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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 08:12

David Frost (1939 - 2013) et Richard Nixon (1913 - 1994): le Britannique et l'Américain, le jeune bourgeois Anglais et l'enfant du peuple issu de la misère en Californie, la bête de télévision et la bête de politique: a priori, à l'époque, personne n'aurait imaginé un instant qu'ils puissent se rencontrer... Tout commence en 1974, avec la démission de Nixon, qui abandonne la présidence des Etats-Unis après la tourmente du Watergate. Premier président à avoir démissionné, il l'a fait sous la pression politique, et savait que la pression de la population était aussi forte. Cas unique dans l'histoire des Etats-Unis, Nixon qui a trahi le pays de façon répétée n'a pourtant pas attendu longtemps pour se voir exonéré: à peine un mois après sa démission, il a bénéficié d'un pardon total et sans condition de la part de son successeur, son ancien vice-président Gerald Ford. Ce qui laissait dans l'insatisfaction un certain nombre d'Américains, soucieux de voir l'ancien homme fort du pays reconnaître ses crimes, demander pardon, voire passer en jugement.

Arrive alors David Frost: cet ancien comédien, qui avait participé à cambridge à des revues très prisées et très côtées des Universités Britanniques, et qui était devenu un présentateur d'émissions de variété, très populaire aussi bien en Angleterre qu'en Australie, vivait dans l'attente de ce qu'il envisageait comme sa consécration: réussir sur les médias Américains. Son idée était simple: en voyant Nixon donner son allocution télévisée en Aout 1974 pour annoncer sa démission, l'indécrottable homme de télévision qu'est Frost avait vu un drame humain, un moment extraordinaire... et avait surtout vu es chiffres d'audience. Donc dès ce moment, il a tout fait pour obtenir des services de l'ancien président une interview... Et rassemblé autour de lui des hommes d'expérience et des experts pour mener sa tâche à bien. D'autant que Frost ne compren rien, mais alors rien, à la politique... Parmi les experts, des journalistes politiques, des spécialistes et un complice, son ami et producteur John Birt.

C'est donc cete histoire que raconte ce film, le meilleur haut la main de Ron Howard, et qui conte l'invraisemblable odyssée de ce novice qui prend un sujet bien au-dessus de ses capacités, pour changer sans doute à la fois l'histoire de la télévision, mais aussi le rapport des médias au politique. C'est que NIxon, et Frank Langella le joue à fond dans ce registre (Il est absolument fantastique), est un homme politique à l'ancienne: s'il brille, c'est d'abord et avant tout par sa voix, son débit, sa présence... son image, il en souffre, comme il le sait si bien depuis l'élection présidentielle de 1960, qu'il a perdue contre son ennemi juré John Kennedy justement parce que celui-ci, au moins, passait bien à la télévision! Pourtant, et le premier entretien va le révéler à un Frost désarçonné, Nixon est un tueur. Un homme froid, calculateur, infaillible, qui ne ferait qu'une bouchée du malheureux journaliste auto-proclamé, si... Mais voyez le film.

Michael Sheen est extraordinaire en David Frost, un personnage que les Monty Python ont souvent parodié avec succès, tant il représentait une catégorie à part dans l'histoire d ela télévision... Il est un playboy sur de son image de gendre parfait, qui parcourt le mond eet les femmes en séduisant à tour de bras. Pour lui, le travail, c'est jusqu'à cette expérience qui va le changer, essentiellement une affaire de carnet d'adresses, et une simple histoire de mettre en relation les bons experts. Pour le reste, il fait confiance à son image et à sa bonne étoile. Les deux protagonistes vont donc s'affronter, et... l'un d'entre eux va profondément changer. L'autre, ma foi, va utiliser cette tribune pour passer à l'étape suivant de sa carrière politique, celle où justement il va réaliser que cette fois ci, c'est cuit, il ne reviendra plus...

La bonne idée, sur laquelle on attendait de toute façon Ron Howard, c'est qu'à aucun moment, le point de vue qui est exprimé n'est critique à l'égard de Nixon. Nous assistons à une joute dont le résultat est déjà connu, cele d'un président vieilli face à une opinion hostile mais fascinée. Il a déjà démissionné, donc l'enjeu n'est pas, plus la justice. Et Howard s'intéresse surtout à cet extraordinaire mécanique télévisuelle, aux rouages que l'un maîtrise (Frost), et dont l'autre se méfie avec raison. Sans en exagérer l'emploi, et de façon bien plus convaincante qu'Oliver Stone pour son JFK, Howard dresse dans la première demi-heure un portrait formidable d'une Amérique en crise, à travers un kaléidoscope d'images volées, trafiquées, ces extraits de journaux télévisés, ces flashses spéciaux, etc. Et il nous invite dans l'inimité de "son" Nixon, dont nous allons voir les facettes rendues publiques par la diffusion des fameuse bandes. Car Howard n'ira pas plus loi, si l'intimité dun personnage est dévoilée, c'est plutôt celle de Frost, véritable héros, un peu malgré lui, de cette saga télévisuelle, dans laquelle Ron Howard nous montre comment les médias nourrissent les crises, mais plus encore s'en nourrissent.

Et en plus c'est souvent drôle.

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Published by François Massarelli - dans Comédie