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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 09:11

Le tout premier film de longue haleine de Jeunet, co-réalisé avec Marc Caro, est un objet bien éloigné d'Amélie Poulain, on peut en être sur. Il est situé dans un bunker, comme le titre l'indique, dans lequel un certain nombre de soldats aux crânes rasés, avec des uniformes évocateurs des dictatures passées, aussi bien des nazis que des Russes, retranchés derrière la routine ordonnée de leurs journées: interrogatoires, tortures, surveillances, etc... Bref, des militaires, quoi. Mettez un peu d'imprévu là-dedans, que va-t-il se passer? Eh bien justement, un des soldats en patrouille découvre un compteur enclenché, à rebours. Le décompte va vite... Qu'y a -t-il au bout? La panique et le chaos vont bien vite l'emporter sur le rigueur, l'ordre et la méthode. Bref, dans ce bunker futuriste, il va y a voir du grabuge...

C'est après un autre film, Le manège (1979), réalisé par Jeunet seul, mais sur lequel Caro avait modelé des petites créatures inquiétantes, que Le bunker avait été réalisé. C'est une oeuvre ambitieuse, qui mêle prises de vues réelles et animation image par image, dans un noir et blanc tiré en sépia, agrémenté de touches de couleur. Le film est muet et sonore, mais il n'y a pas le moindre dialogue... Ce qui domine, c'est un humour à froid, très froid même, qui est à la frontière de ce qu'on a appelé le cyber-punk, et qui était très à la mode en ce début des années 80 dans la bande dessinée et l'univers visuel européen. Même si le film est une vaste blague, avec ses soldats certes fascisants, coincés dans des routines absurdes et qui se comportent tous comme des abrutis (La palme revenant au personnage principal, interprété par Marc Caro: avec son rictus et son crâne rasé il a tout du skinhead. Et comme il dessoude à tout va...), il met très mal à l'aise, par son esthétique plus qu'évocatrice... A rapprocher toutefois du grinçant Manège, qui montrait déjà un monde des faubourgs à la Delicatessen, mais dans lequel les créatures humanoïdes de Caro étaient tous des petits Nosferatu. Reste que Caro était un peu le mauvais génie de Jeunet, à cette époque, celui qui allait le pousser vers le cauchemar (Des aspects de Delicatessen, la majeure partie de La cité des enfants perdus) avant que Jeunet seul ne s'attaque un peu au rêve.

Marrant de constater que le film Pas de repos pour Billy Brakko (1984) adapté par Jeunet seul de l'oeuvre de Caro, justement, ressemble à un énoncé du choix entre ces deux univers: on y raconte avec humour, par des collages typiques du réalisateur, la vie et la mort d'un anti-héros, joué d'ailleurs par Caro (Avec des cheveux!), mais à la fin inévitable, noire du personnage, la voix off de Jean Bouise propose une alternative cartoon... Les deux auteurs de ce Bunker savaient donc jouer de leur ambiguité. C'est rassurant, parce que dans Le Bunker... on entend distinctement le bruit des bottes.

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Science-fiction