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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 11:01

Sous la responsabilité de Val Lewton, la RKO va se doter d'un petit groupe de productions fantastiques d'une grande qualité, qui vont pouvoir faire oublier le désastreux score de Kane au box-office, qui a probablement du plomber sérieusement aussi bien la crédibilité que le tiroir-caisse du studio... Comme on le sait, ce film, qui fut un grand succès, est le premier de la série, et sans aucune seconde réflexion, le meilleur. Comme on le sait aussi, producteur longtemps dans l'ombre de Selznick, Lewton a projeté beaucoup de lui-même dans ces films en particulier celui-ci (Au hasard, la phobie des chats et celle du contact humain), et il a vraiment piloté ces tournages avec bon gout, sens de l'improvisation et savoir-faire. ceci étant dit, je trouve absolument scandaleux la façon dont on parle des "films de Val Lewton" à tour de bras, quand on voit l'importance de ce film dans la carrière de Tourneur, ou celle du plus secret mais tout aussi intéressant I walked with a zombie. Donc on ne parlera plus ici de Lewton, pour se concentrer un peu sur Tourneur, qui fait une démonstration de son génie dans chaque séquence, chaque plan de ce film.

Le script rend bizarrement justice au titre (Qui rendait sceptique le public des previews, s'attendant à un nanar avant de se raviser devant la maîtrise du film), avec cette histoire de jeune femme possédée par une malédiction: obéissant à la règle thématique des films fantastiques, qui renvoient systématiquement à leur principal ingrédient, l'intrigue commence dans un zoo au coin des panthères, où un jeune homme bien sous tous rapports rencontre une jolie artiste, qui répond au nom si mystérieusement exotique d'Irena Dubrovna. Elle est Serbe, et elle ne sait pas encore qu'elle est une "femme-chat", soit une victime de la malédiction de son village, une panthère possédant une jeune femme... Elle connait la superstition, mais son mariage avec Oliver, le beau jeune homme, va vite tourner en eau de boudin: effrayée par la croyance superstitieuse de son village en les "cat people", elle ne va pas laisser le jeune homme s'approcher... C'est là qu'Alice, la collègue de travail et confidente d'Oliver, va précipiter les choses en prenant un peu trop de place dans la vie du mari d'Irena...

Une superstition, un soupçon de psychanalyse, un docteur aux idées bien arrêtées, un Américain moyen et une jeune femme destinée à devenir une tueuse, on est dans une figure classique du film fantastique, mais le sens de l'économie qui préside au tournage, plus les bonnes idées de Tourneur, plus l'influence du film noir, vont transformer le film en un joyau pictural, et un exemple parfait de l'utilisation créative de l'atmosphère. Les nombreuses séquences nocturnes Nicholas Musuraca est le responsable de la photo), et la rigueur (austère, elles sont le plus souvent privées de musique) des scènes de terreur sont justement célèbres... Et bien sur, le principal atout du film reste son pouvoir de suggestion, l'utilisation de l'ombre, du son, plutôt qu'une terreur explicite. Tout ceci concourt à faire de cette histoire un modèle de film fantastique, tout en traitant chez une jeune femme de peur/refus du sexe. Frigidité? Lesbianisme? Peur du viol? Aucune piste n'est écartée, ce qui est un tour de force dans un film de 1943, mais aucune piste ne sera non plus privilégiée. Et pour couronner le tout, le psychanalyste du film, interprété par Tom Conway, a beau être un (Délicieusement) insupportable M. Je-sais-tout, il va néanmoins subir un sort peu enviable.

Donc, avec sa fameuse scène de terreur dans une piscine nocturne, c'est un chef d'oeuvre, celui de Tourneur bien sur, aisément son meilleur film. Il est bien aidé par sa distribution, aussi, de Kent Smith, le brave type, à Jane Randolph qui joue son amie Alice, en passant par une apparition troublante, celle de Elizabeth Russell: elle joue la "femme-chat" qui parle à Irena lors de son mariage, ce qui sème le doute dans son esprit sur sa vraie nature. Elle joue donc l'un des McGuffins les plus mémorables de l'écran! Enfin, on n'oubliera pas de mentionner la prestation de Simone Simon, de loin son meilleur rôle...

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur