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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 16:38

Un homme, un scientifique car il a une blouse blanche, s'adresse à nous et nous prévient que le film parlera de la sénilité. Il précise à quel âge l'homme perd certaines aptitudes: il commence à rapetisser à 20 ans, perd l'ouïe à partir de là, et la dégénérescence se poursuit... Il précise ensuite qu'on va assister à un cas particulier.

C'est un mensonge éhonté, aussi bien du scientifique en question (L'interne Kimura, interprété par Tatsuya Nakadai), que d'Ichikawa lui-même qui a choisi, avec un certain humour à froid, de commencer son film en nous envoyant sur une fausse piste. Car s'il sera effectivement question de vieillissement dans l'intrigue, il y aura surtout l'importance de la baisse de la libido, à travers l'exemple de M. Kenmochi (Ganjirô Nakamura):il vieillit, et consulte Kimura qui est son futur gendre. Il l'invite à passer chez lui, afin de voir sa fille Toshiko (Junko Kano), car M. Kenmochi est à des années-lumière d'imaginer qu'en réalité sa fille et le jeune interne se connaissent déjà bibliquement! 

Le soir, Kimura est à la maison, et le couple Kenmochi boit, bien que Mme (Machiko Kyo) affirme qu'elle ne devrait pas: ça lui monte à la tête. Et quelques minutes plus tard, elle disparaît dans la salle de bain. Mais elle fait un malaise: Kimura et le mati doivent la transporter nue vars sa chambre.

Le lendemain, tout recommence, et les premières questions affluent aussi bien pour les quatre protagonistes que pour le spectateur: Mme Kenmochi se demande pourquoi elle a une trace de piqûre sur le bras, si ce 'est pas le jeune interne qui la lui a faite; on se demande si le malaise était authentique ou simulé. Quel jeu joue la fille qui espionne son père en permanence? Et pourquoi a -t-on l'impression que le vieux Kenmochi fait tout pour que Kimura voie sa femme en détresse, et la touche?

Réponse à certaines de ces questions (Mais pas toutes) à la fin du film, ainsi qu'à d'autres questions... Le film est un écheveau de multiples perversions, qui font qu'on ne sait plus très bien qui des quatre protagonistes est le jouet de l'étrange obsession... Kenmochi, qui semble désigner Kimura pour le remplacer ou en tout cas pimenter sa vie sexuelle par procuration? Mme Kenmochi, poussée dans les bras du jeune interne, mais qui ne semble pas trop s'en plaindre? Kimura qui joue un trouble jeu avec sa fiancée? Ou Toshiko, qui a l'air elle aussi d'osciller entre le dégoût, aussi bien vis-à-vis de la perversion de son père, que du possible adultère de sa mère, et une certaine fascination pour une situation qu'elle semble souvent faciliter?

Et enfin, que penser de la placide servante qui passe son temps à se tromper dans les flacons de produits chimiques domestiques? Elle voudrait empoisonner son monde, qu'elle ne s' prendrait pas autrement.

C'est avec une certaine distance, un certain humour à froid délicieusement palpable, derrière le calme apparent de la situation, et sous l'oeil placide d'un Bouddha de pierre qui trône dans la chambre conjugale de la maison Kenmochi, que Kon Ichikawa nous assène ses coups, dans un film noir plus tordu que jamais, mais qui fait preuve de génie dans chacune de ses bobines. Chef d'oeuvre, haut la main!

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Published by François Massarelli - dans Kon Ichikawa