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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 23:47

 

Zemeckis a beaucoup promis, et sans totalement décevoir, il a eu tendance à se perdre dans des projets étranges et impersonnels, ou le technique (Notamment le procédé de "motion capture, par exemple dans Beowulf) a pris le pas sur le cinéma... Pour son retour à du 'vrai' film, avec de 'vrais' acteurs, Zemeckis met les petits plats dans les grands et tourne un drame humain avec Denzel Washington. Bon, cette histoire de pilote qui boit et prend des seaux entiers de coke au petit déjeuner vire vite à la démo sur la rédemption, mais le vieux Bob va loin dans la provocation, au moins pour les premières 105 minutes. Et puis il y a Kelly Reilly!

Ca commence sans aucune ambiguïté: un couple qui a passé une nuit très arrosée, et fournie en produits dopants, se réveillent... Ils consomment des restes de vodka, et l'homme (Denzel Washington) prend de la cocaïne pour se réveiller. Quand ils quittent la chambre d'hôtel où ils se trouvent, on constate qu'il est pilote d'avion... Il se rend à 'aéroport pour prendre en charge un vol, et retrouve d'ailleurs dans l'avion la femme avec laquelle il a passé la nuit, qui est hôtesse. Le vol part, sans problème notable, et à l'intérieur de l'avion le commandant Whip Whitaker continue à s'alcooliser. Mais lorsque l'avion a un gros problème, il réussit à manoeuvrer en urgence, et l'avion se crashe en relative douceur. Le bilan sera de 6 morts: quatre parmi les 102 passagers, et deux parmi les six membres d'équipage. A son réveil, Whitaker est à la fois le héros du jour à cause de sa manoeuvre insensée, et l'objet de suspicion, à cause de son rapport toxicologique...

D'un crash monumental à un lost week-end: le film prend un risque en faisant en sorte de mettre le crash, qui fait l'essentiel du premier acte du film, en ouverture. On n'y reviendra d'ailleurs pas. Et bien évidement, c'est l'argument-choc que la Paramount a utilisé pour vendre le film! Zemeckis connaît extrêmement bien son travail, et le résultat est impressionnant, générant une tension énorme dès que l'avion est dans les airs: nous avons vu, après tout, le "petit déjeuner" du pilote! Mais l'intérêt est quand même ailleurs, dans la bataille féroce menée par Whitaker contre ses démons, et contre les mensonges qu'il raconte depuis tant d'années, au monde entier et à lui-même, pour cacher ou ne pas assumer son alcoolisme. Et comme le film de Wilder, The lost week-end, Flight ne cache pas que ces démons-là, l'alcool et la drogue, sont d'un abord plaisant.

Du coup, un personnage-clé du film est le fournisseur de Whitaler, interprété par John Goodman, un vieil ami qui connaît tellement bien Whip qu'il peut le conseiller sur la dose exacte à prendre en fonction de l'effet demandé. Rigolard, Zemeckis brouille les cartes en donnant à ce personnage la chanson Sympathy for the devil des Rolling Stones pour en faire son thème, à chaque fois qu'on le verra... Mais ces scènes sont drôles, réjouissantes même;  de quoi plus facilement faire passer la pilule du gros défaut du film...

Rédemption, Denzel style: dans Malcolm X, de Spike Lee, Washington incarne son personnage qui va trouver dans la rigueur de l'Islam, puis dans la quête intérieure à l'écart des dogmes, la paix humaine nécessaire à échapper au monde de la délinquance. Il va même y trouver son destin. dans The bone collector de Philip Noyce il est un 'profiler' qui a beaucoup pêché, et qui pourrait tout aussi bien être le serial killer qu'il aide  traquer depuis son lit de malade. Dans Philadelphia, de feu Jonathan Demme, il est un avocat homophobe dont le combat pour son client gay va ouvrir les yeux. Enfin, dans American Gangster, de Ridley Scott, un gangster à la Scorsese s'affadit dangereusement en devenant un informateur, après avoir été le diable incarné... Bref, toujours la part d'ombre avant la rédemption pour l'acteur qui affectionne ce type de situation dans lesquels, soyons francs, il tend à se vautrer. Ce film ne fait pas exception à la règle: il souffre d'une fin édifiante, dont on imagine très bien que David Fincher, par exemple, aurait refusé qu'elle soit présente! Mais le personnage, attachant, et doté d'une petite amie rencontrée à l'hôpital, qui a un passé de junkie et d'alcoolique elle aussi, va vivre son combat de conscience sous nos yeux, et quand la conscience est interprétée par Kelly Reilly, on évite le cliché, parce qu'elle est hallucinante de vérité. Mais pour apprécier ces 115 minutes de montagnes russes (Dont une scène d'audition à la fin qui est absolument fantastique), il faut bien se farcir les lénifiantes et didactiques 10 minutes finales, dont on se serait bien passés...

Reste un crash spectaculaire et d'autres scènes coup-de-poing (Une overdose brillamment filmée et interprétée par Kelly Reilly, et tout le jeu autour de l'image du crash, et sa reprise par les médias) un film qui joue sur les tensions comme rarement, en bouleversant les codes structurels: il commence par du spectaculaire avant de tourner malsain... Et il nous ménage quelques scènes de suspense, liées à une bête porte qu'on a oublié de fermer dans une chambre d'hôtel. Whip Whitaker, la veille de son audition, a réussi à accepter de passer une nuit sans alcool no drogue, mais ses anges gardiens ne savaient pas que par hasard, ll allait trouver un chemin vers a chambre d'à côté, dont le mini-bar est, lui, plein. Un instant, Whitaker pose la petite bouteille de vodka qu'il a prise, sur le bar, et s'en va. Il sort du champ, et... sa main, soudainement, revient par la gauche et attrape l'échantillon: les démons ont gagné. Pourtant, rien de religieux dans ce film, qui reste d'une distance ironique vis-à-vis des multiples façons de s'égarer dans la foi: l'une des hôtesses tente d'intéresser son commandant à son église baptiste, et le copilote, à l'hôpital, se réfugie dans l'injonction religieuse avec son épouse qui passe son temps à embrasser son crucifix, pour essayer de digérer la situation. Clairement, Zemeckis se méfie de ce monde-là... Il a fait du problème de Whitaker un problème essentiellement humain et terrestre, qui sera pris en charge par trois personnages: le dealer mentionné plus haut, la jolie Nicole qui va devenir nue garantie d'avenir pour Whip, et un avocat dépêché par le syndicat, qui s'est fixé pour mission de sauver les meubles, et est interprété par Don Cheadle. Il est fantastique, comme d'habitude.

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis