Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 18:39

Si j'en crois les filmographies actuellement en vigueur, ce film en trois bobines serait la deuxième production de Sjöström, et une grande première: dans la relativement libérale Suède, un vieux fonds puritain qui ne s'était pas encore manifesté, s'est soudainement réveillé, faisant du Jardinier la toute première victime de la censure Suédoise! L'argument du film, dû à la plume de Mauritz Stiller, qui s'aprêtait lui aussi à passer derrière la caméra pour une carrière impressionnante, était en effet non seulement morbide, elle parlait de viol.

Un jardinier (Sjöström) dirige avec autorité une pépinière, et vit avec son fils (Gösta Eckman). Celui-ci a repéré la fille d'un des employés de son père, la belle Rose (Lili Bech). Les deux amoureux passent bientôt beaucoup de temps ensemble, ce qui ne plaît pas du tout au père; il éloigne son fils, et un jour, entre dans une serre ou se trouve la jeune femme: il la viole (Ce qui dans les copies actuelles n'est suggéré que par une ellipse), et elle rentre chez elle, le coeur brisé. Le jardinier renvoie ensuite le père et la fille, et bientôt suite au décès de son père, Rose n'a pas d'autres ressources que d'accepter les avances d'un homme riche. Mais quand celui-ci meurt, elle est de nouveau seule, rejetée par tous... Elle revient chez elle, et se rend dans la serre ou son destin a basculé, détruit quelques plantes. Le lendemain, le jardinier retrouve son corps sans vie...

Dès 1912, on le voit, les films de Sjöström n'étaient pas à proprement parler gais et enjoués. C'est le peintre des vies en désordre, des destins contrariés: le scientifique de He who gets slapped, la femme adultère qui décide d'assumer seule son péché dans The scarlet letter, la descente aux enfers de la jeune femme de Virginie venue au pays du vent dans The wind, ou encore le flirt conscient et assumé de David Holm avec le péché dans Körkarlen, toute l'oeuvre va dans le sens d'explorer le quotidien des tragédies. Mais ce film diffère, et n'oublions pas qu'il a été tourné non seulement au début de la carrière du grand réalisateur: le cinéma aussi était bien jeune. Donc Sjöström l'a tourné en "tableaux", ces séquences réduites à un plan, qui étaient sinon la règle, du moins la majorité à cette époque, avant que l'attrait du montage ne fasse son oeuvre quelques années plus tard. Derrière cette histoire lapidaire (Trois petites bobines pour conter une déchéance), on devine déjà le talent d'un conteur pour aller droit à émotion voulue: pas à côté, toujours bien dosée et clairement exprimée par un jeu certes un brin emphatique, mais jamais trop. L'interprétation est déjà splendide...

Et à ce propos, lors d'une scène qui voit Rose s'abandonner à son destin et se lancer dans une vie dissolue, elle est accompagnée d'hommes, ravis de l'aubaine. L'u d'entre eux est interprété par Mauritz Stiller.

Partager cet article

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet 1912 Victor Sjöström