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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 08:55
The lost patrol (John Ford, 1934)

Ceci est la première production indépendante de Ford pour la RKO, en collaboration avec son ami Merian C. Cooper et clairement les deux hommes y ont apposé leur marque... C'est un film d'hommes, d'une part parce qu'il n'y a pas une seule femme à l'horizon (Même si on parle d'elles parfois, en des termes d'ailleurs pas vraiment sacrés!), ensuite parce qu'il y est question d'aventures à l'ancienne, de situations dangereuses, et n'est-ce-pas, autres temps, autres moeurs... Le film commence bille en tête par la mort d'un homme: en uniforme colonial, un jeune officier à cheval s'avance dans les dunes, et soudain tombe: il a été frappé à mort par une balle. Un autre homme le rejoint et constate le décès, puis prend les commandes de la patrouille. Une dizaine d'hommes, jusqu'ici hors champ, les attendaient derrière. La situation est grave: l'officier était le seul au courant des données de la mission, et le sergent (Victor McLaglen) va devoir prendre la suite, sans rien savoir... Et les hommes, attaqués par des tireurs embusqués, vont se réfugier dans une oasis où ils vont se faire, les uns après les autres, tirer comme des lapins. Mais pas seulement: l'affrontement sera aussi interne, car le Sergent va devoir lutter aussi contre Sanders (Boris Karloff), un aumônier que le soleil a dangereusement transformé, et qui devient peu à peu un fou de Dieu irresponsable, qui va jusqu'à provoquer autour de lui la mort de ceux qu'il juge en permanence...

Filmé en Arizona et en Californie, le film est constamment situé en extérieurs, sous un soleil de plomb, dans des dunes dont on n'a aucune difficulté à admettre qu'elles sont authentiques. Sous le patronage de Cooper, Ford a tourné un film d'aventures qui est à des années lumières d'une honnête production ficelée en studio comme The black watch. Grâce à la collaboration avec RKO, Cooper a obtenu sans aucune difficulté la participation de Max Steiner, qui va d'ailleurs rafler un Oscar pour sa bande originale... Et le script signé Dudley Nichols, oppose avec adresse les caractères, en permettant bien sur les numéros d'acteurs. Outre les deux plus spectaculaires, on remarque une belle brochette d'acteurs Britanniques, Irlandais, Sud-Africains ou Australiens, Billy Bevan, Brandon Hurst, Reginald Denny et Wallace Ford... Mais la prestation de McLaglen cimente le film, il est, comme toujours, impressionnant, en homme qui à l'origine n'est pas taillé pour assumer la responsabilité complète d'un groupe d'hommes, en éternel sergent, mais qui va devoir quand même, avec rigueur et énergie, relever le défi. Et on est loin des sergents de pacotilles de ses apparitions dans les films de cavalerie!

Très court, et entièrement composé d'images d'une beauté et d'une rigueur impressionnante dans leur composition, The lost patrol ne sacrifie pas encore, comme le fera The informer l'année suivante, à la tendance post-expressionniste de Ford, à laquelle il revenait de temps à autre depuis Upstream et Hangman's house. Relativement anodin, le film est très distrayant, et la plongée en enfer de ces hommes livrés à leurs démons, incarnés par un ennemi qui restera invisible pour l'essentiel de la durée du film, est une de ces études des groupes humains en difficulté qui sera toujours un thème intéressant pour Ford. L'arrière-plan religieux est ici, comme on s'en doute pour le Catholique Ford, d'une grande importance. Il oppose d'ailleurs, on ne s'en étonnera pas, les Irlandais pragmatiques et portés sur la fraternité, ainsi que l'athée Brown, au rigoriste Protestant Sanders, qui s'enferme dans le mépris intolérant pour tous ses camarades, au fur et à mesure de la montée de sa folie ...Qu'il me soit toutefois permis de dire à quel point je trouve Boris Karloff exécrable ici: il prouve que parfois, on ne peut pas trouver de limite à la notion de faire trop.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code