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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 09:28

Le cinéma muet Américain n'est pas particulièrement connu pour la tentation du merveilleux: pour un Thief of Bagdad, soit une oeuvre d'envergure, qui se plonge dans un merveilleux assumé, et qui ne tombe jamais dans le mauvais goût, combien de versions toutes plus laides les unes que les autres du Magicien d'Oz? Il y a quelques exceptions, dont bien sur The blue bird, de Maurice Tourneur, mais généralement les meilleurs films fantastiques sont plus gothiques (The phantom of the Opera, The man who laughs) que merveilleux. Raison de plus pour s'attaquer à un film paradoxal, qui couvre un territoire inattendu pour les années 10, le glorieusement bizarre film que voici... une production Vitagraph, réalisée par Sidney Drew, un grand nom de la scène et du cinéma, qui a l'honneur d'être l'oncle des enfants Barrymore, oui oui: Ethel, Lionel et John. Rien de moins... Drew est aussi acteur, et joue dans ce film le second rôle, celui d'un médecin auquel quelque chose de peu banal arrive...

...Mais commençons par le début: dans une petite communauté de Floride, on annonce l'arrivée de Lillian Travers (Edith Storey), une jeune héritière qui a tout réglé chez elle plus vers le nord avant de rejoindre son fiancé le Dr Fred Cassadene (Sidney Drew). Le problème, c'est que ce dernier, sans pour autant être totalement responsable de la situation, a un succès non négligeable auprès de sa clientèle féminine, et Lillian en arrivant s'avise rapidement qu'il n'a que peu de temps pour elle, et qu'il est toujours accompagné d'une patiente ou de l'autre... Et elles sont entreprenantes. Et c'est ici qu'intervient une relique du passé, une boîte qui contient un secret de la famille Ogglethorpe, les propriétaires de la maison qui héberge Lillian: cette boîte contient des graines, qui une fois absorbées changent le sexe d'une personne... Lillian, sceptique, essaie, et devient une nouvelle version d'elle-même. Plus forte, plus sure d'elle-même, et franchement bien moins attirée par le bon docteur que par ses charmantes clientes...

Je viens de m'aviser que ma dernière phrase semble indiquer que le reste va être joyeusement pornographique! C'est vrai que ça aurait pu, tant le propos est clair: le film explore avec bonheur les frontières entre les sexes, et si Sidney Drew (Oui, le bon docteur pourra lui aussi faire l'expérience de la petite graine, bien sur) en fait des tonnes lors de son changement d'identité sexuelle, Edith Storey est quand à elle fantastique, réussissant en permanence à caricaturer en subtilité les comportements masculins. C'est à mettre au crédit des auteurs, que d'avoir pensé à éviter le côté farce, ce qu'aurait probablement fait une comédie Pathé, en remplaçant un acteur par une actrice et réciproquement. Non, ici, le changement s'effectue en douceur, et pendant une bonne portion du film, Lillian Travers assume en effet sa nouvelle masculinité tout en restant une femme!

Mais le film, qui est drôle et impertinent, n'est pas pour autant un film lesbien militant, contrairement aux délires qui sont écrits sur lui depuis quelques décennies: juste une exploration rigolote et un peu osée des possibilités offertes par cette situation inédite. Et si l'équipe s'est bien amusée avec cette histoire hautement improbable, on constatera que d'une part la morale sera sauve (Oui, ce sera bien un rêve!), d'autre part la Floride de 1914 maintient ses traditions: tous les domestiques sont noirs, et ce sont des acteurs blancs en blackface qui les jouent. Une explication à cela, et elle est navrante: c'est interdit à cette époque dans les états du Sud (Dont la Floride) de montrer à l'écran, ensemble, les noirs et les blancs. Les caricaturer, oui, mais les montrer, non... Donc le film s'exécute. Mais ce bémol n'enlève rien à l'audace gentiment foutraque de son scénario, et au jeu le plus souvent impeccable de ses acteurs et actrices.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1914