (A commencer par Broken Arrow, le premier qu'ait réalisé Daves) se sont fait l'écho. C'est Mae qui sera l'étincelle, convoitée il est vrai par Pinky qui l'a possédée un peu, mais aussi par Jubal bien qu'il s'en défende, et surtout qu'il se retienne. Il est respectueux de son ami et de l'honneur de celui-ci, et sait combien sa place est fragile. Et surtout il a à coeur de conduire sa vie avec droiture... Mais ces passions exacerbées qui vont aller de mal en pire au fur et à mesure de l'évolution du film cachent aussi une autre lecture, celle d'une lutte de pouvoir incarnée dans la femme du chef, interprétée avec une sensualité et une sobriété d'autant plus efficace par Valerie French. Le film se pose, dès le départ, en un western d'un classicisme impressionnant, appuyé il est vrai par le démarquage Shakespearien, qui restent malgré tout plus une alibi structurel qu'autre chose. Et histoire de corser le tout, Jubal est affublé d'un complexe intéressant, puisqu'il cache un lourd secret lié à son enfance, qui rejaillit inévitablement sur sa situation présente, et qui explique à la fois l'attirance et la défiance qu'il manifeste à l'égard de sa patronne: il le dit au début du film, son père était le seul homme en qui il ait eu une confiance absolue. On apprendra qu'il est en fait mort tout en lui sauvant la vie, sous les yeux de sa propre mère qui avait essayé de le noyer... Un Oedipe particulièrement compliqué, donc. Mais Jubal Troop pourra semble-t-il le résoudre et retrouver confiance en la femme avec la jeune et jolie Naomi, interprétée par Felicia Farr.

Avec son intrigue plus immense que tout, ses décors sublimes, et son personnage venu de nulle part (Littéralement), Jubal est un beau, un grand western, qui inaugure bien une série de western majeurs (3:10 to Yuma, Cowboy) avec Glenn Ford pour la Columbia. En Cinémascope glorieux, en technicolor cuivré, avec la musique de David Raksin, c'est du plaisir Hollywoodien, à la fois brillant et terriblement sombre, à l'état pur.

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves