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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 09:17

Dans New York, que des centaines d'immigrants rejoignent chaque jour, on découvre un réseau de prostitution, qui est essentiellement consacré à cueillir les nouvelles arrivantes directement à la source, mais pas seulement... Tourné presque en contrebande, réaliste et rempli d'images fortes, ce film est le premier long métrage produit par Universal... à leur insu toutefois. La rocambolesque histoire du tournage de ce film est aujourd'hui bien documentée, en particulier par Kevin Brownlow qui accorde une place de choix à ces six bobines dans son livre Behind the mask of innocence, qui s'intéresse aux tendances sociales, réformatrices et progressistes dans le cinéma muet Américain... Pour faire court, disons que Tucker et le producteur et scénariste du film, Walter McNamara, souhaitaient se lancer dans un film qui dénoncerait les réseaux de prostitution, très actifs à partir des lieux d'immigration, et bien sur en premier lieu à New York, où les ferries venant de Ellis Island débarquaient. La Universal ne souhaitait pas donner suite à un tel film, puisque la spécialité de la compagnie de distribution restait les courts métrages de deux bobines, et les longs métrages n'étaient pas encore l'usage. En tournant directement dans les rues, y compris les lieux réels de l'action, Tucker et son équipe ont fini le film, l'ont monté, et l'ont quand même proposé à Carl Laemmle, qui a bien été obligé d'accepter le cadeau. et inévitablement, le film spectaculaire a fait des petits...

Le film commence par installer une intrigue et ses personnages, et il est frappant de voir le nombre de protagonistes que Tucker et McNamara ont convoqués: l'histoire commence par nous montrer une famille, faites de deux soeurs qui travaillent dans une confiserie. L'aînée, Mary (Jane Gail) est la plus sage des deux, mais Lorna (Ethel Grandin) est pour sa part encore délurée, et par exemple elle est systématiquement en retard. Leur père est un inventeur malchanceux, qui a pourtant perfectionné un système d'enregistrement très fidèle de la voix. Cela va d'ailleurs servir l'intrigue plus tard... On fait également la connaissance de Burke, jeune agent de police interprété par Matt Moore, qui va lui aussi jouer un rôle crucial. C'est le fiancé de Mary, un policier incorruptible. Puis, le film nous amène au plus près du système, nous présentant les "rabatteurs" et leur technique, nous montrant un bordel vu de l'intérieur, sans être trop graphique bien entendu, mais la présence d'une "madame" et de ses filles, certaines pas forcément contentes d'être là, sont on ne peut plus explicites. Enfin, l'intrigue incorpore aussi les images de la vie d'une famille de la bonne société, les Trubus: le père est à la tête d'une association de charité, et s'apprête à marier sa fille avec un riche héritier. ce que ni sa fille Alice ni son épouse ne savent, c'est que 'honorable M. Trubus, sous couvert de charité, est en réalité le patron du réseau de trafic de chair fraîche... C'est à la faveur d'une bavure de son équipe, qui tentait de s'approprier deux jeunes soeurs Suédoises fraîchement débarquées, que la police, et en premier lieu Burke, va commencer à mettre le nez dans les petites affaires de Trubus. Mais il faut faire vite, car Lorna a disparu...

Tucker a privilégié autant qu'il le pouvait des scènes captées en extérieurs réels, dans les rues mêmes de New York, et cette bonne idée porte ses fruits. le film est marqué par un jeu très naturaliste pour l'époque, et par des scènes très physiques: un raid sur le bordel est filmé d'une façon spectaculaire, et la sortie sous caution d'un des bandits arrêtés précipite un mouvement de foule très impressionnant à regarder. Le montage accélère au fur et à mesure de la progression de l'intrigue, et si de nombreux éléments renvoient bien sur au mélodrame, des choix éditoriaux novateur permettent d'éviter tout simplisme dogmatique: oui, la soeur qui va se faire attraper était la plus délurée, mais cette tentation de simplifier selon les codes moraux alors en vigueur est largement contrebalancée par le fait que dans toute cette histoire, c'est toute la bonne société et ses mensonges qui sont pointés du doigt. Tucker ne fait pas dans la dentelle, mais il dénonce malgré tout une Amérique à deux vitesses, qui n'est pas, loin s'en fait, le meilleur des mondes. Il le fait dans un film qui en prime a permis d'établir l'importance du cinéma en tant qu'agitateur d'idées, et bien sur comme lanceur d'alertes. Les conséquences de ce film qui fut un grand succès en même temps que la source de scandales, ne furent pas que cinématographiques. Il est dommage que les films de Tucker n'aient pas tous survécu, et il est dommage aussi que le metteur en scène, considéré avant les anées 20 comme l'un des plus grands, ait été emporté en 1921 par une longue maladie en 1921, à l'âge de 41 ans.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913