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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 09:36

Buffy, c'est non seulement une série à succès, c'est aussi et surtout le point de départ de la partie vraiment intéressante de la carrière de Joss Whedon. De là, vont venir non seulement 144 épisodes de la série en sept saisons sur sept années, mais aussi un formidable spin-off (Angel) qui aura autant de succès, reprenant une partie de l'univers et des personnages sans jamais donner l'impression de répéter une formule, et élargissant le cadre de la série initiale à un monde plus adulte. Et puis il y a eu les autres séries, Firefly et Dollhouse, puis le cinéma, puis Marvel...

Joss Whedon a tout gagné dans Buffy: sa crédibilité de scénariste, bien sur, en écrivant un nombre conséquent d'épisodes, mais aussi en supervisant les arcs de ce qui reste SA série, et à personne d'autre. Il a également fait ses premières armes de metteur en scène, en supervisant également la direction de ses petits camarades, étant constamment sur le plateau, mais aussi en dirigeant le 12e et dernier épisode de cette première saison: le meilleur, justement. Et il s'impose comme un dialoguiste virtuose, ce qui me rappelle un impératif absolu: à voir en VO. Pas d'autre solution si on veut véritablement en profiter!

Buffy the vampire slayer (Fran Rubel Kuzui, 1992) est supposé être l'acte de naissance du concept, mais le film Fox, mal foutu et mal vendu, n'a pas grand intérêt. Il conte quand même ce qui reste la base de la série: afin que le monde dans lequel les forces occultes existent à notre insu, puisse tourner, chaque génération voit la naissance d'une jeune femme, dont le destin est de combattre les vampires et autres démons, en secret. Sa vie est tout le contraire d'une partie de plaisir, d'autant qu'elle ne vit généralement pas longtemps. Elle est aidée dans sa tâche ingrate par un "Observateur", un spécialiste tous terrains des forces du mal, tout aussi dévoué à une vie obscure et austère, et l'un et l'autre sont remplaçables en cas de mort subite... Mais Buffy, dans le film comme la série, est une adolescente Américaine dont la vocation primale reste justement d'être une ado, et elle supporte assez mal la charge de responsabilité qui lui incombe. Le film était prévu pour être une parodie, c'est un navet, on ne va pas en parler.

Par contre, la série en reprend les contours, et permet à Whedon de vraiment s'amuser avec les personnages, tout en créant un univers de bande dessinée qui semble pénétrer notre monde de façon convaincante. Donc Buffy (Sarah Michelle Gellar) a seize ans, elle vient de déménager de L.A. (Son action occulte devant rester secrète, elle n'avait aucune bonne raison officielle de brûler le gymnase de son lycée!) et elle vient s'installer dans une nouvelle ville, la fictive Sunnydale; nouveau lycée, nouvelle ville, nouveaux amis, elle est naïve et s'imagine qu'elle est sortie de ce cauchemar... Mais non: d'une part, le nouveau documentaliste du lycée est son observateur, le Britannique Rupert Giles (Britannique jusqu'à la caricature, mais un personnage essentiel, attachant, et dont l'acteur Anthony Stewart Head saura faire évoluer les zones d'ombre, vers lesquelles Whedon aime tant que ses personnages se dirigent), et d'autre part, le déménagement à Sunnydale a une raison cosmique: c'est un endroit qui a la réputation d'être la bouche de l'enfer, l'activité démoniaque y est donc phénoménale... Il y a du boulot! Et la cerise sur le gâteau, c'est la façon dont Whedon dès le départ rappelle que le pouvoir est aux femmes. Un élément essentiel, et un véritable arc sur l'ensemble des sept saisons, et un "féminisme" Whedonien qu'on retrouvera aussi dans Angel, Firefly, Dollhouse et dans les longs métrages.

La première saison installe donc la situation, qui mêle joyeusement tout cet univers fantastique singulier, et une atmosphère de série adolescente typique: pour Buffy, la super-héroïne qui commence à comprendre que ses super-pouvoirs sont une tare, comment vivre une vie normale, avoir des amis, un petit ami, etc... Comment vivre une vie de famille dans laquelle sa mère (Kristine Sutherland), séparée de son père, peut avoir pour elle des espoirs d'avenir, même si elle ne se doute absolument pas de la vraie vie de sa fille. Comment concilier une vie de bagarre intense et de sorties nocturnes à chasser les créatures interlopes, avec les devoirs, et enfin, le pire: dans un univers aussi dégueulasse que le lycée Américain, comment ne pas passer pour une folle, et ne pas se faire rejeter de partout par tous, quand on passe son temps à donner des bourre-pifs aux vampires que personne ne semble voir? La série développe aussi une métaphore de la société, vue comme une jungle dans laquelle les gens doivent s'organiser en familles pour survivre. Un thème qui reste très présent dans le reste de la carrière de Whedon.

