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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 09:57

Poursuivant son exploration permanente des héros anciens (Bird) et modernes (Invictus), prolongée il y a deux ans avec American Sniper, Eastwood a hérité du projet d'adaptation du livre autobiographique de Chesley Sullenberger, un pilote qui a défrayé la chronique en janvier 2009, en "posant" son A320 avec 155 personnes à bord dans l'Hudson river, ce qui n'avait jamais été fait auparavant, et ce sans une seule victime. L'acte était héroïque, mais le film s'intéresse plus au contexte du battage qui a suivi: en effet, la compagnie d'assurance a lourdement reproché à "Sully" d'avoir perdu l'avion, en risquant inutilement la vie de ses passagers; le film adopte ainsi une narration en flash-back assez typique des films d'Eastwood: Bird était structuré de la même façon.

Pour commencer, on est dans le cockpit, et en deux minutes, on nous montre ce qui serait probablement arrivé si le capitaine Sullenberger avait obéi aux suggestions de la tour de contrôle... C'est un rêve du capitaine, effectué le lendemain du drame, et on sent bien qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Avec son copilote Jeff (Aaron Eckhart), Sully (Tom Hanks) répète à ceux qui l'interrogent qu'il n'a fait que son devoir suivi que son instinct, mais il sent bien que les reproches vont pleuvoir. Célébré dans toute l'Amérique comme un héros, il doit subir l'infamie du blâme, et sent même venir la retraite sans pension... Le film explore tous les aspects de cette remise en question, personnelle et publique, d'un homme qui avait cru rester comme on dit "droit dans ses bottes".

Tout est une question de point de vue; d'une part, on a bien sur le sentiment de Sully, sa façon de voir les choses car nous le quittons assez rarement. On pourra ainsi faire la fine bouche devant le traitement des experts de l'assurance, qui conduisent l'investigation et qui sont vraiment les croquemitaines dans le film, mais on peut aussi remarquer qu'ils ne sont après tout, montrés que selon le point de vue de Sully lui même. Et que le traitement qu'ils lui font subir justifie pleinement cette interprétation des personnages! Par ailleurs, le film explore occasionnellement d'autres ressentis, notamment celui d'un membre des équipes de l'aéroport La Guardia, qui a perdu le contact avec Sully lors de l'incident, et est persuadé qu'il est lui-même responsable de la mort de 155 personnes, alors qu'il s'est borné à donner une suggestion à Sully, non suivie d'effets. Ca s'appelle la responsabilité, c'est un des corollaires du professionnalisme, et là on est quasiment en territoire Hawksien: le film devient en effet la lutte des pros contre ceux qui ne savent pas, ne font pas.

C'est prenant, bien sur, la structure choisie, et l'acteur choisi, fonctionnent ensemble à merveille. Comme d'habitude, le film ruisselle de cet humanisme inébranlable, quasiment naïf, qui fait la marque des oeuvres de Clint Eastwood, et comme d'habitude, on en sort un peu conforté, par un film qui certes assène des idées, parfois si simples qu'elles sont aisément critiquables, mais sans jamais se départir d'une certaine forme de respect, aussi bien pour les personnages (TOUS, y compris les "juges" de Sully), que pour les spectateurs. Et Tom Hanks et Aaron Eckhart, bien sur, sont fidèles à eux-mêmes, c'est-à-dire impeccables.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood