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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 12:20

Denis Villeneuve a-t-il trouvé le filon avec Incendies, comme avant lui Amenabar avec Ouvre les yeux, ou Shyamalan avec Sixth Sense? Ca sonne un peu méfiant, voire carrément hostile, et ce n'est pas mon intention, mais à chaque fois qu'un réalisateur récidive le coup fumant et payant de réaliser un film-à-révélation-finale-hallucinante, ça vire au procédé et ça finit par tourner à vide. Mais Incendies, bien que le réalisateur ait fait le choix de nous laisser installer devant le film pour ménager ses surprises pour la fin, reste un film formidable, dans lequel le cheminement est crucial, justement, sorte de parcours du combattant au pays où la morale n'existe pas. Et ce nouveau film, déguisé en thriller Américain à la Seven, est bien au-dessus, largement, des films jetables du tout petit Shyamalan, là encore, derrière l'énigme à résoudre, il y a une exploration morale, de certains codes de conduite et de certaines idéologies qui gardent un pouvoir important dans l'Amérique d'aujourd'hui, sans angélisme ni caricature extrême.

Evacuons l'énigme pour commencer, je vous en donne les contours sans dévoiler quoi que ce soit qui ne soit un argument de vente de DVD à lire sur le dos de la jaquette : les filles de deux familles d'Américains moyens, qui jouaient ensemble pendant que leurs parents dinaîent en amis pour Thanksgiving, ont disparu. Elles ont été vues près d'un camping-car en très muvais état, et le conducteur était à l'intérieur, et depuis, plus rien. Le camping car et son conducteur, Alex Jones (Paul Dano) sont retrouvés dès le lendemain, mais l'homme est incohérent, et les filles ne sont pas avec lui. La police sera obligée de le relâcher faute de preuves, contre l'avis de l'inspecteur Loki (Jake Gyllenhall). Et Keller Dover (Hugh Jackman), le père de l'une des deux fillettes, va voir rouge, et attaque Alex... Loki mène l'enquête, ce qui est difficile, et va le mener à faire une découverte macabre, celle d'un cadavre tout momifié, chez un prètre, ancien pédophile ; il va aussi enquêter sur un étrange personnage, un homme qui vit cloîtré et qui semble s'intéresser de près aux jeunes filles disparues, et va acheter des vêtements d'enfants dans les magasins du bourg... Mais Dover, qui impose à son ami Franklin Birch (Terrence Howard) de l'aider dans cette tâche, décide d'enlever Alex, parce qu'il est persuadé de sa culpabilité, et de tout faire pour le faire parler. Il se transforme en tortionnaire, sous les yeux horrifiés de son ami, trop effrayé de ne jamais retrouver sa fille pour le dénoncer à la police...

Voilà, vous savez tout. Le film commence par une partie de chasse dans laquelle on apprend assez clairement que Keller Dover, joué avec intelligence, c'est une première, par Hugh Jackman, fait partie de ces Américains blancs surs de leur bon droit qui ont des armes d'abord et avant tout parce qu'il faudra bien, un jour, se défendre contre une menace quelconque et que ce jour-là, il faudra être prêt. Un brave type prêt à se transformer en milicien, voire en tortionnaire si le besoin s'en fait sentir. Le film, finalement, est beaucoup plus son histoire, que celle d'une énigme à résoudre, et c'est là qu'il est passionnant. D'une certaine façon, on y rejoint, mais en contrebande, le terrain Hitchcockien, parce qu'on y assiste à un glissement inéluctable vers l'horreur, d'un homme qui est pourtant honnête, certes il a des codes un peu antédiluviens, mais il est très ami avec son voisin noir, et vit une vie tranquille et modeste sans embêter personne. Il a eu un signe, lorsque il a attaqué Alex devant témoins, celui-ci lui a dit une phrase étrange (Elles riaient quand je suis parti), qui prouvait qu'il savait effectivement quelque chose sur la disparition des deux filles. Et Villeneuve, lors de la scène qui voit Dover enlever le jeune homme, nous met encore un peu plus de son côté en nous montrant Alex comme un jeune homme particulièrement glauque, qui s'amuse (?) à « pendre » un chien avec sa laisse pendant une quinzaine de secondes, avant de le reposer au sol. De quoi se ranger à l'avis tranché de Keller Dover... Même si il apparaît très vite qu'Alex Jones n'a rien fait. Loki, joué par un acteur qui lui aussi est à l'aise dans les zones d'ombre, aura fort à faire pour que force revienne à la loi. Tant que j'y suis à parler des acteurs, une fois de plus Paul Dano est fantastique...

Mais voyez le film si cette énigme vous emballe, vous y trouverez beaucoup plus, un voyage au pays des petits Américains, paumés au pays du deuxième amendement, qui pestent en permanence contre leurs forces de police, contre l'état, leurs politiciens, et qui sont prêts à prendre les armes, pas pour faire triompher la justice, non, juste pour faire quelque chose, et se donner l'impression qu'ils contrôlent tout.

Et ça, ça fait vraiment peur.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve Noir