Cette première saison est courte, 12 épisodes seulement. C'était un galop d'essai, qui permet à Whedon d'installer ses pions, et de développer quelques personnages, outre Buffy, et Giles déjà mentionnés, on découvre les amis proches de Buffy, la très intelligente Willow Rosenberg (Alyson Hannigan), élève surdouée, mais sans aucun talent pour s'insérer dans le monde ingrat de son lycée, et Xander (Nicholas Brendon), un ado assez typique, mais considéré lui aussi comme un loser. Son obsession de garçon, il a seize ans après tout, l'empêche de se focaliser sur autre chose que le fait de séduire Buffy, et le fait qu'elle soit plus forte que lui n'arrange pas les choses. Willow est amoureuse de lui, sans succès. A noter, les deux acteurs sont plutôt versés vers la comédie, un choix que Whedon privilégiera constamment. Joyce Summers, la maman de Buffy, est une mère inquiète pour l'avenir de sa fille, et totalement ignorante de la vérité. Ca ne durera pas... Deux personnages seulement pour l'instant complètent ce panorama: une lycéenne, Cordelia Chase (Charisma Carpenter), bourgeoise, hautaine, belle et sure de sa supériorité. Elle aussi sait que le lycée est une jungle dans laquelle il fait manger les autres, elle a choisi de se placer au sommet. Pour elle, Buffy et les autres ne sont que des losers, mais elle aura une autre utilité que celle de n'être qu'une caricature, et le personnage aura une évolution formidable dans la série Angel... Angel, justement, apparaît dès le premier épisode, c'est un mystérieux allié qui vient parfois en aide à Buffy avant de disparaître. Qui est-il? d'où vient-il? que veut-il? ...et pourquoi est-il si attirant, pourrait-on ajouter: c'est David Boreanaz qui interprète le garçon qui doit faire chavirer le coeur de Buffy, et qui va amener un certain nombre de péripéties...

Comme toutes les autres saisons, celle-ci est organisée autour d'une année scolaire, et apporte un aspect de la vie de Buffy: dans ce cas, concilier le fait d'avoir seize ans et des amis, et la responsabilité de défendre le monde contre le mal.

1. Welcome to the hellmouth (Ecrit par Joss Whedon, dirigé par Charles Martin Smith)

Le pilote voit Buffy s'installer dans sa nouvelle vie, découvrir que celle-ci n'est pas si éloignée de l'ancienne, et commencer à se battre contre les vampires de Sunnydale, parmi lesquels le Maître (Mark Metcalf), un vieux vampire coincé dans sa dimension, qui a besoin de destruction et de la mort des adolescents pour sortir et continuer le massacre. C'est l'enjeu de la saison, et le fil rouge des douze épisodes. Il fallait bien commencer, pourrait-on dire! Sinon, Buffy rencontre ses amis, et tente de les préserver de la vérité, ce qui ne durera pas longtemps... Elle fait aussi sa première rencontre avec Angel, ainsi qu'avec Darla (Julie Benz), une vampire qui mourra assez rapidement dans la série, mais reviendra d'une certaine façon... Symboliquement, c'est elle qui ouvre le bal dans le pré-générique: jeune femme séduisante en accoutrement de lycéenne, elle nous prend par surprise lorsqu'elle se révèle être une vampire, installant la métaphore essentielle de cette série: l'adolescence, c'est la jungle. Et par ailleurs, on devra prendre l'habitude de ces surprises...

2. The harvest (Ecrit par Joss Whedon, dirigé par John Kretchmer)

La suite du précédent, qui clôt la première salve de rencontres avec les vampires, et finit d'installer le dispositif: Buffy, Willow et Xander passent le plus clair de leur temps au lycée à la bibliothèque, l'endroit que personne ne vient jamais visiter, et s'y préparent à sauver le monde.

3. Witch (Ecrit par Dana Reston, dirigé par Stephen Cragg)

Buffy, et Cordelia aussi, affrontent une autre lycéenne qui comme elle a décidé de tenter de joindre l'équipe des cheerleaders. Mais elle utilise à cet effet de la sorcellerie. La compétition entre les jeunes femmes, très réaliste finalement, permet donc la première apparition du thème de la sorcellerie dans Buffy, qui reviendra et permettra toutes les métaphores... Un personnage ici aussi aura des répercussions sur l'avenir de la série, celui d'Amy (Elisabeth Anne Allen), qui illustrera plus tard le précepte Whedonien selon lequel il ne fait jamais se fier à un ami...

4. Teacher's pet (Ecrit par David Greenwalt, dirigé par Bruce Seth Green)

Premier épisode dans lequel l'intrigue repose sur les hormones, celles-là même qui seront le principal enjeu de la seconde saison. Un professeur a disparu, il est remplacée par une jeune femme tellement séduisante que tous les adolescents sont motivés pour faire des heures supplémentaires... Mais elle est en fait une prédatrice particulièrement dangereuse. C'est Xander qui va prendre un gros risque ici...

5. Never kill a boy on a first date (Ecrit par Rob Des Hotel & Dean Batali, dirigé par David Semel)

La question essentielle de l'univers de l'adolescente Buffy, comment concilier une vie d'expérimentation amoureuse avec la responsabilité de sauver le monde; obtient une réponse cinglante ici: on ne peut pas.

