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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 16:31

Dany est une secrétaire, manifestement amoureuse de son patron, qui manque singulièrement de confiance en elle. On est en 1970, et elle est bien mal à l'aise quand ses copines parlent de vacances et de leur liberté, parce qu'elle, finalement, elle ne sort pas, ne va pas en vacances... Bref: elle est coincée. Quand son patron lui propose un extra, un dossier long à taper, et qu'il lui suggère de venir le taper chez lui, elle s'arrange un peu, car on ne sait jamais. Pourtant, ce n'est que du travail: elle va rester chez lui pendant qu'il sort avec son épouse Anita, dormir à la maison, terminer le dossier le lendemain matin, fin de l'histoire... Mais au lieu de s'en tenir là, le couple, le lendemain, lui confie les clés d'une rutilante voiture Américaine pendant qu'elle les dépose à l'aéroport, et c'est là que tout bascule: au volant d'une voiture bleue presque irréelle sur les vénérables routes Françaises, Dany, au lieu de se contenter de retourner la voiture là où on lui a demandé de la placer, la garde et part vers le Sud, sans savoir pourquoi. Elle ment, pour jouer un peu avec le faux statut que lui apporte le véhicule... Mais ce qui est embêtant, c'est que partout où elle va, on semble la reconnaître... Et ça devient de plus en plus bizarre...

Joann Sfar n'a pas mâché ses mots: venu sur le projet après que le script a été fini, il a accepté parce qu'il aime profondément le livre de Japrisot... et a vite regretté, pour son premier film qu'il n'ait pas lui même écrit et lancé, car le scénario lui a instantanément déplu. Il ne faudra pas s'étonner, en voyant le film, d'avoir parfois l'impression que le script et la mise en scène marchent à l'envers l'un de l'autre. Car ce que Patrick Godeau et Gilles Marchand ont fait au roman de Japrisot, c'est ni plus ni moins que de transformer un polar psychédélique et sensoriel en diable, qui prend le parti de ne jamais nous livrer un seul point de vue (Un péché mignon, chez Japrisot), et de compliquer de manière systématique l'impression du lecteur afin de semer le doute, en un polar facile façon M6, qui se rend par une ligne droite d'un point A à un point B. Du coup, le film est bancal, la résolution sage et convenue fortement décevante, mais le traitement à la Lynch, fait d'une perte des repères chez une femme prête à l'aventure mais pas prête à en assumer les conséquences, est passionnant: le film devient l'histoire d'une femme qui se parle volontiers devant le miroir, et qui semble garder en elle un démon, qui va l'aider à réaliser son rêve: aller voir la mer... au prix de quelques cadavres. Il y a, caché là-dedans, un film bien meilleur que celui qu'on nous présente, avec une dimension quasi surnaturelle. Si on laisse son esprit vagabonder hors des lignes, on a une chance de l'apercevoir!

Sfar prend aussi le parti de laisse le style 1970 prendre le pouvoir sur le film, s'amuse à recréer l'époque, et laisse la musique toute en clins d'oeil, typiques de la pop psyché européenne, faire le reste. Freya Mavor, dans le rôle de Dany, est formidable. Stacy Martin et Benjamin Biolay dont ternes, mais rendent bien le couple de parvenus qu'ils incarnent.

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Published by François Massarelli - dans Noir