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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 13:49

Ceci est le premier long métrage de Clouzot... plus ou moins. Entendons-nous bien: le metteur en scène n'a jamais signé un long métrage avant ce gros succès de la firme Continental, mais en 1942, il est tout sauf un débutant. Il a réalisé un court métrage qui reste encore bien mystérieux sur un script de Jacques de Baroncelli en 1931, La terreur des Batignolles; puis il a été engagé en Allemagne pour "superviser" la direction de versions Françaises de films musicaux, à une époque ou on ne doublait pas encore: pour être clair, sur trois films Allemands réalisés en 1933, Clouzot a été en charge de mettre en scène les passages en Français des versions destinées eu marché Francophone, ce qui fait de lui au moins le co-réalisateur de ces films par ailleurs signés par Joe May, Karl Hartl ou Geza Von Bolvary. Et on attribue à Clouzot (On ne prête qu'aux riches) la responsabilité d'autres oeuvres, notamment ces films qu'il a dialogués, ou même Le duel de Pierre Fresnay. Quoi qu'il en soit, si ce film policier est sa première réalisation officielle de long métrage, on pourra admettre qu'il connaissait déjà fort bien son métier. Et ça se voit!

Adapté d'un roman de Stanislas-André Steeman situé à Londres, L'assassin habite au 21 se déroule à Paris, et reprend les deux personnages d'une autre adaptation de Steeman dialoguée par Clouzot (Le dernier des six, de Georges Lacombe): le commissaire Wenceslas "Wens" Vorobiétchik (Pierre Fresnay) et sa maîtresse l'infernale Mila Malou (Suzy Delair), ce dernier personnage a été créé par Clouzot, et c'est l'un des motifs d'une certaine discorde entre l'auteur du roman et le metteur en scène: Steeman voulait, dans ses romans policiers, privilégier l'atmosphère noire et glauque, alors que Clouzot scénariste-dialoguiste a tourné le film vers la comédie. Maintenant il faut être sacrément bouché pour ne pas voir la noirceur du résultat...

Steeman faisait reposer son intrigue sur une énigme, qui est reprise dans le film: un tueur assassine des personnes seules, dans la rue ou chez eux, et leur dérobe de l'argent. Par bravade, il laisse sa carte de visite à chaque fois qu'il tue: "monsieur Durand". La Police Judiciaire est sur les dents, et on demande au commissaire Wens de résoudre le mystère le plus vite possible. Tuyauté par un indicateur, il se rend à la Pension Mimosas, au 21 de l'avenue Junot, pour y enquêter sur les personnes présentes, car... l'un d'entre eux est le tueur. Wenceslas Vorobiétchik, déguisé en pasteur, fait donc la connaissance de plusieurs suspects, parmi lesquels le docteur Linz, un vieux colonial aigri et misanthrope, ui professe une véritable affection à l'égard du tueur, mais aussi l'artiste de music-hall Lallah-Poor, un bien curieux personnage, et enfin Colin, un fabricant de marionnettes qui se fait de l'argent en confectionnant des figurines de bien mauvais goût inspirées de la vedette du moment, Monsieur Durand! Enfin, il y rencontre aussi mademoiselle Cuque... Une vraie jeune fille.

La tâche de Wens ne sera pas de tout repos, parce que bien sur, il sera malgré lui accompagné de celle qui, sous prétexte de l'aider, ne fait que lui compliquer la tâche: Mila Malou, chanteuse occasionnelle, et maîtresse enquiquineuse à plein temps. C'est Suzy delair qui se charge du rôle, et elle est pétillante... Un peu trop du reste, car si Clouzot est à l'aise sur son découpage impeccable, sur sa mise en scène qui se joue en permanence des ruptures de ton, et sur ses dialogues (un vrai bonheur), l'interprétation est encore à affiner: Fresnay, Larquey (Colin), Jean Tissier (Lallah-Poor) ou Noël Roquevert (Linz) font admirablement ce qu'on attend d'eux, mais Delair en fait des tonnes, et on a envie d'être ailleurs devant la prestation de certains acteurs, je pense en particulier à Jean Despaux, qui joue le second rôle anecdotique (Et pour tout dire assez inutile) du boxeur aveugle. Si les dialogues donnent parfois l'impression d'être plus destinés à être lus qu'à être joués, Clouzot sait déjà cacher son vitriol derrière la satire, et nous décrit un monde de crime et de noirceur, dans lequel tout le monde en prend pour son grade, à travers des vignettes toutes plus inspirées les unes que les autres: un entretien entre une aspirante chanteuse imbue d'elle-même et un impresario peu scrupuleux, la hiérarchie policière qi se renvoie la balle de la responsabilité de ses échecs, un café des faubourgs dans lequel se mêlent ouvriers, clochards et prostituées, un petit commissariat avec ses flics bonhommes et ses indics malins (Bussières, inoubliable) et enfin la pension de famille dans laquelle, tueur, innocent ou victime, tout le monde a un passé trouble et écrit au milieu de la figure, et tous les gens ont une saleté probable à cacher... Un thème qui anticipe déjà sur Le corbeau, qui viendra bientôt éclabousser les écrans et apportera des ennuis en cascade à son auteur.

...qui pour l'instant peut apprécier son succès avec cette petite histoire en apparence si anodine, à laquelle d'ailleurs on ne croit pas une seconde: ce n'est pas le but. C'est donc là le premier des deux films de Clouzot réalisés pour la firme Continental, le studio Allemand qui tournait uniquement des films Français, et se tenait à l'écart de la politique. Ce qui n'empêchait pas les metteurs en scène, occasionnellement, de peindre un monde noirceur rigolarde, la preuve.

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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot