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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 18:26

Les films de P.T. Anderson sont malaisés, à la fois fascinants et irritants dans leur rigueur, mais aussi dans leur jusqu'au-boutisme. On y rentre parfois à reculons, et les zones d'inconfort sont nombreuses. Rien de nouveau de ce côté, le film est long, et repose pour une large part sur des plans étirés, magnifiquement rendus (C'est du 65 mm, vous vous rappelez, la pellicule?), et qui reproduisent une époque dans ses moindres détails:ceux qu'on a vus et revus au cinéma (Les coiffures, les vêtements, les voitures...) et ceux qu'on n'a pas l'habitude de voir: toute une vie intime, l'alcool, la violence, le sexe, la folie. Et l'époque choisie, après les années 70 de Boogie nights, et la fin du XIXe siècle dans There will be blood, est cette fois les années qui ont suivi la guerre et la capitulation du Japon.

Fredie Quell (Joaquin Phoenix) est un marin démobilisé, qui tente un retour chaotique à la vie civile. A-t-il laissé une part de son humanité au combat? Ou bien est-il comme ça dès le départ? Quoiqu'il en soit, il est violent, incontrôlable, querelleur, direct avec les femmes... Il va croiser le chemin d'un homme pas ordinaire, Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffmann), un philosophe/charlatan, qui est le "maître" auto-proclamé d'un mouvement spirituel intitulé "La Cause", qui tente de se substituer aux autres religions, en imposant une introspection à ses membres. Le but avoué est de les débarrasser de tout lien à l'animal. Inutile de dire que pour "Le maître", Quell est une recrue de choix, et pour Quell, la cause va lui donner une mission, quelque chose en quoi croire... cela va-t-il l'aider pour autant?

Le film a beau suivre le parcours de Quell, gueule cassée interprété par un acteur habité, génial de bout en bout, on a le sentiment que tut repose dans la confrontation entre l'homme sur-cultivé, l'intellectuel flamboyant (Philip Seymour Hoffmann en gourou, ça vaut bien sur le détour) et la brute épaisse. Une scène, filmée en plan fixe les montre tous les deux jetés en prison dans deux cellules voisines, et pendant que Dodd, calmement, évalue la situation, Quell détruit, en donnant coups de pieds et coups de tête partout, sa cellule. L'un pulvérise ses toilettes, l'autre les utilise en attendant d'y voir plus clair... Preuve que si on le veut bien, on trouvera un humour d'une grande subtilité chez Anderson, entre deux scène inconfortables... Néanmoins, les parti-pris ne sont pas toujours faciles à admettre, et sans jamais être rébarbatif, The master reste un objet assez unique. Il faut dire aussi que Quell, l'homme-animal violent et impulsif, n'est pas le plus glamour des héros de cinéma. Malgré tout, cette plongée dans la société des jeunes années 50, ouverte à toute nouvelle possibilité, et qui tente d'étouffer la violence qui l'a construite durant quatre années de guerre, vaut le détour.

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson