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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 10:14
Wichita (Jacques Tourneur, 1955)

Mine de rien, Wichita est le premier film en Cinémascope de Tourneur, et mine de rien, le metteur en scène a réalisé une sacrée prouesse: en 1 heure et 21 minutes, chrono en mains, il nous brosse un super-western intrigant, riche et rempli à ras bords, à la fois de traditions gouleyantes, tout comme de frissons inattendus, on n'est pas le réalisateur de Cat People pour rien, et le fils de Maurice Tourneur s'y entendait comme pas un pour distiller en contrebande des ingrédients inattendus...

Tout commence dans l'Ouest, sur la prairie. Une troupe de cow-boys sales et mal rasés sont à la fin d'une étape de leur voyage: ils convoient du bétail et vont arriver à Wichita, Kansas, une ville construite par et pour les gens comme eux, une étape joyeuse pour les garçons vachers de passage, qui peuvent y trouver tout ce dont ils ont manqué dans leur voyage: du bon temps, un bon bain, de quoi boire, et des filles. La devise de la ville, c'est que "Tout est permis à Wichita". Mais avant l'arrivée, la troupe croise un inconnu, un cow-boy solitaire, Wyatt Earp (Joel Mc Crea) qui ne recherche rien d'autre qu'un peu de nourriture et un contact humain pour la nuit. La discussion s'engage autour de l'arme impressionnante que possède le nouveau venu, et dans la nuit, deux hommes tentent de le voler. Ce sera un échec, mais Wyatt Earp va ainsi se faire des ennemis farouches. Il arrive le lendemain à Wichita, où il empêche le bon déroulement d'un hold-up, en présence de Mc Coy (Walter Coy), le négociant tout puissant de la ville, et de sa fille (Vera Miles): les notables vont bien vite demander à Wyatt Earp de se charger de pacifier la ville... puis vont le regretter bien vite...

Earp n'est pas ici le héros romantique malgré lui de Henry Fonda dans le film de Ford, il n'est pas non plus le redresseur de torts professionnel d'autres films: il est un homme capable, mais qui garde ses mystères. Son apparition le rend fantomatique, presque surnaturel, et il défie à sa façon la logique des cow-boys, avec son pistolet plus grand que les colts des Texans, plus lourd aussi, mais qu'il est toujours plus rapide q'eux dégainer. C'est un maverick, mais il est aussi doté d'un sens moral exceptionnel. Il anticipe tout, et s'il a un passé (Comme à leur façon Shane, et son remake virtuel, le "pale rider" d'Eastwood, deux autres justiciers laconiques célèbres), celui-ci n'apparaîtra pas dans le film. Un effet de surprise formidable est apporté par l'arrivée en ville de Morgan et Jim Earp, les deux petits frères, qui le complètent si bien: durant un temps, ils se présentent comme des tueurs venus pour l'assassiner, puis se révèlent; qui les a prévenus de la présence de leur frère à Wichita? on ne le saura pas vraiment... Mais ce héros super-positif, qui est en lutte avec les malfrats, est aussi en lutte avec les braves gens de la ville, pour lesquels le cow-boy apporte des dividendes nécessaires, et ils voient donc d'un mauvais oeil ce redresseur de torts qui ose les mettre en prison puis les chasser de la ville. Earp est bien vite en lutte contre une corporation et des notables, sans bien sur que ça dégénère comme dans le baroque High plain drifter, de Clin Eastwood, mais la menace qui pèse sur le justicier fait bien vite que Earp doit faire face à deux oppositions, plutôt qu'une.

Du coup, ce western aux apparences classiques devient très vite l'histoire d'un homme vertueux contre un système capitaliste gangrené par une certaine forme de corruption, et la bataille de la civilisation contre la barbarie acceptable... Le film n'hésite pas à nous indiquer dans quelle direction porter notre partialité, en montrant la mort accidentelle d'un enfant dans une orgie de coups de feu qui dure bien trois minutes. Et le film se transforme alors en une tragédie de civilisation qui dépasse joliment le cadre westernien...

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Published by François Massarelli - dans Western Jacques Tourneur