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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:13

Comme pour passer à a vitesse supérieure, Douglas Fairbanks s'attache les services d'Allan Dwan, un vétéran déjà, pourtant encore à l'aube d'une carrière de cinquante années. L'un (Fairbanks) et l'autre (Dwan) avaient semble-t-il un attachement particulier à la personne de D'Artagnan, et un autre de leurs dix films ensemble (Tous muets, sortis de 1916 à 1929) sera d'ailleurs de nouveau consacré au personnage de Dumas: The Iron Mask (1929). Mais en attendant, Douglas Fairbanks est encore dans ce film co-écrit avec Dwan le héros moderne et bondissant de films d'aventures comiques, situées dans l'Amérique contemporaine, les deux hommes vont donc user d'un stratagème pour permettre au comédien, pour une petite partie du film, d'incarner le mousquetaire de légende... Et ce pour servir en réalité une autre cause, qui prend tout son sens en examinant la carrière et la filmographie de l'acteur...

Donc, un prologue nous rappelle l'ardeur, la vivacité et le style de D'artagnan, bien sur interprété par Fairbanks, qui comment un acte chevaleresque (Rendre à une belle dame son mouchoir qu'un bandit lui a volé) en fauchant tout ce qui bouge de son épée adroite. Mais Doug a bien pris soin de s'avancer vers la caméra, pour montrer d'un clin d'oeil complice à ses admirateurs qu'il est bien toujours le même sous l'étonnante moustache, en tout point similaire à celle qu'il fera vraiment pousser à partir de 1921, et gardera jusqu'à la fin de ses jours. A la fin de ce court prologue, le Doug moderne s'avance de nouveau vers la caméra pour effectuer une transition, par un nouveau clin d'oeil. C'est un étrange début, assez en phase avec la structure chaotique de ce long métrage, par ailleurs l'un des meilleurs de cette première période de Fairbanks... en même temps que son plus décousu.

L'intrigue proprement dite démarre par une nouvelle allusion, lorsque Ned Thacker, né sous le double signe de D'Artagnan qu'aimait tant sa maman, et d'un cyclone qui ravageait le Kansas au moment de sa naissance, quitte le domicile familial avec un véhicule offert par son papa. Ultime allusion, la voiture est...jaune. En chemin vers l'Ouest, il rencontre des touristes: Madame Dodge (Kathleen Kirkham), accompagnée de sa fille Elsie (Marjorie Daw) et d'un intrigant multigame qui cherche à accrocher Elsie à son tableau de chasse, Forrest Vandeteer (Eugene Ormonde). Ils font route ensemble vers le Canyon du Colorado, ou ils vont rencontrer des Indiens Hopis, menés par le dangereux Chin-de-Chah (Frank Campeau qui lui aussi, tout comme Ned bien sur, convoite la jolie Elsie. Mais qui, des trois amoureux, l'emportera? A votre avis?

Je mentionnai plus haut une cause qui justifierait l'emploi du personnage de D'artagnan et du Paris de Dumas, mais c'est à mon avis évident que Fairbanks a déjà l'ambition de révolutionner le film d'aventures comme il le fera plus tard avec ses grands films. Le prologue et le thème servent ici de ballon d'essai, tout comme l'élargissement spectaculaire des décors, en passant par le grand Canyon, et la façon dont Dwan et ses chefs-opérateurs utilisent l'arrière-plan, sont la marque d'une ambition, qui passe ensuite, suprême audace, par une liberté de ton, et une liberté de filmer, qui me semble absolue. Le film est superbe, impertinent, et "Fairbanksien" en diable, tout en se situant sans aucune tricherie dans un décor mythologique, avec ses vrais villages Hopis, et ses vrais canyons! L'acteur a su trouver le ton parfait, et signe son premier chef d'oeuvre, voilà tout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks 1917 Allan Dwan