6. The pack (Ecrit par Matt Kiene & Joe Reinkemeyer, dirigé par Bruce Seth Green)

Un présupposé faiblard (Des hyènes ensorcelées possèdent l'esprit de lycéens) donne au moins lieu à deux idées de génie: une parfaite métaphore du mode de fonctionnement rendu possible et même encouragé par la société Aéricaine au lycée: exclure, rejeter les autres afin d'exister soi-même. C'est troublant que ce soit le gentil Xander qui tout à coup se mette à rejeter sa meilleure amie Willow. D'autre part il est question ici d'un proviseur de lycée qui se fait bouffer. Cruel.

7. Angel (Ecrit par David Greenwalt, dirigé par Scott Brazil)

Dans lequel on découvre un élément essentiel de l'histoire, à savoir l'identité réelle de l'étrange Angel. Et cette découverte a lieu à un moment crucial, alors que Buffy et lui échangeaient un baiser passionné. Et la découverte a le résultat infortuné de gâcher le plaisir, je peux vous le dire... Ce ne sera pas la dernière fois. Un épisode dans lequel le groupe constitué autour de Buffy et Giles remet bien des choses en question... C'est aussi le premier épisode 7, un passage qui traditionnellement sera systématiquement l'occasion de jeter un défi particulier au spectateur dans toutes les saisons qui suivront. Un autre élément notable ici, est le fait qu'en dépit des efforts de l'héroïne pur compartimenter sa vie, sa mère rencontre aussi bien Giles que le mystérieux Angel.

8. I robot, you Jane (Ecrit par Ashley Gable & Thomas A. Swyden, dirigé par Stephen Posey)

Willow se fait un ami sur internet, et il y a des chances que ça devienne sérieux, mais... C'est un démon qui possède l'ordinateur, et elle est en danger. Un épisode très faiblard, qui permet au moins de sacrifier à une tendance de la série: en cas de panne d'inspiration, mettre Willow en danger ça marche toujours! Et on découvre ici un nouveau personnage attachant, Jenny Calendar (Robia La Morte), une prof d'informatique adepte par ailleurs du paganisme, et d'autres joyeusetés proches de la sorcellerie. Elle va vite devenir une alliée, ainsi qu'une preuve du fait que toutes ces horreurs et phénomènes surnaturels, ça se voit quand même comme le nez au milieu de la figure.

9. The puppet show (Ecrit par David Greenwalt, dirigé par Bruce Seth Green)

Un nouveau venu, le principal Snyder (Armin Shimerman) qui remplace l'infortuné Flutie, mangé par des élèves (Je ne m'en lasse pas) a charge d'incarner ce que ni Giles ni Joyce Summers ne sont: la menace adulte. L'incompréhension, l'impossibilité de se mettre dans la peau d'un ado pour le comprendre... Et il est un fabuleux personnage de comédie, qui aura très peu de zones d'ombre, c'est suffisamment rare pour être souligné. Pour le reste, un épisode amusant dans lequel le nouveau proviseur organise une journée des talents qui se transforme en une série de punitions. La relation difficile entre Snyder et Buffy, Willow et Xander commence ici...

10. Nightmares (Ecrit par David Greenwalt d'après Joss Whedon, dirigé par Bruce Seth Green)

Un petit garçon dans le coma communique via ses cauchemars avec Buffy et se amis pour les appeler au secours. Un épisode de X-Files dans Buffy! Beaucoup d'humour ici, qui sauve un peu le tout. On est clairement dans la partie molle de la saison...

11. Out of mind, out of sight (Ecrit par Ashley Gable & Thomas A. Swyden d'après Joss Whedon, dirigé par Reza Badiyi)

Encore une métaphore riche; une étudiante a été tellement rejetée qu'elle est devenue invisible...Avant de devenir homicide. Evidemment, Cordelia Chase, la fille la plus populaire du lycée, va en faire les frais... Premier rapprochement significatif de cette dernière avec les héros.

12. Prophecy girl (Ecrit et dirigé par Joss Whedon)

Pour le dernier épisode, Whedon accède à la réalisation, et fait en sorte que tous les petits cailloux qu'il a plantés sur le chemin arrivent à bon port. Et il le fait dans le care logique d'une fin d'année: les jeunes s'apprêtent à partir en vacances, et il y a une célébration de fin des cours... Il y a aussi une apocalypse à venir: tremblements de terre, robinets qui crachent du sang... la maître est sur le point de gagner sa liberté, et Buffy qui n'en peut plus de la pression, apprend en entendant Giles et Angel discuter qu'elle est supposée mourir des mains du vieux vampire. elle démissionne donc...

Ca ne durera pas, mais il se passe un événement significatif, et qui aura des répercussions. Buffy meurt.

Ce n'est, après tout, que la première fois... Fidèle à ce qui deviendra une manie chez lui, Whedon casse ses jouets, la seule façon pour lui de renouveler son univers... La aussi ce ne sera pas la dernière fois!

On notera que cet épisode sert de conclusion à la première saison, mais aurait tout aussi bien pu être la fin de la série entière si celle-ci n'avait pas été renouvelée. En ce cas, on aurait perdu des occasions mémorables... A suivre, donc.

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Télévision