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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 18:42

Le film est adapté d'une pièce de 1929, écrite par Patrick Hamilton. L'adaptation a été co-signée par Hume Cronyn, ce qui ne nous étonnera pas trop: Cronyn est un ami très proche de Hitchcock, qui souhaite effectuer son premier film indépendant en famille, en quelque sorte. Il signe aussi son premier film en couleurs, ce qui ne va pas l'empêcher d'être très à l'aise avec sa nouvelle palette. Non, décidément, avec Rope le problème est ailleurs...

Rappelons que l'intrigue concerne une soirée, sensée se dérouler en temps réel ou presque. Deux jeunes hommes, Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) ont mis un plan fou à exécution: ils ont étranglé leur ami David, parce que Brandon le prend pour un faible, et ils invitent des gens à une soirée, dont les parents de la victime, et Rupert Cadell (James Stewart), un ancien professeur, qui a souvent professé des théories Nietszchéennes un peu à tort et à travers. Durant la soirée, Cadell observe Philip devenir de plus en plus nerveux, et va aussi trouver des indices sur la présence de David, l'absent dot tout le monde parle... Il en vient à soupçonner très clairement les deux amis d'avoir commis le meurtre.

Le propos est tout de suite aussi clair que possible, puisque dès le deuxième plan, on assiste à un meurtre un peu gratuit: en gros, pour Brandon qui est le principal instigateur, tuer David revient à prouver qu'on peut le faire, et inviter des amis dans la foulée, c'est se rendre maître de la situation en assumant une bravade propre à situer le meurtrier au-dessus de la mêlée. Mais l'invitation de Cadell permet d'une part à Brandon et Philip de faire face à quelqu'un qui va convenablement les juger, elle permet aussi à Cadell de mesurer à quel point ses provocations répétées (Il adore choquer en prônant le meurtre comme sélection sociale) ne tiennent pas face à l'épreuve des faits. Le film conte, d'une certaine façon, le réveil d'un humain face à l'ignoble réalité du mal... A ce titre, Hitchcock choisit de passer expertement d'un point de vue à l'autre: Brandon, Philip et Cadell... Le film est un triangle entre les trois, même si une intrigue secondaire, qui fait un peu plus passer Brandon pour un monstre, nous conte comment ce dernier invite la petite amie de sa victime en compagnie d'un autre garçon, dans le but de les rapprocher maintenant que la voie est libre... Cela a au moins le mérite de faire partir tout le monde plus tôt, car décidément, seul les trois personnages qui vont rester dans la confrontation sont vraiment importants.

Et bien sur, il faut aborder les sujets qui fâchent: Brandon et Philip vivent ensemble, et il semble que toutes et tous soient au courant. La première scène, celle qui les voit étrangler David (avec difficulté, bien sur, comme souvent chez Hitchcock qui ne nous a jamais caché que même s'il est tentant de faire le mal, le meurtre n'est en rien une chose physiquement facile), se termine par une conversation qu'il n'est pas difficile de prendre pour ce que les Anglophones appellent le pillow talk, les conversations sur l'oreiller: Philip essoufflé reprenant ses esprits (Ce que d'ailleurs il ne parviendra pas à faire), Brandon rassasié, assumant parfaitement ce qu'ils viennent de faire, et se payant le luxe d'allumer une cigarette dont il tire une longue bouffée... Plus tard, il apparaît que Brandon a invité Cadell précisément pour impressionner ce dernier... Hitchcock, toute sa vie durant, a confondu le crime et l'homosexualité, et les a liés, notamment dans certains personnages (Leonard dans North by Northwest, Bruno dans Strangers on a train, la liste serait longue), toujours intimement liés au crime. Cete profonde assimilation de l'homosexualité et du mal est hélas indissociable de son oeuvre...

Mais ce n'est pas le seul motif de fâcherie de ce film. S'il réussit à créer un suspense avec des moyens proprement cinématographiques, s'il tire de son nouveau jouet, la couleur, des effets convaincants (Il l'utilise en particulier pour faire passer le temps de manière convaincante, une nécessité pour un film en temps réel tourné en studio), en revanche, Hitchcock sacrifie beaucoup à une lubie: il a désiré tourner le film en plans-séquences... Oubliez la légende qui nous rabâche que le film est en fait un seul plan, c'est doublement faux: d'une part, le magasin de pellicule utilisé à l'époque ne peut contenir que minutes de négatif; donc des raccords bien pensés mais parfois embarrassants (La caméra plonge soudain sur un vêtement sombre pour obtenir une fraction de seconde de noir permettant un imperceptible changement de bobine, mais le mouvement de caméra ne peut en aucun cas se justifier pour quelque autre raison que ce soit) permettent de prolonger certains plans, mais à quatre reprises, Hitchcock coupe, pour de frai, et ces passages sont souvent parmi les plus convaincants. De la part de quelqu'un qui a souhaité prouver la supériorité du cinéma sur le théâtre filmé, cette idée était de toute façon purement et simplement idiote. Propice à faire parfois monter la tension, mais aussi à apporter tellement de problèmes à résoudre que le dispositif, ne s'imposait absolument pas. Plus grave, le dispositif vient parfois se substituer à toute possibilité de mise en scène, et pour un génie comme Hitchcock, c'est impardonnable...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock