Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 09:12

Dans les années 30, à Londres, M. Verloc (Oskar Homolka) tient un petit cinéma de quartier, le Bijou Theatre, en compagnie de son épouse, une jeune Américaine (Sylvia Sidney) qui s'est installée à Londres en compagnie de son jeune frère (Desmond Tester). Mais Verloc n'est pas que le père tranquille qu'il parait être: il est un agent de l'ennemi, qui se livre à des actes de sabotage, en dépit de ses réticences... En effet, il ne souhaite pas être impliqué dans un attentat qui tuerait des civils.Il va lui falloir prendre une décision, pourtant, car son dernier acte de sabotage a mal tourné: il a réussi à priver tout un quartier de la ville d'électricité durant une bonne demi-heure, mais cela a surtout résulté en une joyeuse atmosphère festive dans les rues! Les supérieurs de Verloc réclament, cette fois-ci, du sérieux! Et ça va être difficile, car dans l'épicerie d'à côté, Verloc a repéré que Ted (John Loder), le brave vendeur de fruits et légumes, est en fait un détective de Scotland Yard, dont la mission est précisément d'espionner les agissements de Verloc.

Le film est situé entre Secret Agent (1935) et Young and innocent (1937). Il partage avec le premier cité une certaine amertume; de plus, les deux sont à l'origine d'une certaine confusion en dépit de leurs intrigues si dissemblables: Adapté d'un roman de Somerset Maugham, Secret Agent est parfois confondu avec Sabotage, qui est lui-même adapté d'un roman de Joseph Conrad intitulé... The secret agent! Pour couronner le tout, si Secret agent (Le film) a été exploité en France sous le titre (Idiot) Quatre de l'espionnage, Sabotage a quant à lui été gratifié dans notre pays du nom de... Agent secret! Ca ne s'invente pas... c'est à Hitchcock et son épouse Alma qu'on doit le script, et ça se voit en permanence... Situé dans un quartier populaire de Londres, le film respire cette petite vie tranquille et pleine d'humour et de vitalité qu'Hitchcock a su toujours si bien transcrire dans ses meilleurs films Britanniques. Il est à la maison, en quelque sorte. Pourtant sous des dehors de divertissement populaire, Sabotage parle une fois de plus de morale, de culpabilité et de choix. Verloc n'est au fond qu'un pauvre bougre, un homme qui a choisi une voie malencontreuse dans laquelle il croit pouvoir définir des limites morales: mais il n'est qu'un saboteur, et va devoir assumer jusqu'au bout, dans une séquence qui fait froid dans le dos, en se rendant indirectement responsable de la mort de dizaines de personnes... dont Stevie, le petit frère de son épouse. C'est un choix qu'Hitchcock a dit souvent regretter, car disait-il une fois à Hollywwod, "On ne tue pas un enfant". Pourtant c'est ce qui donnera le plus de sens au film... Et non seulement sur le personnage de Verloc, mais sur son épouse, tentée dans une magnifique scène de tuer froidement son mari, avant de se raviser puis de revenir à la charge... Son hésitation est la mesure de la tension morale du film: vengeance ou meurtre? De même, le brave détective Spencer a-t-il des notions assez élastiques sur a responsabilité de la jeune femme, et est prêt à jeter l'éponge et "regarder de l'autre côté".

Plutôt court et concentré, le film est aussi remarquable par son montage inventif. Hitchcock y pris goût clairement, et l'utilise en virtuose dans tout le film, qui adopte un style volontiers dynamique et extravagant, en particulier dans deux scènes. Mais Hitchcock, qui sait surprendre le spectateur dès le début d'un film, recycle avec bonheur un truc de Fritz Lang (Spione) en ouverture: un sabotage a eu lieu, des policiers sont sur les lieux, et l'un d'entre eux demande "Qui a bien pu faire ça?"... Le plan suivant, sans attendre, nous montre le visage inquiétant de Verloc. Quelques instants après, celui-ci nous confirmera ce soupçon, puisqu'en lavant ses mains, il les nettoie du sable qui a servi au sabotage. Hitchcock est ainsi fidèle à deux principes: celui de clarté à l'égard du spectateur, et celui qui consiste à ne pas laisser de doute sur la culpabilité d'un criminel, car la recherche du coupable n'est décidément pas le sujet. Les deux séquences remarquables que je mentionnai plus haut sont d'une part celle qui voit le jeune Stevie se rendre avec une bombe (Il ne le sait bien sur pas) vers Piccadilly Circus, alors que le public lui sait ce qui se trame. Hitchcock fait monter la tension d'une façon vertigineuse en utilisant avec brio les images de toutes les pendules de Londres! D'autre part, la scène, à table, du dilemme de Sylvia Sidney devant un Verloc qui a compris qu'elle souhaite le tuer est un modèle de suspense quotidien, situé il est vrai dans une cuisine, entre un mari et son épouse!

Si Sabotage est moins flamboyant, moins "fun" aussi que peuvent l'être les deux plus grands succès Anglais d'Hitchcock (The 39 steps, et A lady vanishes, les deux films qui lui ouvrirent toutes grandes les portes des studios Hollywoodiens), il est un jalon essentiel de la carrière du metteur en scène, à plus forte raison parce qu'il s'y livre pour la dernière fois à cette petite narration rigolarde du quotidien Londonien des quartiers de spectacles. Il a regretté toute sa vie semble-t-il le choix de montrer un acte de terrorisme qui emporte la vie d'un enfant, mais c'est sans doute le signe que son cinéma, désormais, est passé à l'age adulte, et que même un petit thriller apparemment sans grande envergure recèle dans son oeuvre des moments de vie intérieure effrayante qui nous rapprochent de la vérité: à l'heure ou ce genre de crime se multiplie de façon alarmante, la méditation permanente d'Hitchcock sur la culpabilité, le crime, la morale, et la façon dont on est partie prenante dans le crime ou pas, me semble toujours plus pertinente.

Partager cet article

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock