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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 17:06

Paul Leni,dans les années 20, est connu surtout pour un film, lorsqu'il arrive aux Etats-Unis en 1926. Il a été engagé par la Universal sur la foi du seul Das Wachsfigurenkabinett (Le cabinet des figures de cire), un film authentiquement expressionniste - et parodique, car ce n'est pas incompatible - qu'il a tourné en 1923, et dont il a été le décorateur. C'est surtout pour ce dernier aspect de son métier qu'il était connu en Europe, mais qu'importe: à l'heure où la Fox importe à grands renforts de publicité Murnau, la petite Universal est contente de pouvoir jouer dans la cour des grands... Et a vraiment tiré le bon numéro, car même s'il ne reste à Leni que trois années à vivre, son passage à la Universal laissera des traces profondes...

Un homme meurt, seul dans sa maison sinistre. Il laisse un testament, qui est énigmatique: il ne doit pas être ouvert avant vingt ans. Vingt ans plus tard, donc, le notaire Maître Crosby (Tully Marshall) convoque la famille. Ils sont six, an plus de l'énigmatique, pour ne pas dire sinistre, fidèle gouvernante de la maison, "mammy Pleasant" (Martha Mattox): parmi eux, deux jeunes gens dont on devine très vite qu'ils feront un gentil couple, l'habitué des films de maison hantée Creighton Hale, et la star des comédies légères de la Universal, Laura la Plante. C'est elle qui va hériter, mais c'est autour d'elle que les ennuis vont se cristalliser durant la nuit, une nuit durant laquelle personne ne va dormir. Les événements étranges, terrifiants, vont se déchaîner: un homme va disparaître et mourir, un prisonnier évadé et son gardien de prison vont semer la panique, des mains étranges et effrayantes vont sortir des murs, et... un monstre va faire son apparition.

Ce film est une comédie de maison hantée, un genre qui existait déjà, et obéissait à des lois d'airain: pas de logique, tout dans le frisson gratuit, et surtout, beaucoup de moments de comédie pour contrebalancer l'effroi... Mais en reprenant la pièce de John Willard et ses portes qui claquaient, Paul Leni a tout bonnement inventé le fantastique Américain, à des années-lumière des expériences ratées de Roland West (The monster , The bat, tous les deux mollement adaptés fidèlement de pièces du même genre), et en allant bien plus loin que ne l'avaient été à leurs façons respectives Tod Browning et Rupert Julian (Dont The phantom of the opera, tourné deux ans plus tôt pour la Universal, était encore dans toutes les mémoires...). En utilisant aussi bien une mise en scène d'une grande sophistication, des mouvements de caméra splendides, le clair-obscur, la profondeur de champ, le flou, le montage parallèle, la composition, les ombres; il utilise au mieux la caméra mobile, et nous plonge dans l'effroi de ses personnages en s'amusant comme un fou: il fait un film-somme qui est encore imité aujourd'hui. C'est un film parodique à énigme, il n'y a donc aucun message, juste du cinéma pur... Mais ce brillant exercice de style a montré la voie à la compagnie, qui a demandé d'autres frissons à Leni. Tous n'ont pas survécu, mais la grande étape suivante, c'était le merveilleux The man who laughs, adapté de Victor Hugo. La compagnie était en marche, irrémédiablement, vers Dracula et Frankenstein. Merci qui? Merci Paul Leni.

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Published by François Massarelli - dans Paul Leni Muet 1927