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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 09:09

Les Tolliver et les Falin ne s'aiment pas: il faut dire qu'on est dans les montagnes du Kentucky, et qu'sils sont voisins. leur querelle remonte à... En fait, on ne le sait même pas, et on n'est pas sur qu'ils le sachent. Un événement significatif fait l'objet du prologue de ce film: la naissance, chez Judd Tolliver, de la petite June. Il aimerait bien se rendre aux côtés de son épouse pour l'assister, mais les deux familles sont en plein affrontement. A ce moment, on sent la tristesse diffuse du père Tolliver, empêché par les siens de s'accorder une trêve. C'est un sentimental, dans l'univers barbare et reculé où vivent les deux familles, au fond des bois... Mais June (Sylvia Sydney) grandira malgré tout dans cette atmosphère de haine irrationnelle et prête à l'emploi. Quant elle a vingt ans, elle croise un homme de la ville, Jack Hale (Fred McMurray) qui travaille pour le chemin de fer, et est venu négocier avec les propriétaires du coin l'usage de leurs terres, et de leur charbon. La civilisation est en marche... ce qui va faire un mélange détonnant: en particulier, Dave Tolliver (Henry Fonda), un cousin recueilli enfant par la famille de June, et plus ou moins programmé pour devenir son mari le moment venu, va le sentir passer, car il n'y a pas plus attaché aux traditions locales de haine et de tuerie que lui...

Où l'on reparle inévitablement des Hatfield et des McCoy... Ou des O'Timmins et des O'Hara de Morris et Goscinny! Cette tradition folkloriques des forêts du Kentucky montagneux est basée sur des histoires réelles, et les gens qui en étaient les "héros" étaient bien sur à l'écart de la modernité, comme dans ce film. L'arrivée de Jack Hale est l'arrivée de la civilisation, et on croit pendant la première moitié du film que le conflit va être entre lui et les deux familles, mais ce serait trop facile. Car ce qui frappe, dans cette intrigue où les deux familles son normalement fautives d'avoir fait perdurer une situation absurde pendant des générations, et d'avoir vécu dans le dénuement intellectuel revendiqué, c'est que les deux clans ne sont pas à égalité: si les Tolliver sont aussi coupables que les autres parce que Dave, par exemple, a tué un de ses ennemis, et le referait s'il le fallait, que June est totalement fanatique, considérant les voisins comme des serpents à chaque fois qu'elle aborde le sujet, il n'en reste pas moins que la famille de Judd, en particulier sous l'influence de la mère de famille, Melissa (Beulah Bondi), est plus civilisée, plus facile d'approche que ne le sont les Falin. Pour le bien du spectateur, Hathaway a tranché, en nous livrant le film sous le point de vue des Tolliver, ou du moins de leur côté de la barrière.

Ca nous permettra de court-circuiter une option, pourtant proposée par Hale: le recours à la loi. Comme le dit un élu local, c'est de l'intérieur que doit venir la paix, elle ne doit pas être imposée de l'extérieur. C'est intéressant, même si dans la réalité un tel laisser-faire est impossible, car on évite le piège de montrer des bouseux sous-développés transformés par la belle civilisation, le piège dans lequel une telle histoire aurait pu s'enfermer (Et qui est plus ou moins le cheminement de l'excellent Mountain Justice de Michael Curtiz, remarquez, par le biais du personnage d'avocat droit dans ses bottes interprété par George Brent). Quoi qu'il en soit, je soupçonne cette très distrayante production de Walter Wanger, mélodramatique à souhait, réalisée sans faille par un expert, et dont les acteurs sont tous impeccables, d'être surtout un tour de chauffe pour le Technicolor trois bandes, qui commençait à se répandre dans le cinéma Hollywoodien en ce milieu des années trente. Parce que la principale qualité de ce film, ce sont ses merveilleuses couleurs. Rien que pour ça, il vaut le détour...

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Published by François Massarelli - dans Henry Hathaway