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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 18:35

Un célèbre critique Français dont le nom m'échappe a dit de ce film qu'il était une réminiscence évidente des comédies de Griffith, tournées entre 1918 et 1920, souvent situées en milieu rural et qui trahissaient souvent la tendresse du metteur en scène pour les petites gens qu'il nous montrait. Je pense que c'est assez juste, mais une autre influence me semble pertinente, d'autant que le metteur en scène Anglais était aux côtés de Ford son principal disciple: je veux parler de Murnau. Ce n'est pas tant dans l'atmosphère ou l'intrigue, mais plutôt dans la peinture des intérieurs de maison, des tablées, des cuisines et autres dépendances, qui jouent un rôle crucial dans ce film. Cela va sans dire, comme souvent avec les films muets d'Hitchcock, pas de crime ni de suspense, ici:juste une observation et une prise à témoin du spectateur souvent amené à partager le point de vue des domestiques.

Le film est adapté d'une pièce à succès, écrite par Eden Philipotts et présentée à Londres pour la première fois en 1916. Elle était située dans le Devon, mais Hitchcock, sans nommer les lieux, a tourné les extérieurs de son film au Pays de Galles, manifestement dans le Sud-Est de la région. Quand le film commence, le fermier Samuel Sweetland (Jameson Thomas) sait que sa femme va mourir, et il assiste en compagnie de sa famille et de ses domestiques, aux derniers instants de Tibby. Celle-ci meurt après avoir donné ses dernières recommandations à Minta, la gouvernante de la ferme (Lillian Hall-Davis)... Mais la comédie reprend vite ses droits. Après quelques mois, alors qu'il vient de marier sa fille, Samuel Sweetland se décide à avouer qu'il lui faudrait trouver une nouvelle épouse afin de ne pas sombrer dans la solitude. Avec l'aide dévouée de Minta, et sous l'oeil désapprobateur de l'homme à tout faire de la ferme, Ash (Gordon Harker), il se met en chasse, et jette son dévolu d'abord sur trois vieilles partis : une veuve très active (Louie Pounds), une vieille fille toute en nerfs (Maud Gill) et une postière qui se croit encore jeune (Olga Slade); il ajoute même un nom à tout hasard, celui de la patronne d'un pub, interprétée par Ruth Maitland...

Le film est sorti en France sous le titre de laquelle des trios, tant il est évident que l'essentiel de la comédie se passe dans le choix initial de trois femmes notables de la région. Mais il aurait pu s'appeler Laquelle de cinq, car je ne vais pas en dire plus, mais il suffit de toute façon de voir les dix ou douze premières minutes pour se rendre compte qu'il y a en effet un cinquième choix, et particulièrement pertinent de surcroît.

Alors une fois de plus, que pourrions nous donc aller chercher dans un film d'Hitchcock sans meurtre, ni suspense, ni grand frisson inquiétant? Pose la question revient à ignorer le fait que le metteur en scène est d'abord un amoureux du cinéma, qui a pris l'opportunité de tourner un film qui n'était peut-être pas son premier choix, et en faire une petite merveille de mise en scène, justement. Et le film est rythmé par les allées et venues de Minta, son énergie positive, son sourire aussi. Lillian Hall-Davis était une grande actrice, il est dommage qu'elle n'ait pas vécu plus longtemps, elle illumine ce film; en contrepoint, et souvent dans les mêmes scènes, on a droit à la lenteur et l'inertie même de Churdles Ash, qui fournit la partie la plus traditionnellement Britannique de la comédie: on ne l'entend pas, et pour cause, mais il parle tout le temps, et on se doute que ce qu'il dit n'est pas à mettre entre toutes les oreilles... Mais c'est un homme dévoué, et au début, c'est de son pas lent qu'on entre avec lui dans la maison, avant qu'il ne sorte, et ne jette un coup d'oeil à son patron qui regarde dans le vide à la fenêtre de sa chambre. On sait alors qu'il se trame quelque chose... Harker en fait des tonnes, comme toujours. Mais c'est surtout Minta, montant et descendant les escaliers, comme Lucie Höflich en Dorine dans le Tartuffe de Murnau, qui donne son impulsion au film. Et comme elle, on s'assied bien sagement devant ce gentil film, à attendre que le patron ouvre ses yeux et regarde devant lui au lieu d'aller chasser les dames du coin...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alfred Hitchcock 1928