Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 08:53

Alan Parker est capable du pire, et sinon du meilleur, en tout cas de l'acceptable voire de l'intéressant: son film Mississipi burning par exemple est une vision (Blanche, et exclusivement blanche, mais passons) intéressante de l'histoire compliquée de la lutte contre le Ku-Klux-Klan, et The commitments est une merveilleuse plongée dans l'intimité d'un groupe amateur... A côté, on ne compte pas les navets (Birdy, Evita, et, c'est très personnel, l'abominable Pink Floyd the Wall, mauvais film illustrant dans le ridicule intégral un très mauvais disque d'un groupe de rock surévalué)... The life of David Gale appartient à la catégorie "grands sujets" du metteur en scène, qui contient aussi Midnight express, Mississipi burning ou d'autres... Et c'est un film parfaitement révoltant.

Il semble qu'aux Etats-Unis, le seul argument "grand public" pour vendre l'opposition à la peine de mort soit le fait qu'on risque de tuer un innocent. Résultat, pour beaucoup de gens, le film de Frank Darabont The green mile adapté de Stephen King est un film contre la peine de mort, ce qui est complètement idiot (Quelles que soient les qualités du film). Depuis quand peut-on souhaiter la mort d'un innocent quand on est une société organisée? Jusqu'au fin fond du Texas, on l'a bien compris, c'est dire... Pour bien faire un film "sur" la peine de mort (C'est-à-dire contre, je laisse aux fans de Marine Le Pen leurs petits fantasmes de films fascistes), il convient de ne pas mettre en scène la condamnation d'un innocent, mais carrément de démontrer à travers une oeuvre de fiction qu'on ne souhaite pas la mort d'un homme ou d'une feme qui a commis le crime dont il ou elle est accusé (e). Il s'agit peu ou prou de prendre exactement le même chemin que Robert Badinter défendant Patrick Henry, qui avait commis le crime dégueulasse dont il était accusé cela ne faisait aucun doute, et obtenant la prison à vie alors que l'opinion est hostile: prouver que même dans les pires circonstances, on ne peut raisonnablement souhaiter -et obtenir- la mort d'un être humain. C'est ce que proposait Tim Robbins dans Dead man walking. Revenons à David Gale: ce film nous parle un peu de ces militants humanistes, qui se battent contre la peine de mort, et il est situé au Texas...

David Gale (Kevin Spacey) va mourir; il est accusé du meurtre et du viol d'une amie, Constance (Laura Linney). Ayant déjà été accusé (A tort) de viol, il n'avait aucune chance de s'en tirer lors du procès, et a écopé de la peine de mort... A quelques jours de son éxécution, il a obtenu d'une journaliste, Bitsey Bloom (Kate Winslet), qu'elle l'écoute durant des rencontres à la prison, et il lui raconte son étrange histoire... Tout en laissant planer le doute. Il clame son innocence et a l'air d'en savoir plus qe ce qu'il admet. Pendant ce temps, un étrange jeu de pistes s'organise à l'écart de la prison: un inconnu dépose des cassettes vidéo troublantes, prises pendant le crime, et qui sont susceptibles de changer la donne. Bitsey Bloom est de plus en plus persuadée qu'on peut sauver la vie de David Gale...

D'où le titre.

Passons sur l'idée saugrenue d'envoyer dans le couloir de la mort un type qui a passé une partie de sa vie à militer contre la peine de mort. Passons sur la suite de coïncidences navrantes et de manipulations d'une ancienne étudiante du prof David Gale qui va mener à des accusations de viol (Assorties pour nous d'une scène tout aussi navrante de sexe dans une salle de bains). Passons sur le fait que Bitsey Bloom et son stagiaire sont peut-être des journalistes opiniâtres, mais ils n'ont rien du parfait petit détective: 'Ca alors, quelqu'un, que nous ignorons, pose des cassettes vidéo dans notre motel, et par ailleurs, un type nous suit 24h sur 24 depuis deux jours. Mais pour revenir à la cassette vidéo, je me demande bien qui a bien pu s'introduire dans notre motel pour nous la donner?'... Passons sur le fait que Laura Linney et Kevin Spacey, dans les conversations qu'ils ont ensemble, se révèlent mutuellement tous les aspects de la peine de mort: "Bonjour, David. Sais-tu qu'il y a plus de noirs et d'hispaniques dans les prisons Texanes à attendre la mort, que de blancs?" "Bien sur, Constance. Donne-moi une bière, s'il te plait... Par ailleurs, sais-tu qu'on estime à 2 sur 17 le nombre de condamnés qui sont en fait innocents?", etc etc etc. Passons sur tous ces défauts.

Non, ce film est construit comme un thriller flashy, avec des trucs très énervants: des transitions d'une scène à l'autre durant lesquelles on voit des fragments de papiers, de rapports de l'enquête, avec des mots qui apparaissent sur l'écran: viol, mort, strangulation, ... Pourquoi faire? Que intérêt, sinon donner l'impression au spectateur qu'il assiste en fait à un film de série Z tourné exprès pour les chaïnes locales de télévision, parce que croyez-moi, c'est exactement l'effet produit. ca détruit complètement les efforts louables mais insuffisants des acteurs pour sortir de l'ennui et donner une certaine dignité au film. Au lieu de ça, Parker s'abandonne à des effets indignes d'un metteur en scène qui se respecte, et s'embourbe.

Quant au pot-aux-roses, il s'agit (Vous pouvez toujours voir le film, je ne vous retiens pas) d'une manipulation post-mortem avec un double sacrifice, de gens qui souhaitent aller jusqu'au bout pour démontrer que le système de la peine de mort tue bien des innocents. Résultat, Alan parker avec son film démontre surtout que les militants contre la peine de mort sont des malades prèts à tous les sacrifices et toutes les manipulations pour faire passer une vérité que toute la population refuse. Bravo. On voudrait militer pour la peine de mort, on ne trouverait pas de moyen plus ironique pour le faire...

Mais rappelons-le: la peine de mort est l'apanage des pays fascistes, des ennemis de l'humain et de la liberté. C'est le triomphe de la dictature de la peur, de l'empire des terreurs et des passions. C'est confier la justice aux pires de nos émotions, la colère et la haine. C'est mal.

Faire un mauvais film, c'est mal aussi, mais moins.

The life of David Gale (Alan Parker, 2003)

Partager cet article

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Navets