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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 12:00

1983, à Los Angeles: une jeune femme qui vend des voitures dans un magasin s'approche d'un client, un quadragénaire excentrique qui a enlevé ses chaussures avant d'entrer dans une voiture. Ils parlent, et le mystérieux client annonce qu'il a jeté son dévolu sur ce modèle précisément parce qu'elle en dit du bien. Puis quand il part, avec un groupe de personnes qui pourraient aussi bien être ses amis que ses infirmiers, elle découvre un message qu'il a laissé dans la voiture, en guise d'appel au secours: Melinda Ledbetter (Elizabeth Banks) vient de rencontrer Brian Wilson...

Brian Wilson, génie des Beach Boys, vu à travers deux époques cruciales de sa vie, par deux acteurs: Paul Dano (Brillant) interprète le Brian du moment ou tout bascule, entre sa volonté de prendre en mains sa musique (La période est marquée par l'album Pet sounds sorti en 1966) et le constat qu'il ira nulle part parce que sa musique EST sa folie, et que personne ne le soutient (D'où l'abandon de l'album Smile en 1967); Ces éléments sont disposés comme autant de flash-backs dans l'intrigue principale située au début des années 80, et Brian y est cette fois incarné par John Cusack. A cette époque, Brian est "revenu d'entre les morts", ou du moins de la folie, mais tombé sous la coupe de Gene Landy (Paul Giamatti), un psychologue-manager qui a fait main basse sur lui, sa vie et sa musique, pour le presser comme un citron. Dans ces circonstances, Brian Wilson va malgré tout rencontrer Melinda dont il va vite tomber amoureux, mais de son côté elle va devoir lutter contre Landy et son emprise phénoménale sur le musicien.

Les choix de Bill Pohlad sont déterminants, d'abord par la volonté d'engager deux acteurs pour incarner un même personnage. Ca force une ellipse sur les pires années de la vie de Brian, entre 1970 et 1979, lorsqu'il était confiné dans son lit à absorber indifféremment drogues et nourritures. L'impossibilité de faire coïncider Cusack (crédité "Brian du futur" au générique) et Dano joue paradoxalement en faveur du film en soulignant la complexité d'un personnage qui semble avoir longtemps été condamné à ne pas pouvoir se réinventer: par le public qui n'aime pas ses expérimentations, par le groupe autour de lui qui essaie de garder son succès, par les labels qui lui demandent du tout cuit et par son père qui a passé sa vie entière à le dénigrer et rabaisser ses capacités musicales. Landy l'a bien compris, et Paul Giamatti l'interprète comme un personnage qui va justement faire la même chose que tous ces gens, mais sciemment, le but in fine étant de capitaliser sur le génie de Brian Wilson, mais sous contrôle permanent... Le rôle du père Murry Wilson, par ailleurs responsable de la surdité de son fils par une baffe monumentale assénée un jour de colère, est ici sous-jacent à toute l'intrigue et tout le déroulement du film, qui assume pleinement de prolonger cette influence néfaste et toxique avec le bon docteur Landy...

Ensuite, le metteur en scène ne tourne pas son film en gardant une certaine distance face aux faits historiques que sont les séances de studio par exemple. Il les montre caméra à l'épaule, au milieu des instruments et des musiciens assemblés dans un studio trop exigu; ces musiciens (Hal Blaine, Carol Kaye...) sont mythiques, et les acteurs leur ressemblent, c'est frappant. Mais Pohlad va plus loin en faisant effectivement jouer pour de vrai, sur d''authentiques instruments, amplificateurs et autres percussions, les partitions originales, bandes à l'appui. Un vrai voyage archéologique... Car le génie musical de Brian Wilson, qui entendait littéralement la musique (et qui doit toujours l'entendre d'ailleurs) dans son for intérieur 24 heures sur 24, est indissociable de sa musique...

Il en ressort une interprétation très juste de l'histoire, de sa folie, des légendes, pour autant que mes lectures m'aient permis d'en juger, sur le génie, ses contraintes, et sa fluctuation... Mais dans l'ensemble c'est de l'histoire, et je résiste à la tentation d'écrire ce mot avec un grand H! Et le film est en prime une recréation à pleurer de bonheur de la confection de chefs d'oeuvre, dont l'enregistrement des magnifiques chansons du grandiose Pet sounds, dont la chanson fragile God only knows. et rien que pour ça, le film vaut le déplacement. Une fois de plus, par ailleurs, Paul Dano est fantastique. Ca devient une habitude... Possédé par son rôle, et malgré quinze centimètres qui manque (Brian est TRES grand), il devient Brian Wilson sous nos yeux. Et croyez moi, ce n'est pas rien... John Cusack s'en sort bien aussi, mais de façon sans doute moins totalement convaincante. Il est vrai que sa partie n'est pas facile: il joue un homme brisé qui doit renaître, mais sans faire de vagues... Sans jeu de mot.

 

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Published by François Massarelli - dans Musique