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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:40

A Calvados, dans les Caraïbes, on vit un peu dans l'ombre des exploits légendaires du pirate mystérieux Mack, le Macoco noir! Si mystérieux qu'il a disparu des radars depuis quelques années, et que nul n'a jamais percé sa réelle identité; Manuela Alva (Judy Garland), plus que les autres jeunes femmes, en rêve nuit et jour, d'une façon plus romantique qu'autre chose, et elle aspire au grand frisson avec cet homme idéal un brin pas orthodoxe... Orpheline, elle apprend pourtant que sa tante Inèz (Gladys Cooper) a négocié derrière son dos un mariage arrangé avec le maire, Don Pedro. Elle n'est pas franchement réjouie à l'idée, d'autant que ce potentat qui a beaucoup voyagé (Walter Slezak) a justement décidé qu'il ne quitterait plus la petite ville, et Manuela se sent donc condamnée... Lors d'un déplacement, elle rencontre un jeune homme qui la trouble, l'acteur Serafin (Gene Kelly); celui-ci est tombé amoureux d'elle, et va la suivre, et lors d'une représentation théâtrale, va apprendre qu'elle est amoureuse du pirate. Il va donc trouver le moyen de s'introduire chez elle, et de devenir pour elle le Grand Macoco... Mais QUI est le grand Macoco, au fait?

Sous son intrigue délicieusement classique, sous des dehors exubérants de comédie musicale avec pour cette fois un fort accent sur le mot comédie, ce qui n'est pas si courant dans un domaine parfois assez convenu, le film cache des trésors de contrebande, comme dit Martin Scorsese... Une fois de plus, Judy Garland interprète une jeune femme coincée à la fin de l'adolescence, dont l'esprit va prendre un peu d'avance sur sa vie de femme: dans Meet me in St Louis, elle se voyait déjà mariée, mais dans The pirate elle s'imagine enlevée par un pirate que d'aucuns jugent sanguinaire. Mais Manuela, elle, pense que Macoco la traiterait "Comme une reine"... c'est à travers une séance d'hypnose qu'elle va faire sa révélation, comme si elle ne l'avait jamais admis de vive voix, et le personnage incarné par Gene Kelly va agir comme un déclencheur: grâce à lui, la jeune femme va oser donner corps à ses rêves, et c'est tout naturellement qu'elle va céder à ses avances, après une période raisonnable de protestation, et une ou deux chamailleries...

A travers son amour délirant pour la figure légendaire du pirate, c'est de passion dont Manuela rêve, de complicité et d'amour aussi. Probablement un peu de sexe, même si le cadre rigide du code oblige nos cinéastes à traiter le sujet en sous main (...Plutôt que par-dessus la jambe!!). Cette dimension se révèle à nous par la biais d'un ballet impeccable dans lequel Manuela voit Serafin en Macoco, portant le même costume que Douglas Fairbanks dans The black pirate, dompter des femmes lascives, dans une nuit rouge... Superbe séquence onirique, tournée en studio, ce qui se voit: c'est l'une des attractions les plus étranges de ce film, qui ne cache jamais totalement sa dimension factice. Minnelli assume ce côté faux et le souligne en permanence, car il est après tout beaucoup question de dissimulation, de fausse identité, de percer u être à jour dans le film... Plus que tout, c'est le théâtre, vecteur amoureux de la complicité entre Serafin et Manuela, qui va agir dans le bon sens pour faire triompher la vérité: Manuela et Serafin utilisent donc le faux pou révéler le vrai!

Le style de Minnelli fait merveille, combiné avec l'énergie fabuleuse de Gene Kelly. L'un chorégraphie des ballets qui partent dans tous les sens, et l'autre incorpore de façon parfaite ces élans difficiles à capter, dans une mise en scène qui donne l'impression d'un souffle ininterrompu. Il fallait une science du montage, un don pour le rythme et une sacrée discipline aux deux hommes pour réussir leur coup! Et il fallait de l'humour aussi, car Gene Kelly a ici pris la direction qui est le plus souvent la sienne, dans ces merveilles qu'il a chorégraphiées: la danse nous fait rire, sans jamais qu'on se moque totalement des personnages. J'ai par ailleurs cité Fairbanks, mais on verra aussi des allusions à Laurel et Hardy... la morale du film, d'ailleurs, est incarnée par la chanson (De Cole Porter, comme toutes celles du film) Be a clown... Tout un programme! Bref, on l'aura compris, ce film exubérant vaut le détour...

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Published by François Massarelli - dans Vincente Minnelli musical Gene Kelly