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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 09:22

1970, en Californie, sur une petite commune côtière: a priori, un bel endroit pour y situer un film de Paul Thomas Anderson, qui aime tant reconstituer dans leurs moindres détails les époques qu'il explore: la fin des seventies dans l'industrie du porno (Boogie Nights), la fin du XIXe siècle au nord-ouest (There will be blood), ou encore les Etats-Unis du début des trente glorieuses (The Master). Place donc à l'intrigue chargée en péripéties et personnages d'un roman noir de Thomas Pynchon, dans lequel on suit les aventures aux vapeurs d'herbes aromatiques d'un prvé d'un nouveau genre, Larry "Doc" Sportello (Joaquin Phoenix), qui reçoit une demande inattendue de son ancienne petite amie, Shasta (Katherine Waterston). Elle pense que des escrocs réunis autour de son actuel petit ami, un homme riche et très médiatique, trament des trucs pas honnêtes. Parmi eux, l'épouse légitime. Tenter de résumer le reste de l'intrigue serait inutile, puisque suivant la bonne vieille règle d'or du film noir (The Maltese Falcon, The big sleep, Laura en tête), je n'ai pas compris grand chose: trop de personnages, trop de développements... Ce n'est en aucun cas une critique, puisque je m'en fous complètement. Ce n'est, une fois de plus, pas le sujet. Dans un film noir, l'intrigue est un McGuffin. Peu importe ce qu'il cherche, du moment que le détective privé ait une enquête à mener, c'est tout ce qui compte. Le reste, c'est de l'atmosphère, une ambiance, une galerie de portraits, et un voyage plus ou moins initiatique dans lequel le héros va changer, s'améliorer, et pour autant qu'on puisse en juger, pencher du bon côté de la morale.

La galerie de portraits, justement, est succulente, dans un Los Angeles post-hippie, où la drogue s'est installée dans le quotidien des gens entre la poire et le fromage, et dans lequel la reprise en main par la majorité silencieuse qui a voté Nixon en 1968 n'a pas encore effectué tous ses ravages. Coy (Owen Wilson), un saxophoniste légendaire, a-t-il disparu? Shasta, la belle et douce jeune femme, joue-t-elle un double jeu? Que faut-il chercher au siège de "The golden fang": une association de dentistes, ou le siège d'un trafic d'héroïne multinational? et quel rôle y joue l'étrange dentiste camé jusqu'au sourcils joué par Martin Short? Enfin, que jeu joue Bigfoot (Josh Brolin), le flic à la coupe en brosse impeccable dont Larry peut sans doute se targuer, même si c'est embarrassant pour les deux, d'être son ami? Autant de questions auxquelles Larry va essayer de répondre, en se déguisant parfois, en portant des sandales le plus souvent, et en ne se lavant jamais les pieds. Par contre, il va y avoir une consommation impressionnante d'herbe qui fait rigoler comme un nigaud...

Constamment sur le fil entre comédie parfaitement assumée, mais comédie à froid, et une certaine impression de découverte de la fin de l'innocence, entre pathos et parodie, le film est impeccable, on sait qu'on y reviendra, pour reprendre un peu de cette impression d'avoir passé du temps en contrebande dans une autre époque, dans des lieux mythiques et probablement disparus. Anderson le filme avec rigueur et comme d'habitude livre une somme, 148 mn, largement dominées par des plans-séquences magistraux, son péché mignon, et des images fortes, à la narration off (Toujours le spectre du genre "noir") menée par un petit bout de bonne femme qui reste gentiment à l'écart de l'action... ou pas?

Et pour finir, le film a été promu par de nombreuses bandes-annonces. Ne croyez pas celles qui donnent l'impression qu'il s'agit d'un nouveau Lebowski. ce serait une erreur, non que le film des frères Coen soit indigne, loin de là, mais ce sont bien deux films différents, très différents même, en dépit de leurs similarités (Californie, détective loser, drogue, enquête aux ramifications délirantes, etc...).

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson Noir