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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 12:39

Affaire classée? La grande vadrouille, son climat tranquille de comédie familiale, son esprit si consensuel, son aspect de gros bonbon-madeleine des trente glorieuses, ses deux stars indiscutables qui se voient l'un et l'autre fournir un boulevard qu'ils ne se privent pas d'emprunter... du plaisir, vite consommé, vite oublié. Certes, maintenant, il y a d'autres façons de voir. J'en constate deux, et bien sur elles sont en conflit l'une avec l'autre...

1: En contant les aventures de Stanislas Lefort (Louis De Funès) et Augustin Bouvet (Bourvil), le chef d'orchestre et le peintre en bâtiment, qui sont amenés malgré eux à participer à l'effort de résistance et à aider des parachutistes Anglais égarés dans la France occupée, on aurait pu imaginer qu'Oury allait exalter l'esprit de résistance et taper sur les nazis. J'aime bien quand on tape sur les nazis (On m'a même une fois accusé d'intolérance à ce sujet, comme quoi la connerie n'a plus de limites), mais Oury, qui aurait eu bien des raisons de le faire, s'en garde bien. Car la grande vadrouille, je le disais plus haut, est un film familial et de consensus, qui nous conte les aventures familiales et consensuels de deux français moyens, de milieux fort différents, qui prennent sur eux en effet, mais qui sont aidés en cela par tous les Français qu'ils rencontrent (A se demander comment, devant un pays aussi unanimement résistant, les nazis ont réussi à occuper le pays durant cinq années...), car eh oui, il n'y a pas un seul collaborateur dans ce film! Ils sont aussi aidés par le fait que les occupants se sont arrêtés à la moitié du boulot, ils ont oublié d'envahir le sud de la France, qui était rappelons-le sous la juridiction de la France de vichy, un authentique état fasciste qui prenait le prétexte de la collaboration imposée pour se livrer à des mesures dictatoriales. Donc le passage en zone dite libre, qui est le but de la fin du film, n'aurait pas été une si bonne nouvelle que ça dans la vraie France de 1942. Et puis tous ces Allemands qu'on rencontre, qui sont de braves pères de famille, qui préviennent même Lefort: "Attention, je suis de la wehrmacht! mis si j'étais de la Gestapo, vous auriez de gros ennuis"... Et cet avion de reconnaissance, sans armes, qui semble être la seule ressource, à la fin, contre les planeurs qui font échapper trois soldats Anglais vers la liberté, me semblent bien courts... 

Bref, à trop vouloir le consensus pour ne pas trop bousculer la marmite, on obtient peut-être une bonne soupe. Mais un certain nombre de résistants, de déportés, de survivants de la torture, ont peut-être trouvé le film un peu trop gentil... Pas les Gaullistes, ils étaient anesthésiés par l'accession de leur petit chef à eux à la magistrature suprême, et d'ailleurs, en permettant à un Touvier, à un Papon de continuer à exercer, le pouvoir gaulliste ne faisait pas grand chose de très différent de la morale consensuelle de ce film.

2: D'un autre côté, c'est un film, et je le répète, un film familial, une comédie. Pas une leçon d'histoire. Aucun agenda volontaire, Oury qui a lui vécu sans trop de problème en zone libre, a après tout survécu à la guerre, évité la déportation, et son envie de tourner la page n'a rien d'un geste irrespectueux, ni oublieux. Et le triomphe de son film lui donne, d'une certaine façon, raison. On sait de toutes façons ce qui se tramait, et tant que les politiciens désireux de tourner la page en réécrivant l'histoire une fois qu'ils auront accédé au pouvoir n'y accèdent pas, on continuera à le savoir. Que cela ne nous empêche pas de rire à un "comment ça, merde alors? But alors you are French?". Le film respire la joie de vivre des trente glorieuses, les années 60, les vacances dans le Sud! Je pense qu'Oury et Danièle Thompson, sa fille, savaient parfaitement ce qu'ils faisaient en choisissant d'écarter tout drame excessif, ils ne faisaient pas autre chose que Goscinny et Uderzo réécrivant à leur façon l'histoire de la gaule post-Alésia.

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Published by François Massarelli - dans Comédie