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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 16:15
High plains drifter (Clint Eastwood, 1973)

Ce film, le deuxième du réalisateur Eastwood, vient compléter le premier de façon rudement efficace: difficile en effet de voir en ce personnage incarné par le metteur en scène, le même reflet légèrement déformé de lui-même qu'il s'était amusé à peindre dans Play Misty for me. En lieu et place, il est crédité en tant que "The stranger", un homme qui ne sera jamais identifié, du moins dans la version originale, j'y reviendrai et j'en profiterai une fois de plus pour dire à quel point le doublage est une sale manie... Cet étranger, par bien des égards, semble prolonger un autre personnage codifié et bien connu, pourtant, ce "Blondie", surnommé de façon impropre "l"homme sans nom" dans trois films de Sergio Leone. Et cet étranger apporte aussi un bonne dose de surnaturel, dans une intrigue westernienne formidable et propice à de la violence, bien sur, mais aussi du baroque et un humour noir qui n'hésite pas à franchir les limites du bon goût. Et le tout fait un film parfaitement réjouissant...

Lago (Dans un état qui n'est jamais nommé, mais le film a été tourné en Californie), une petite ville minière sur les bords d'un lac austère mais asse majestueux reçoit la visite d'un étranger. mal accueilli par trois hommes au saloon, il est agressé par ces mêmes bandits alors qu'il se fait raser chez le barbier de la ville. Il les tue tous les trois, sort de la boutique, et se fait accoster par une femme. Après un échange vif avec elle, il l'emmène dans une grange... Elle parlera ensuite de viol, mais il semblerait que ce n'en soit pas un. Bref, l'étranger dérange, agace, et fait peur, dans une ville où bien des conversations rappellent, à l'occasion, un événement qui s'est passé quelques années auparavant, et dont l'évocation semble faire peur à tous: la mort d'un homme, fouetté à mort par trois bandits, trois malfrats qui s'apprêtent à sortir de prison, et revenir en ville pour y régler un vieux compte. La population se décide à engager le nouveau venu, certes désagréable dans son attitude, mais qui sait y faire avec une arme, et à lui confier la sécurité de la ville en cas de retour des trois hommes... Il accepte, mais va surtout, semble-t-il, profiter de la situation pour s'muser aux dépens des villageois...

L'une des belles idées du film a déplu, semble-t-il, au distributeur Français: on ne saura jamais, en effet, le nom du "héros", cet ange exterminateur qui vient de nulle part et y retourne, ce qui est clairement suggéré par l'ouverture et le final du film. une scène, située vers la fin, a donc été triturée en France de manière à incorporer une réplique supplémentaire qui indique, sinon le nom, en tout cas un indice qui me semble arbitrairement ajouté à l'intrigue. Bref, non content d'avoir été créé sur demande de Mussolini, non content d'être techniquement une infamie (Il n'existe pas de bon doublage, point final), le doublage dénature les oeuvres, la preuve est faite...

Mais revenons au film: à la peinture amoureuse du western proposée par l'Italien Leone, Eastwood ajoute une variation sur un thème de vengeance qu'on a souvent vu dans les films depuis les années 60: quelle que soit son identité et sa nature, cet étranger sait ce qu'il est arrivé au marshall Jim Duncan, fouetté à mort. sans que quoi que ce soit puisse le légitimer (L'étranger n'est jamais venu à Lago), il semble en porter le souvenir en lui, et ce souvenir se réveille lorsqu'il se tient à l'endroit où le crime a eu lieu, ce qui semble confirmer une connection de type surnaturelle avec le défunt. L'homme, véritable outsider absolu (Hors la ville, hors la loi, et même hors le crime!) est une incarnation de la vengeance, sur une bande de médiocres...

Et c'est là sans doute que le film est réjouissant: car on découvre au fur et à mesure de ses idées farfelues, toutes plus provocatrices les unes que les autres, que ce que cherche à faire l'homme dans l'exécution de son contrat, c'est d'être aussi désagréable que possible en se servant copieusement et gratuitement dans les magasins, en nommant les édiles et les hommes de loi à sa guise (C'est un nain qui va devenir le sheriff, selon le bon vouloir de l'homme qui a carte blanche!).. et en les laissant se débrouiller un peu avant de leur venir en aide quand le besoin s'en fait sentir! Cette stratégie fait bien sur partie de la punition du village, qui va aussi se retrouver peint en rouge (Et renommé "Hell")pour accueillir les bandits de retour... Tout ça n'est pas très sérieux, bien sur, mais on peut y voir sans doute une expression Anglaise prise au pied de la lettre, "paint the town red", ce qui veut le plus souvent dire "faire la fête"... Mais on s'en rend vite compte, c'est la fête d'un seul homme.

Mis en scène avec le même style que son film précédent, un mélange de simplicité directe, et d'une façon de prendre son temps à l'imitation de Leone, ce film rappelle à sa façon de quelle façon l'Ouest s'est parfois construit, à coup de fouet parfois, et de quelle façon une communauté peut parfois avancer en se retournant contre un membre et un seul, ce qui ne peut évidemment que déplaire au farouche partisan des libertés qu'est Eastwood depuis toujours. Bien sur, ce film est léger, il n'est pas un réquisitoire à la Wellman, mais ce dernier n'est pas pour rien un modèle revendiqué par Eastwood...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western