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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 15:33
Le hasard (Krzysztof Kieślowski, 1981)

Il y avait un malentendu autour de Krzysztof Kieslowski, que ce film peut peut-être nous aider à écarter... ou à défaut alimenter: lors de sa découverte par l'intelligentsia Européenne, le cinéaste Polonais a tout de suite représenté un étendard pour plusieurs écoles, et il était de bon ton de lui attribuer toutes les vertus, tous les messages, mais surtout de faire de lui un compagnon de route des opposants Polonais du temps du communisme, notamment de Solidarnosc, tout en étant un porte-parole des Catholiques Polonais. Entre 1977 et 1988, il a en effet beaucoup fait tourner ses films autour de la période trouble de la fin des années 70 et du début des années 80, de l'arrivée de l'état d'Urgence et de la montée en puissance de Jaruzelski qui allait précipiter la répression, mais aussi affaiblir considérablement l'image du Parti aux yeux du monde entier. Et Le Hasard, critiqué par le parti et censuré de toute part, pouvait presque passer pour un pamphlet politique... Ajoutons à cela le Décalogue de 1988, ces dix films qui tournent autour des dix Commandements, et l'image d'Epinal d'un résistant catholique (Il ne croyait pourtant pas en Dieu, de son propre aveu) était née, avec la possibilité pour la presse Franco-française de se saisir enfin d'un cinéaste à sa mesure, avec les articles complètement bidons qui vont avec... Je ne cite pas de magazines, vous les reconnaîtrez.

Or, d'une part pour bien comprendre le metteur en scène, il s'agit de rappeler deux choses: premièrement, Kieslowski aime les séries, en particulier s'il peut s'adonner à ce petit jeu d'accumuler les résonances et contradictions internes, c'est son péché mignon pour parler de l'humain. Le Décalogue, avec son arrière fond vaguement religieux, est la preuve que l'artiste souhaitait surtout parler... de la Pologne, pas vraiment de Dieu. Et sinon, Kieslowski est à la base un documentariste objectif, qui n'avait de cesse à ses débuts que de peindre l'univers tel qu'il était sous ses yeux. C'est exactement ça, Le hasard: une série de trois possibilités pour un être humain suivant les circonstances de son entrée en gare: il attrape son train, il le rate ou il prend la décision de ne pas lui courir après, et la suite sera différente à chaque fois. Le cinéaste nous montre donc les trois destins possibles d'un homme. Engagé dans le Parti, résistant ou simplement entre les deux, Witek aura, de toute façon, des ennuis... Mais Kieslowski se refuse à juger, il nous laisse à notre propre interprétation, dans un jeu stimulant avec le spectateur qui va ramasser les liens entre les trois histoires d'une même personne amenée à choisir trois voies si radicalement opposées. Il en ressort le portrait d'une humanité malade de ses propres contradictions, et si le film a été censuré, c'est surtout par le portrait édifiant que le metteur en scène fat de la violence policière, ainsi que par la représentation d'une société corrompue dans laquelle chacun triche, composant avec un pouvoir auquel personne ne croit.

Le film est passionnant, mais si noir: on le voir lors d'un final glaçant, lorsque la dernière histoire, cele qui est la plus positive finalement, se termine sur une note d'espoir qui... Mais voyez plutôt le film, qui fera bien sur des petits: les Dix films du Décalogue (1988), les deux héroïnes de La Double vie de Véronique (1991), et bien sur les trois films de la trilogie tricolore Bleu (1993), Blanc (1993) et Rouge (1994).

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Published by François Massarelli - dans Krzysztof Kieslowski