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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 08:21

There will be blood est plus ou moins adapté d'un roman d'Upton Sinclair, intitulé Oil! et publié en 1927. Sinclair, on a tendance à le négliger aujourd'hui, est une espèce rare parmi les intellectuels Américains: un socialiste, un vrai! Oil! concentrait son intrigue autour de la montée en puissance et de la décadence d'un homme, qui a consacré sa vie au pétrole au tournant du siècle... L'histoire est vue du point de vue d'un autre personnage, le fils du magnat, qui témoigne une certaine sympathie à l'égard des employés de son père... Le film quant à lui se recentre sur le personnage de Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis), un aventurier qui est arrivé dans l'Ouest, et a commencé à travailler dans le pétrole.

Parti de rien, mais beau parleur, il a contribué de façon impressionnante à donner à son business une allure respectable, et bâti des empires d'une façon assez simple: l'idée est d'arriver le premier dans une localité qui montre tous les signes de champs pétrolifères, et d'offrir aux membres de la communauté des sommes plus ou moins dérisoires afin de les débarrasser de la charge de ramasser le pétrole eux-mêmes. Les contrats impliquent de reverser aux propriétaires 1/6e de la recette obtenue, mais Plainview fait tout pour commencer par acheter les terrains avant tout,  à des fermiers sans succès qui cèdent souvent bien vite...

Parmi les méthodes employées par Plainview, il y a son "fils": un gamin qu'un accident a privé soudainement de ses parents et qu'il a recueilli dans un rare réflexe humain... avant de se rendre compte que la présence d'un gamin à ses côtés pouvait lui donner une allure respectable, et émouvoir les épouses des propriétaires. Quoi qu'il en soit, le fils est devenu un maillon essentiel du business de Plainview: à dix ans, il travaille avec son père, qui le consulte, l'associe à bien des choses. Et il ne sait pas qu'il n'est pas son fils...

Anderson avait synthétisé dans Boogie Nights en associant l'évolution du rêve Américain dans les années 70, avec l'évolution de la pornographie... C'était gonflé, mais il avait fait mouche: son film montrait l'esprit Américain mieux que tant d'autres, et le faisait avec humour... et un côté poignant aussi. C'est que l'humanité dépeinte par ce metteur en scène est rarement très reluisante, et ce film ne fait pas exception à la règle: le héros paradoxal de ce film est venu de rien, d'une famille qu'il connaît à peine, et dont il ne sait pas eu début de l'entreprise, que le manque affectif sera sa plus grande perte. Un comble pour un misanthrope!

...Car Plainview n'aime personne, ne fait confiance à personne, ramène tout à lui: quand son fils H.W. devient sourd suite à l'explosion d'un derrick, Daniel attend que "le son revienne", et constate que rien ne se passe: il ne peut plus communiquer avec son fils, et à la première erreur du garçon, il l'envoie loin de lui, confiant son éducation à d'autres... H.W. est devenu une gêne. 

L'essentiel du film est consacré à un gisement pétrolier situé en Californie, en pleine zone désertique. L'information est fournie par un jeune homme, Paul Sunday, qui vend son tuyau à Plainview, en échange de l'assurance qu'il découvrira du pétrole "par hasard" sur la propriété familiale, à l'insu de la famille Sunday. Plainview et son fils se rendent donc à Little Boston, Californie, quasiment une ville fantôme, et demandent à la famille Sunday l'autorisation d'aller camper sur leurs terres et d'y chasser... Et bien entendu, ils y découvrent un gisement de pétrole phénoménal. Pour Plainview, racheter le terrain des Sunday est facile: il pense les impressionner, mais il va avoir de sérieux problèmes avec le frère de Paul, le prophète auto-proclamé Eli, qui négocie âprement, et emporte dans la négociation la promesse de Plainview de donner $ 10 000 à l'église qu'il a fondée... Une promesse qui ne sera jamais totalement honorée, ce qui sera bien sur la raison d'une discorde profonde entre les deux hommes, pendant que le pétrole va couler à flots.

Enrichissement, décadence, transformation de l'Ouest, mais aussi l'étude d'un homme acharné à devenir le roi du pétrole en ne faisant aucune concession à personne, le film est dur, méchant, profondément satirique et probablement d'un réalisme rare: le fait d'avoir confié le rôle principal à Day-Lewis débouche bien entendu sur un personnage impressionnant, de la folie pétrolière à la découverte éberluée d'un fibre familiale, lorsque un aventurier venu de nulle pat, se prétend son demi-frère: il va l'accueillir à bras ouverts, mais a vengeance sera terrible quand il découvrira le pot-aux-roses...

Bref, comme toujours avec Anderson, ce film méchant et exigeant est tout à fait à lire au premier degré, un portrait acide d'une époque de transformation de l'homme, actée par des opportunistes, du même genre que ceux qui ont fait l'Ouest. Et cette lutte entre Plainview et le pasteur Sunday (Paul Dano, comme d'habitude, est un acteur de génie) est loin d'être la lute du bien et du mal: juste le combat éternel entre une volonté de domination, et une autre...

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson