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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 18:25

Alan Crosland mérite mieux que le sort qui est actuellement le sien, celui d'une notule dans une histoire du cinéma qui en prime s'avère fausse: oui, il est bien le réalisateur de The jazz singer, sorti d'ailleurs quelques mois après ce film d'aventures, mais non, ce n'est pas un chef d'oeuvre, ni, bien sur, un film parlant: tout au plus un film muet et musical dans lequel on peut entendre une minute et cinquante secondes de dialogues... Et Crosland, après ça, a plus ou moins disparu des radars. Rappelons les faits: quand on fait appel à lui pour diriger les films de prestige de la Warner, Crosland est à la plus prestigieuse Paramount. Il réalise donc avec Don Juan un petit chef d'oeuvre d'exubérance, avec un John Barrymore qui semble avoir trouvé une nouvelle jeunesse. La mise en scène est splendide, et le film obtient un succès certain grâce à l'attraction de sa nouvelle technique de restitution du son: il est accompagné de musique enregistrée, parfaitement synchronisée. C'est le prélude au déferlement du cinéma sonore tel qu'il aura lieu deux ans plus tard. When a man loves, tourné et sorti un an plus tard, est la suite logique. Il s'agit d'une adaptation de Manon Lescaut, de l'Abbé Prévost.

Le film suit donc les aventures de Manon Lescaut et du chevalier Fabien Des Grieux, qui se sont rencontrés à la croisée des chemins, au moment où l'un s'apprêtait à entrer dans les ordres et l'autre au couvent. De quiproquo en coup de théâtre, de farce en attrape, et jusqu'au naufrage du navire qui les emmène aux Etats-Unis, le film déroule comme le faisait Don Juan le tapis rouge à une certaine amoralité joyeuse: c'est essentiellement pour des motifs égoïstes que Don Juan et Manon cherchent la liberté absolue, et leur amour fou leur fait provoquer des catastrophes dans lesquelles d'autres périront... On est loin du parcours de rédemption à la Fairbanks, par contre Barrymore, saute, se bat, virevolte, sans un temps mort. La photo de Byron Haskin est très belle, riche en texture, et les nombreuses scènes nocturnes sont fort réussies. Le scénario est du à Bess Meredyth, la future Mrs Curtiz, ce qui me fait émettre une hypothèse...

Crosland en avait encore pour un an avec ce statut particulier de metteur en scène de prestige à la WB, qu'il allait pourtant perdre: C'est à Lloyd Bacon qu'on confie l'important défi de tourner la suite logique de The Jazz Singer, The singing fool. Puis Curtiz, arrivé dans le but précis de réaliser des oeuvres ambitieuses, va hériter de Noah's ark, dont Dolores Costello, la vedette de When a man loves, mais aussi de Old San Francisco, un autre film de Crosland, sera l'héroïne. Et si Curtiz n'était pas venu, peut-être Crosland aurait-il pu continuer à tourner ses films extravagants, dont celui-ci est sans aucun dote possible l'un des meilleurs... La richesse de l'intrigue, le nombre impressionnant des figurants, la beauté des décors et a vitalité du montage, en font facilement un précurseur des Captain Blood, Sea Hawk, Robin Hood et autres chefs d'oeuvre... Haut la main.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927