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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:05
The scarlet empress (Josef Von Sternberg, 1934)

Dans la guéguerre pour le prestige orchestrée à coup de publicité par les deux studios concurrents qu'étaient la MGM et la Paramount, j'ai souvent choisi mon camp: pour la MGM et Garbo, contre la Paramount et Dietrich. Parce que voilà, elle a joué dans des films formidables, mais je n'aime pas Dietrich. Et Sternberg parlant ne m'intéresse pas énormément, surtout ne navet insupportablement kitsch et ridiculement lent qu'est L'ange bleu. Et surtout, elle chantait... Du moins elle essayait, la pauvre.

Mais ce film, c'est vraiment différent... Jusqu'où The scarlet empress était-il une réponse de la Paramount à la MGM, de Dietrich à Garbo, de Sternberg à Mamoulian, je ne le sais pas, mais il venait une année après Queen Christina, déjà un film sur le pouvoir (et la solitude forcée qui en découlait), et déjà un film qui ne se privait pas d'étaler, avec élégance, des conduites qui devaient certainement être immorales aux yeux circonspects des plus puritains des Américains. Mais le film de Sternberg enfonce joyeusement le film de Mamoulian, à tel point qu'on pourrait lui attribuer une grande part du retour programmé de la censure avec le renforcement du code Hays qui se profilait à l'horizon...

Nous faisons la connaissance de la jeune Princesse Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg, une petite Allemande destinée à être un jour l'épouse d'un prince Russe. Elevée dans les contes formidables mais morbides des grands monarques et empereurs Russes, elle doit un jour quitter son pays pour rejoindre Moscou, à la demande de l'impératrice Elizabeth (Louise Dresser) qui la destine à épouse son neveu Pierre, futur Tsar (Sam Jaffe). ce dernier n'aura aucun intérêt pour elle, préférant passer du temps à jouer au soldat, ou en compagnie d'une autre. Elle va vite trouver à se consoler. Mais à la mort de l'impératrice, Pierre prend le pouvoir, et s'aliène non seulement son épouse, mais aussi l'armée... Un coup d'état menace...

Louise Dresser, en 1925, était Catherine II dans The eagle de Clarence Brown: une impératrice qui savait déjà ce qu'elle voulait, à savoir passer du temps en compagnie des jeunes officiers de sa garde impériale, contre leur gré d'ailleurs. On pourrait aisément imaginer, à la fin de ce film, une impératrice Dietrich qui assoirait sa domination de cette façon, mais pour l'heure le film est un conte cruel surprenant, adulte, dans lequel une jeune femme préparée sans le savoir par les histoires sadiques qu'on lui racontait à l'heure du coucher, devient la toute-puissante impératrice de Russie. Si Garbo-Christine vacillait puis abdiquait par amour, Catherine triomphe en décidant se débarrasser de ses sentiments, et en laissant libre cours à ses appétits. le sexe, bien sur, et le pouvoir vont ici de pair, et les hommes vont apprendre à affronter bien meilleure qu'eux à ce petit jeu...

Sternberg est sans doute à son apogée baroque ici, avec ces images étranges, tournées dans des décors envahissants et qui tous renvoient à la fois au sexe, à la religion et au sadisme: des sculptures d'hommes difformes, chargées, figés en des gestes à la fois religieux et profanes, et des lumières qui proviennent de partout, projetant de nombreuses ombres. Et à plusieurs reprises, le film s'emballe, dans des montages délirants qui mêlent des images semblant venir de partout. En particulier, bien sur, pour les images les plus dures à supporter pour la censure, qui en quelques plans, dénoncent les turpitudes les plus hallucinantes imposées à leurs sujets (Surtout les femmes) par les grands empereurs qu'étaient Pierre le Grand et Ivan le Terrible: décapitations, tortures diverses. Le plus fou, c'est qu'on ait laissé passer ces images, comme on a laissé passer le fameux bain de Tarzan et Jane dans Tarzan and his mate! Mais en guise prologue pour le plus extravagant des films de Sternberg, c'est tout à fait approprié. D'autant que ces horreurs sont sciemment fondus et enchaînées avec une séquence durant laquelle l'encore innocente Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg fait de l'escarpolette... Cette juxtaposition, bien sur, entre les horreurs qui ont gavé son imaginaire et son apparente innocence n'est pas un hasard de montage. Le film n'aura jamais la moindre tentation de donner à l'héroïne une quelconque excuse de vouloir participer à cette quête horrifique du pouvoir, dont il suggère qu'elle l'assoira par le sexe, et le maintiendra par la terreur...

Quant au reste, c'est probablement de l'histoire, ça n'a donc que peu d'intérêt dans cette discussion.

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code