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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 07:31

Londres, fin du XIXe siècle: lévèque Soper (Louis Jouvet), un insupportable empêcheur de tourner en rond, tente de mobiliser les gens contre Felix Chapel, un mystérieux romancier à succès, dont il ignore que c'est en réalité son propre cousin, le botaniste Irwin Molyneux (Michel Simon). Soper s'invite à manger chez les Molyneux, mais ceux-ci ont une tuile: la cuisinière a rendu son tablier! Mme Molyneux (Françoise Rosay) improvise: elle fera la cuisine, et pour éviter de mettre en valeur son embarras, Irwin prétendra qu'elle est partie précipitamment chez des amis. Voyant que quelque chose cloche, l'évèque finit par croire que Mme Molyneux a été assassinée par son mari, et déclenche une tempête... pendant ce temps, le tueur de boucher William Kramps (Jean-Louis Barrault) cherche Félix Chapel, car il lui reproche d'avoir agravé sa manie de tuer les gens. Il veut donc, en tout manque de logique,lui faire la peau...

Contrairement à une impression généralisée, ce classique n'est pas le premier film du tandem Carné-Prévert, qui avaient l'année précédente produit Jenny avec Françoise Rosay... un film dont le projet avait en réalité été repris de Jacques Feyder démissionnaire pour raisons de santé. Mais quelles que soient les qualités évidentes du mélodrame en question, on ne peut que constater l'importance historique et cinématographique pure de Drôle de drame, un film qui invente, initie, innove et change tout. Les films scénarisés/dialogués par Prévert n'avaient jamais auparavant autant fait reposer leur poésie particulière sur le langage même, qui de vecteur de facilités et de bons mots, se muait en terrain d'expérimentation permanente, servi par des acteurs exceptionnels et une mise en scène enthousiaste et sure de son fait. ce n'est pas le fameux "réalisme poétique" tant vanté, c'est plutôt de surréalisme poétique, un univers parallèle fait de mots qui finissent par avoir une vie propre, qu'il sagit...

De scène en scène, dans cette sombre histoire de crime rendue rigolote par l'abattage des acteurs et la dimension pince-sans-rire d'une mise en scène qui fait souvent semblant de prendre tout cela au sérieux, on assiste éberlués à la naissance d'un style avec lequel les français, soyons honnêtes, n'ont jamais été très à l'aise. D'ailleurs, prudemment, Carné et Prévert distillerons l'humour iconoclaste du langage et des situations dans le parcours plus raisonnable du drame, du mélo et de la féérie dans les années à venir. Et la comédie à la Française ne les suivra que rarement dans cette formule (Qui fait quand même furieusement penser à La kermesse héroïque avec le génie langagier en plus): intrigue cohérente et bien construite, sérieux des costumes et décors, scènes d'anthologie ("Bizarre, bizarre", bien sur, mais aussi toutes les interventions de William Kramps le tueur de boucher, et ses confrontations superbes avec l'immense Françoise Rosay), et don de soi par des acteurs qui en prime, sont loin d'être des manchots. Bref, un joyau.

Un joyau qui se moque des corps constitués "favoris" de Prévert: la police à travers le redondant comissaire interprété par Alcover, et l'église (Certes Anglicane, mais qui pensait-il tromper?) dont Louis Jouvet est le digne, fat, hypocrite et licencieux représentant. La cerise anarchiste sur le gâteau, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Marcel Carné