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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 17:06

Moins connu, moins étanche que d'autres films de la même époque, notamment les deux films de Hawks qui virent se rencontrer Bogart et Bacall (To have and have not, et The Big Sleep), Dark passage est étonnant: c'est un film noir, avec son lot de passages obligés, de scènes nocturnes, de suspense et sa situation de danger extrême dans laquelle un personnage va devoir faire preuve d'ingéniosité pour éviter de tomber plus avant dans les ennuis. Mais c'est aussi un film plus baroque que les autres du genre, certainement plus invraisemblable aussi, qui a le culot de prendre le contre-pied des canons du genre avec un aplomb renversant...

Tout commence par une évasion médiatique: Vincent Parry (Humphrey Bogart), condamné à la prison à vie pour le meurtre de son épouse, a décidé de prendre la poudre d'escampette du pénitencier de San Quentin (Californie) dans le but de trouver une chance de se disculper. Mais s'évader, c'est bien joli, mais que faire une fois dehors? Vincent commence par rencontrer un promeneur dans une vieille guimbarde, mais le conducteur a bien vite la puce à l'oreille. C'est alors que les deux hommes sont dans un fossé sur le bas-côté de la route, Vincent ayant décidé d'assommer l'autre homme, qu'une autre voiture s'arrête, et que la jeune Irene Jansen (Lauren Bacall), appelant Parry par son nom, lui offre de l'amener à san Francisco. Il ne l'a jamais vue... Les questions vont fuser, certaines vont rester longtemps sans réponse, d'autres ne feront pas attendre le public trop longtemps: qui est cette jeune femme, comment connait-elle Parry, et quel but poursuit-elle? Pourquoi la meilleure ennemie de Parry (Agnes Moorehead) connait-elle Irene? Comment se cacher lorsque son visage est sur toutes les premières pages des journaux tous les matins? et bien sur: qui a tué l'épouse légitime de Parry si ce n'est pas lui?

Le début du film est gonflé, car si on entend sa voix à plus d'une reprise, on ne verra jamais Bogart. Daves a décidé, simultanément à Robert Montgomery qui réalise pour la MGM The lady in the lake, de faire une expérience de caméra subjective, et nous montre donc toute l'évasion et l'arrivée à San Francisco sous le point de vue de Parry. C'est assez réussi, et le metteur en scène combine ce dispositif avec des plans-séquences qui ajoutent à l'extrême tension dans laquelle évolue le personnage. Une fois son visage changé, Bogart peut enfin se montrer, mais Daves maintient la pression, dans la mesure où le personnage vit clairement au jour le jour. Une scène voit l'acteur jouer un personnage aux abois, tremblant face à un inspecteur qui le soupçonne... La performance est plus que notable, et donne au film une alure inattendue, celle d'une étude de la vie d'un coupable par un homme qui ne l'est pas: un cousinage Hitchcockien, en quelque sorte. Et Daves nous surprendra en permanence, en ne faisant jamais ce qu'on attend. Bien sur, c'est un procédé, mais ça nous donne un ensemble de possibilités qui débouchent sur un film invraisemblable, oui, truffé de coïncidences, certes, mais tellement prenant! Et le film répond à toutes les questions qu'on se posait, y compris bien sur à celles qu'on ne posait pas d'ailleurs, tout en nous livrant un personnage e=haut en couleurs de vieille bique: Agnes Moorehead. Elle avait du génie.

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Published by François Massarelli - dans Delmer Daves Noir