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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:54

 

Griffith n’était pas ennemi de la contradiction, on le sait ; c’est donc par une tentative de pamphlet anti-alcoolique qu’il va terminer son illustre carrière, lui qui a plongé durant les années 20 dans un alcoolisme qui ne se démentira jamais jusqu’à sa mort en 1948. En pleine prohibition, décriée tant et si bien qu’elle sera terminée deux ans plus tard, le film commence par un de ces avertissements qui fleurissaient sur un grand nombre de films à l’époque : Scarface est par exemple présenté comme une dénonciation du crime, et The Struggle comme une réflexion sur la responsabilité de la prohibition dans l’alcoolisme. Pourtant cette piste est à peine présente dans le film, tout comme ni Scarface, ni Little Caesar, ni Public enemy n’étaient des charges contre le crime. Cet avertissement n’est somme toute qu’une précaution oratoire ; Griffith sentait-il le coté fumeux de son projet ?

Consciemment ou non, le film est ambitieux : une histoire naturaliste sur la déchéance d’un homme (Hal Skelly) marié et père d’une charmante jeune fille, et les conséquences désastreuses que son alcoolisme ont sur son mariage, mais aussi les répercussions sur la vie de sa jeune sœur qui manque son mariage à cause de la honte. L’histoire est créditée à Anita Loos et John Emerson. Ces deux anciens collaborateurs de Griffith ne sont évidemment pas n’importe qui, et Loos en particulier fait beaucoup plus partie du gratin Hollywoodien en cette année 1931. Mais le coté surranné et (vaguement) moralisateur de ce film se situe aux antipodes du ton que possédaient les autres œuvres de la dame en cette période : il y a un monde entre The struggle et Red-headed woman ! La photographie de ce film n’est plus créditée à Struss, mais à Joseph Ruttenberg, futur employé compétent de la MGM (Three comrades, The shopworn angel), qui s’acquitte ici sans trop de génie d’un travail honnête, en photographiant de façon assez plate des intérieurs sans réelle distinction , en cascade. Griffith situe son film dans des salons, des bars, des speakeasies et une usine. Très peu d’extérieurs volés à new York, ce qui aurait insufflé à cette histoire voulue comme naturaliste un souffle dont elle a cruellement besoin : même un film au pedigree aussi incertain que Walking down Broadway respire beaucoup plus que celui-ci : The struggle sent la naphtaline. 

Un prologue très typique du metteur en scène nous montre le bonheur des années 10, durant lesquelles les gans pouvaient sortir en famille, boire gentiment de la bière, discuter (des films Biograph…) et se sentir choqués lorsque une personne affichait en public une ivrognerie évidente. A en croire le film, la prohibition n’avait donc rien à sanctionner, ce qui est un peu court, et complètement idiot : aussi stupide soit-elle, la prohibition répondait quand même à un besoin de faire quelque chose contre l’alcoolisme ; Griffith lui-même a réalisé en cette lointaine époque ses propres films moralisateurs contre les abus de l’alcool : What drink did, The drunkard's reformation… Néanmoins, le film poursuit son prologue et nous présente les deux personnages principaux : Zita Johann (The mummy, Tiger shark) est amoureuse de «Red» (Hal skelly), un homme qui s’est mis à boire « Quand la prohibition est arrivée ». Voila le seul alibi de l’avertissement donné au début du film, et on n’ira pas plus loin sur cette piste. Ayant promis à sa fiancée de ne plus boire, Red va tenir sa promesse une dizaine d’années, jusqu’à jour ou il tente de consoler un ami qui a perdu son emploi, et inexplicablement replonge. Son épouse lui en veut, et il s’enfonce plus avant dans sa faute jusqu’à la déchéance… Jusqu’à mettre en danger la vie de sa fille dans une scène hautement ridicule et visiblement plaquée sur le scénario sans effort particulier, permettant à Zita Johann, qui est plutôt passive dans le film, d’assumer le rôle de celle qui arrive à la rescousse dans un film de Griffith pour sauver la vie d’un innocent. 

Avec tous ses défauts, le film n’est même pas antipathique , grâce à des personnages peu intelligents mais qu’on aime bien. De plus, ici, pas de méchant, juste des circonstances. Le jeu des acteurs est plus naturel que naturaliste, et on préfère ces répliques improvisées aux dialogues ridicules et ampoulés de Abraham Lincoln. Mais on est loin, très loin de The Crowd, un modèle sans doute pour Griffith, mais que le metteur en scène de Broken blossoms ait besoin d’aller chercher des modèles, c’est un signe des temps. Peut-être Griffith croyait-il plaire, en s’intéressant à la peinture quotidienne d’une réalité sordide; peut-être s’attendait-il à repartir dans une nouvelle direction, et faire son trou en tournant des chroniques de ce genre pour pas cher, mais ce film fade, sans vedettes, sans attrait et disons le sans âme, a été un échec. Griffith n’a plus jamais tourné.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith